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Familles canadiennes [microforme]

L'origine de la nation canadienne ne se perd pas dans la nuit des temps, puisqu'elle ne date que de trois siècles environ. Cependant, son histoire semblait être enveloppée de bien des ténèbres aux yeux d’un parti intéressé à l’humilier. L'origine du peuple canadien,

disait-on, est très obscure et de très basse extraction! Mais le jour s’est fait depuis, grègg

à la persévérante énergie des archéologues français et canadiens, et nous sommes en mesuye de prouver que la grande famille franco-canadienne peut à juste titre s’énorgueillir de son

origine. 3, rue de l'Uniyer:

Parcourons, dans ce but, les unes après les autres, toutes les tentatives d'établissem@uébec 4, QUE.

qui se firent avant l’arrivée de M. DeChamplain à Québec en 1608, et pour cela reportonsnous à l’année 1534 où nous voyons d'abord Jacques Cartier remonter le St. Laurent avec ses 61 compagnons.

Nous le voyons revenir, l'année suivante, avec 110 hommes, et hiverner à Québec, où il en perdit 25 de la maladie de terre.

Dans un troisième voyage qu'il fit en 1541, Jacques Cartier hivernait au Cap Rouge, où il se construisit un fort et des magasins; mais toute cette colonie retourna le printemps suivant avec Jacques Cartier, pour faire place à M. DeRoberval qui arrivait la même année avec une flotte portant 200 personnes, tant hommes que femmes.

C'est pour la première fois qu’il est fait mention de femmes européennes au Canada; mais comme cette petite colonie retourne aussi en France, il ne faut pas encore commencer là nos origines des familles canadiennes.

Le personnel de la tentative de colonie de Roberval n’était pas de premier choix, et fort heureusement pour le Canada, cet essai de colonisation ne réussit point. Au Fort du Cap Rouge, Roberval avait fait bonne justice de plusieurs de ces colons. Le nommé Michel Gaillon y avait été exécuté pour larcin, quelques-uns mis aux fers et enfermés au cachot, d’autres fouettés, quelques femmes même avaient eu à subir des chatiments publics.

En mentionnant ici le nom de Roberva!, je remarque que nos historiens ont donné dans une erreur lorsqu'ils ont parlé de ses derniers moments. Charlevoix (1) nous dit que Roberval ‘“ fit un nouvel embarquement en 1549 avec son frère qui passait pour un des plus braves hommes de France, et qu'ils périrent dans ce voyage, avec tous ceux qui les accompagnaient.”

Dans un manuscrit original que nous avons eu la bonne fortune de découvrir aux &rchives de la bibliothèque impériale en 1867, et qui renferme toute l’histoire de la Demoiselle Marguerite, nièce de Roberval, nous avons acquis la certitude que ce dernier n'avait pas péri en mer, mais qu'il avait été assassiné à Paris.

(1) Charlevoix, T. I, p. 22, Garneau, T, I, p. 27, ch. III,

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Nous croyons devoir reproduire une partie de ce curieux document, qui constate un fait que nos historiens semblent avoir ignoré jusqu’à ce jour.

Roberval, y est-il dit, retournait en France avec tout son monde. Il eut à exercer la justice sur le vaisseau même, et un des passagers, et la nièce de Roberval, nommée demoiselle Marguerite, ainsi qu'une femme de Normandie, nommée Damienne, âgée de 60 ans, furent relégués sur une ile, qui, dès lors, prit le nom d’Le de la Demoiselle, et plus tard celui d'Ile aux Démons.

L'auteur de ce document avait recueilli de la bouche même de la demoiselle Marguerite les faits qu'il rapporte.

“ Cette pauvre famille ainsi délaissée et abandonnée de toute compagnie du monde, s’occupa quelques temps à la chasse aux ours et sauvagines ; mais il arriva que hientost la mort du mari et celle de la vieille Damienne laissèrent la pauvre Margnerite absolument isolée sur cette grande île. Que faire ?

“La solitude donnoit grande force à l'établissement d’apparitions diaboliques. De hideux fantosmes lui apparurent. Pendant la vie de ses compagnons, elle avait pu chasser, mais dès qu'elle eût perdu leur présence, il ne fut plus question de vivre aux animaux terrestres, la portée de l'arquebuse ne pouvoit atteindre droit jusqu'à ces ésfouppés fantosmes.

| “ Les bras, les mains, tout le corps demeuroit engourdi, la poudre n’avoit la force, étant charmée, de chasser hors du canon enfusté la balle, le boulet, la dragée ou la charge:

} quoi plus !!

“ Cette pauvre désolée étoit assaillie et par dehors et par dedans, d'autant que journellement falloit qu'elle soutint les alarmes que lui donnoient les bestes rampantes parmi cette isle, qui, d'une fureur enragée, s'acharnoïent sur elle, parce qu’elles la sentoient seule suffisante de leur résister, et digne d’être leur proie.

