LE MARÉCHAL DE CASTELNAU
Bans les premiers mois de l'aonée 1658 ^ Casfeelnau ayant rejoint l'armée de Turenne sous les murs de Dunkerque , reçut le commandment de Faile gauche
de cette armée, à la bataille des Dunes, livrée le 14 juin, où nous venons de voir périr le maréchal d'Hocquiiicourt ; Turenne s'est plu à rendre hommage à la valeur de Castelnau , dans la relation de cette importante affiûre. Le roi lui-même» renchérissant sur les élo^ de Turenne, écrivait, le lendemain de hi bataille , aux cours souveraines que le marquis « avait très-prudemment et très-vaillamment agi. 9 Ce triomphe fut de courte durée, car deux jours après, le 17 juin 1658, il recevait à Tattaque du fort . Léon une balle qui lui traversa la main et se logea dans son corps.
La blessure ne parut point d*abord dangereuse , mais quelques jours après, elle prit un tel caractère de gravité qu'on désespéra bientôt de le sauver. Dès ce moment, le roi et le cardinal lui prodiguèrent à l'envi les plus grandes preuves de sympathie. Deux fois par j m , Maxarin aUait prendre en personne des nouvelles de sa santé. Le roi lui-même se rendit auprès du moribond , auquel il apportait comme suprême consulation ce bâton de maréchal qu'il ne devait point porter. Quelques jours après, en effet, le 1^ juillet 1658, il succombait à ses cruelles blessures.
A cette époque , les armées n'étaient pas, comme de nos jours , pourvues d'excellents chirurgiens. Aussi Guy Patin écrivait-il, à la date du 16 juillet 1658, ignorant encore la mort du maréchal : « M. de Castelnau a reçu un coup de mousquet dans le ventre, à cause de quoi on a fbît partir en diligence, le 19 juin dernier , un chirurgien fismeux , nommé DalLancé ,
qui est allé en poste à rarmée, pour y panser ce seigneur, qui est un brave et excellent capitaine, et qui était à la veille d'être foit maréchal de France (1). »
Dallancé , dont parle Guy Patin , était un chirurgien très en renom à la cour. Il mourut fort riche et laissa un ûls, célèbre physicien. C'est chez Dallancé que se retira Bussy-Rabutin , lors de sa sortie de la Bastille, le 17 mai 1666 (â).
Devons-nous en croire le comte de Bussy-Rabutin lorsqu'il nous dit dans ses Mémoires , a propos de cette promotion m extremis : « Castelnau mourut de sa blessure; on le fit maréchal de France en mourant, et ce ne fut que sur la parole des médecins qu'il ne pourrait encore vivre vingt-quatre heures , qu'on lui ût cet honneur. Cependant il eût bien mérité de le recevoir plus tôt; mais celait la manière du cardinal de faire acheter les grâces. »
Nous serions assez disposé à ne voir dans cette boutade qu'une épigramme du comte à l'adresse du cardinal , auquel il ne pardonnait point sa disgrAee.
Dans tous les cas, le maréchal de Castelnau n'en était nullement atteint , et son mérite n'était pas mis en doute par Bussy-Habutin , qui dit dans un autre passage de ses Mémoirei : « Castelnau était un des plus braves hommes de son ten^, et il avait tant de chaleur à la guerre qu'eUe l'empdchait bien souvent de fiure des réflexions ; d'ailleurs il était un fort bon homme et fort commode. »
Ce témoignage n'est pas le seul que nous puissions
(1) Lettres de Goj Patin , L. U, p. àOl.
(2) Walckeuaër^ Mémoires »ur AI** de Sévigné, S* partie» p* S54«