LE MARÉCHAL DE CASTELNAU
iniNiqaer en faveur du maréchal : nous lisons dans les Mémoires de M. de Bordeaux : « Il y avait déjà quelque temps qu'il aspirait au bâton de maréchal, et il s'en était montré bien plus digne que quantité de gens qui l'avaient obtenu sous le ministère de Mazarin ; mais comme il ne s'e& était jamais tait craindre, il eût couru grand risque de mourir sans être honoré de cette dignité, âi une des principales créatures de Son Éminence ne l'eût prié de lui accorder cet honneur. »
La vie du maréchal de Castelnau a été écrite par Le Laboureur et imprimée à la fin du volume des Mémoires de Michel de Castelnau, son grand-père, p. ^8 de Vffitioire gMalogiq^êe de cette maison.
La veille du jour où fut blessé mortellement Castelnau , un autre maréchal , qui se rattachait à la famille de sa mère et dont nous parlons à ce titre, liocquincourt trouvait k ce même siège , mais hélas 1 dans les rangs ennemis, une fin bien autrement cruelle et empoisonnée par le reraoïds I
Le corps du maréchal fut porté à Boui^, dans l'église des Jacobins , où il repose et où fut prononcée son oraison funèbre (1 ).
Le maréchal de Gastdnau avait épousé Marie Girard de FEspinay.
La maréchale dont rhûtel était situé au Marais,
près de la place royale, figure sous le nom de Clérophise parmi les précieuses , dans le grand Dictionnaire de Somaize: « Clérophise est une ancienne précieuse d*aases bonne humeur. £Ue aime la raillerie et y réussit asses bien, parce que, outre qu'elle a de l'es-
(i) Mét Vaiêtcir* du eardmal àlautrim, pur knkujfU 11, p. AH à àM,
prit, elle a beaucoup d'expérience, à cause de son
âge, qui est de 40 ans. »
Nous doutons que ce dernier trait fût du goût de la maréchale, qui s'était fait une certaine réputation de galanterie.
Le maréchal laissa an fils et une fille.
Son fils , le marquis Michel de Gastelnau , succéda à son père daus le gouvernement de Brest. Blessé mortellement à l'attaque d'Ameyden, où il se trouvait comme « mestre de camp » d'un régiment de cavalerie , il mourut des suites de ses blessures, à Utrech, le 2 décembre 1672 , âgé de 27 ans seulement.
U avait épousé Louise-Marie Foucault du Daugnon , fille de Louis Foucault , comte du Daugnon , maréchal de France. C'est de cette dernière que M™*' de Sévigné dit dans une lettre du 5 janifier 1674 : « Quant à la marquise de Gastelnau, eÛe est blanche, fraîche et consolée. »
C'était un an après la mort du marquis !
Non-seulement la marquise de Gastelnau oublia promptement son mari , mais elle ne craignit pas de compromettre le nom qu'elle lui devait par des intrigues , dont nous trouvons plus d'une trace dans les écrits du temps.
Ses rapports avec le marquis de Termes eurent un certain retentissement (1). ËUe avait un moment captivé le brillant duc de Longueville, plus connu sous son premier nom de comte de Saint^Paul. Quoique cette liaison eût été assez promptement rompue par la mort prématurée du duc, celui-ci paraissait iaire assez bon
(i) Lettres de II"** éé Mgné, paflltiii
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LE IIABËCHAL DE GASTEUfÂU. 185
marché de la marquise ^ lorsqu'il disait à Ninon: « Mademoiselle y délivreK-moi donc de cette grosse inar> quise de Gastelnau (I), »
Aussi qaand, après la mort du duc, ce propos fut
rapporté à M°" de Casteliiau , celle-ci se consola-t-elle promptement de la mort du comte de Saint-Paul a qui eut un si grand nombre de pleureuses », d'après M^* de Sévigné (2).
La fille du maréchal fut cette belle Charlotte de Gastelnau, duchesse de Grammoiit, dont on admire le charmant portrait dans les galeries historiques de Versailles.