“ Toutefois, dès qu'elles montraient tant soit peu le nez à son avantage, elle les fixait si à propos de prunes, que leur plus hatif étoit de se retirer. Demi-altérée et alangourie de ; | travail, elle étoit réveillée par bien durs, puissants, rusés et hardis ennemies, sur lesquels le plomb ni ses armes ne pouvoient rien. Seulement la grâce du Tout-Puissant qui la maintint en un si long et si ennuyeux être, lui servit de targue, bouclier et armes, tant défensives qu'offensives, ainsi que m'a raconté cette femme, étant arrivée en France après avoir demeuré deux ans, cinq mois en ce lieu là, et venue en la ville de Neufron, pays de Périgord, lorsque J'y étois, où elle me fit un simple discours de la mésaventure de toutes ses fortunes passées.

“ L'ile est froide au possible, peuplée seulement de bois, pleine de divers animaux sauvages qui viennent de terre continente d'isle en isle, comme ils savent très bien faire ; entre autre elle étoit peuplée d'ours.

“ La demoiselle me dit que c’étaient les animaux qui la tourmentaient le plus et qui tâchaient à la dévorer, elle et son enfant, que toutes les autres hôtes, et que pour un jour elle en tua quatre, puis se retirait peu à peu dans sa loge que son mari avait fait devant de mourir,

“Roberval leur avait laissé plusieurs vivres et autres commodités pour leur aider et subvenir à leurs nécessités, comme lui-même me dit #rois mois avant qu'il fut tué de nuit près St. Innocent à Paris..….........."(1)

(1) Thevet, M. $,S,, pp. 145 et 146.

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LES FAMILLES CANADIENNES. Ai

Un autre projet d'établissement fut tenté par le marquis de la Roche, un demi siècle après celui de Roberval ; mais telle était l'idée qu’on se faisait alors du Canada, que le Marquis ne put trouver personne qui voulut le suivre, et qu'il fut réduit à recruter dans les prisons de l'Etat, des hommes condamnés à la mort ou aux galères, pour en faire les compagnons et les soutiens de ses travaux.

Ces misérables, au nombre de 50 à 60, sortirent avec plaisir de leurs cachots pour courir les aventures de la mer, et chercher dans un nouveau monde un sort qu'ils ne pouvaient croire pire que celui auquel ils échappaient.

C’est avec d'aussi tristes éléments de colonisation, que le courageux Marquis de la Roche osa donner l’ordre à Chédotel, pilote normand, de lever l'ancre. Ce pilote ne démentit point sa grande réputation ; il vint mouiller heureusement à l'ile de Sable, distance de vingtcinq lieues de la terre de Cap Breton. Elle était inhabitable, sans port, complètement improductive, et renfermait dans son étendue de dix lieues, un lac qui en avait lui même cinq.

Le marquis de la Roche fit descendre sur cette île la majeure partie des hommes qu'il avait tirés des prisons de France, leur laissa des vivres et des marchandises, et leur promit de les venir reprendre aussitôt qu’il aurait trouvé, aux côtes de l'Acadie, un lieu favorable pour s’y établir. Chédotel ayant ensuite levé l'ancre, alla reconnaître les côtes du continent le plus proche, qui sont celles de l’Acadie, et après y avoir recueilli toutes les connaissances qui semblaient nécessaires à une nouvelle et plus importante expédition, il appareilla, sur l'ordre du raarquis, pour retourner en France. On avait l'intention de repasser par l’île de Sable, afin de reprendre les malheureux qu’on y avait déposés: mais les vents contraires et les tempêtes empêchèrent le navire d'aborder une seconde fois à cette terre ingrate. Le

Marquis de la Roche se décida, bien qu’à regret, à continuer se route pour la France, se pro-

posant de revenir très prochainement.

Il ne fut pas plutôt arrivé en France que le duc de Mercœur, qui était en pleine révolte contre le roi de Bretagne, le fit arrêter et emprisonner. Rendu quelque temps après à la liberté, il trouva encore des «‘hetacles si invincibles à son entreprise, qu'il fut contraint de l’abandonner. Il en mourut de chagrin.

Cependant les 40 où 50 malheureux habitans de l'ile de Sable s’y fabriquèrent d’abord des barques avec quelques débris de vaisseaux espagnols ou portugais trouvés sur le rivage, Ils vécurent pendant quelque temps des bestiaux, bœufs et moutons qu'avait déposé sur cette île, bien des années auparavant, le baron de Léry, et qui s’y étaient multipliés.

Quand cette ressource leur manqua, le poisson devint leur unique nourriture, et les peaux de loups-marins leur habit.

Sept années s'écoulèrent avant que le roi Henri IV entendit parler de leur aventure. La France toute entière s'en étant émue, la cour du parlement de Rouen obligea, par un arrêt, le pilote Chédotel à les aller recueillir. Chédotel se rendit en conséanence à l'île de Sable, où il ne trouva plus que douze des infortunés qu’il ramena en France, “Ces malheureux,” dit L’Escarbot (vol. IT, p. 397), “s'étaient mutiné et coupé la gorge l’un à l’autre, tant que le nombre se raccourcit de jour en jour.

Tel fut le résultat de toutes ces expéditions et tentatives d'établissements au Canada.

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