Charlotte de Gastelnau , connue d'abord sous le nom de If* de Louvigny, ne devint duchesse de Grammont que par suite de la mort du comte de
Guiche, fils aîné du maréchal de Grammont. M"" de Sévigné, en racontant à sa fille la douleur du vieux maréchal, ajoute malicieusement: u M*"*" de Louvigny est inconsolable , mais c'est par la raison qu'elle n'est point afiQigée. N'admirez-¥ous point le bonheur de cette dernière? La voilà dans un moment duchesse de Grammont (3). )) Elle parle encore ailleurs de Charlotte de Gastelnau qu'elle a surnommée « la Rosée « comme elle appelle sa belle-eœur, M*"' de Monaco, « U Torrent. »
(1) Lettres de M"« de Sévigné, passmi.
(3) Jbid, (3) Ibid,
JosEPH-GuoLAinB ROUXEL de HÉDAVY-GRANGBY,
Comte âe Utavj , Uratenaiil ninénl dw années du nA.
Joseph'GuUlaume Rouxel, cinquième fils de Pierre P%
comte de Grancey , et de Charlotte de Fervaques , naquit le 6 août 1606, probablement à Médav\ , et fut baptisé dans la chapelle de ce château , le 15 octobre 1609 , par révôque de Séez , Jacques Suarès de Sainte-Marie. Il eut pour parrain le maréchal de Fervaques, son grand-père » et pour marraines M"" de Launoy et de La Frette.
Destine à l'Église dès s;i iifùssance , à 6 ans il était chevaiier de Malte , suivant le bref du grandmaître de Vignacourt, en date du 48 mai i6l3.
François /de Rouxèl, son oncle, évèque-oomte de lisieux et^abbé de St-Ândré-en-6ouffem , étant venu à mourir en 1617 , le jeune Guiilaume fut nommé Tannée suivante à cette importante abbaye, par provisions en date du 8 février 1618. Ce début était de nature à satisfaire son ambition , mais le génie de sa race l'attirait invinciblement vers la carrière des armes, n ne tarda, donc point à résigner son abbaye entre les
iriains de François de Médavy , son frère, devenu depuis archevêque de Rouen.
Après «mr partagé avec ses frères la suocession du baron de Médavy , son père , le SI niai 1627 , il prit définitivement le parti des armes, où il devait acquérir une brillante répiitation. Il devint rapidement conïieiLier du roi en ses conseils, capitaine lieutenant des gens d'armes de Mgr le duc de Valois, chevalier des Ordres du roi et maréchal de camp de ses armées.
Le comte de Marey , malgré sa grande valeur , fut le moins populaire de sa famille au milieu de ses compatriotes. Un épisode malheureux de son commandement dans la ville d'Argentan le mit en grand discrédit auprès d'eux. Un chroniqueur aigentanaiSy Thomas Prouverre, auquel nous faisons maint emprunt , s*est fait l'historien de ces griefs.
Le comte de Grancey, son frère aîné, depuis niaréchRl de France , et déjà lieutenant général , était gouverneur d' Argentan à l'époque désastreuse des guerres de la Fronde. C'était en i649. H s'agissait de maintenir cette ville dans Tobéissattce du roi et de l'arracher au parti des princes.
Le comte de Grancey, empêché par d'autres soins , délégua son autorité sur cette ville au comte de Marey, son frère, qui s'y transporta aussitôt. A son arrivée il fut parfaitement accueilli par les échevîns , tout dévoués à la cause royale. Le comte de Blarey , secondé par les autorités, fit faire le dénombrement des habitants eu état de porter les armes, les passa en revue, lit fortifier les faubourgs et établit des gardes à toutes les portes.
Cependant la Fronde comptait dans le pays des
LE COMTE DE 1CAREY. 189
soutiens assez puissants. Parmi ceux-ci , et au premier rang, se &isait Femarqaer M. de Ghambois, tout dévoué au .duc de Longueville, et qui guerroya si longtemps aipeo des dianoes diverses dans les rangs des Frondeurs.
Dans la nuit du 21 février, il fond à l'improviste, avec 1,200 chevaux et 300 fantassins , sur la ville d'Argentan, où il s'était sans doute ménagé des intelligences.
Surpris par cette invasion inopinée, le comte de Marey est contraint de céder la place et se retire au château de Médavy, avec une quarantaine de ses hommes. La vertueuse abhepçe d'Almenesches , Louise de Médavy, scBur du comte de Marey , crut elle-même prudent de demander un asile à son frère, et se réfijgia auprès de lui au château de Médavy, avec une disaine de ses religieuses.
Retranché dans ce chfttean, le comte s'y renforce et se prépare à se venger de la surprise de M. de Ghambois. Cependant celui-ci , resté maître de la ville, avait renvoyé , dès le lendemain , toutes ses troupes , à l'exception de la compagnie de cfaevau-légers du duc de Longueville. Les habitants d*Argentan , réduits à cette faible garnison , tremblaient de voir le retour du comte de Marey, auquel la panique prêtait des forces considérables , tandis qu'il n'était point encore parvenu à rassembler plus de 150 hommes.
Aussi se garda-t-il bien de prendre Toffensive, différant sa revanche à des circonstances plus « pportunes. Laissant à Médavy quelques troupes chargées de lever des contributions sur les paroisses voisines, il parvint à foire sa jonction avec les cavaliers du comte d'Harcourt, coDounandant des forces royales en Normandie. D paraît que les troupes demeurées à Médavy se li-
vrèrent à quelques actes de piîlaeo que M. de Chambois fut impuissant à réprimer. M* des Parquets, dont la ferme de Boisset avait eu le plus à souffrir de ces excursions, énvoie M. de La Vente, son fils ^ à la téte d'une compapiiie du comte de Dunois , piller la maison de La Mothe-Peley , appartenant au comte de Marey (1).
Les meubles sont brisés et le portrait du comte , lacéré, est jeté dans les fossés du château. L'exaspération de ce dernier s*acerott à la nouvelle de ces tristes exploits, qu'il jure de venger sur la ville d'Ai^gentan.
Sur ces entrefaites , un semblant de paix ayant été conclu entre la cour et les Frondeurs , les troupes reçurent Tordre de rejoindre leurs garnisons respectives.
Le comte de Marey demande au duc de LpngueviUe, toujours gouverneur de la province , la garnison d'Argentan pour trois régiments. H s'abouche avec les autorités de la ville , qui n'osent lui en refiiser les clefs , et le vendredi 23 avril , il y fait son entrée h . la tète de t>(K) chevaux et 300 fantassins et s'installe dans le château.
Plein de ressentiment pour la défection des habitants , il veut livrer la ville au pillage. Deux des trois échevins mandés par lui , les sieurs Prouverre de Francheville et Barbot des Perrelles, parviennent à grande peine à calmer son courroux ; mais la ville n'en est pas
(1 } Le cbMeau de La Mothe, situé non loin de MédaTj • paraît avoir ca nne certaine Importance h cote ^oqne. François de HSdafy, aichevéïine de Bonen, y ftit baptiié en t60A. Le comte de Mar^» quinqne marié en Bourgogne, où il poRsédait des domaines importants, y AJsait de fréquents s^ours. Nous verrons qu'il y reçut en I6&0 Tabbesse de Vcrneuil , sa soBur, avec dix de ses religieuses, ce qui suppose que ce ehftteau était asws oimsidérable.
LE COMTE DE MABET
moins imposée à une contribution de 500 écus par jour , durant sou séjour dans les murs d'Argentan. Les troupes irritées eiercèrent en outre de tristes représailles en saccageant la maison de M'^* des Parquets (I).
* dépendant , instruit de ce qui se passe et jaloux de se venger à son tour, M. de Chambois parvient à faire changer l'ordre de la garnison , arrive à Argentan à £ranc étrier, se rend au château auprès du comte de Marey, qui ne devait plus voir en lui un ennemi de sa cause, et lui intime Tordre d'évacuer la place, qu'un commissaire du duc est en route pour lui apporter.
Le ccMumissaire étant en effet arrivé le mercredi suivant, le boute-selle sonne par toute la ville, et les troupes du comte ih Marey cèdent la place au commandant nouvellement désigné.
U semble par tous ces détails que Tesprit des habitants n'était pas trop sympathique à la cause royale. On
* comprend d'ailleurs leur ressentiment contre une in* cursion qui ne leur coûtait pas moins de 30,000 livres. Aussi les quolibets plenvaient-ils »ur les troupes du comte de Marey, pendant qu'elles évacuaient la ville: du haut des remparts, les bons bourgeois chantaient à tue-téte ces deux versets parodiés du psaume In eaniu :
Marey vidit et Aigit.
Quid eBt tibi Marey quod f ugisti ?
Le roi députa MM. de Tilly, Leroux et du Houllay pour informer sur cette affaire ; mais par la faveur du
(1) (Jn géoéreux gentilhomme du voisinage, M. Turgol de 8t-Oair , de la fumillc du célèlireéooiMunifltet tonnât Taigent nécçsgaire au {laiemeiit de la contnbutioo.
192 yss GBÂNeev dans lës armées.
duc d'Orléans, elle fut évoquée au Conseil et demeura sans poursuites (1).
Quant à M. de Ghambois, il fut l'objet d'une ovation qui se perpétua longtemps après lui ; on feosait suivre les cris de : vive le roi I de ceux de : et M. de Ghamboisl que la rime seule n*avait pas contribué à associer.
Là ne se bornèrent point les exploits de M. de Chambois: les recueils du temps nous ont laissé le récit d'une équipée qui fait moins d'honneur à sa bravoure qu'à sa présence d'esprit et à sa dissimulation.
Le comte de Marey avait donné rendez*vous dans le château du Chesne à plusieurs gentilshommes et soldats qu'il recrutait pour la cause de la cour. Le comte réunissait ses hôtes à sa table sous la protection des remparts du château soigneusement gardés , lorsque Chambois, à la tête de 600 hommes , entreprit de s'en rendre maître par surprise* Il se présente à la sentinelle , accompagné d'une trentaine seulement des siens,* les fait passer pour des conviés du comte, et pénètre sans le moindre obstacle jusque dans la salle, où se trouvent réunis sans défiance et sans armes les convives du châtelain. 11 n'eut pas beaucoup de peine à s*en rendre maître et à les faire prisonniers. 00 chevaux tombèrent ainsi en son pouvoir, scéliés et bridés. Bonne aubaine pour les gazetiers de Paris, presque tous Frondeurs et aux aguets des moindres échecs subis par la cour :
Voilà comme ron prit du Chesne le chasteau , Sans y avoir donné qu*im seul coup de chapeau (2) .
(1) Germain, Histoire d'ArgenUm g Jf, éHid.
(2) J.v Courrier hwtaqM» de la gugm à€ Parùf I» partie^ in-4* de 33 p. Paris i6A9, p. 2&
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LE COMTE DE MABET
Que le oomte de Maref «it déployé dans ces regrettables luttes une sévérité outrée et qu'il ait trop fiidlement cédé au désir de venger une insulte personnelle sur une ville entière, peu disposée il est vrai pour la cause qu'il servait , c'est ce qui ne semble pas pouvoir être sérieusement contesté, en présence du récit de Thomas Prouverre. 11 ne faudrait pourtant pas en tirer de trop sévères conséquences contre la loyauté et la valeur réelle de Guillaume de Grancey. Nous en avons du reste pour garants les témoignages les plus précis et les plus honorables.
Mais avant de revenir au comte de Marey, voyons ce que devenait son implacable adversaire :
Au commencement de l'année suivante, Ghambois commandait à Pont-de-rArche , qu'il était parvenu à gagner au duc de LongueviUe, au prix de 30,000 livres offertes au gouverneur. Vainement le menacc-t-on de ne lui faire aucun quartier si l'on est contraint d'envoyer le régiment des gardes pour l'en faire déguerpir ; il va trouver à Dieppe la courageuse duchesse de Longueville qu'il ramène avec lui , et auprès de laquelle il annonce la résolution de périr plutôt que de rendre la ville.
Cependant peu de temps après il est contraint de capituler, mais il se tait rembourser les 3U,0UÙ livres payées par lui pour le duc.de Longueville au précédent gouverneur (A).
Bientôt, vivement poursuivi par les troupes du ma* réchal de Grancey , redevenu maître de ses mouvements ,
(1) JwnuU Inédit de Dnlmiiwii-Aiilieiny, ^ iS, i7 et 18» biUiotlièiiue Ifanilne»
il fut contraint de se retirer jusqu'à Montnmd en Berry , auprès de la priDoesae de Gondé ;
On dit que le nenr de CSuinilMiu, Passant par piaules et par bois.
Avec une troupn hardie , A traversé la Normandie, Et malgré des empôchemente De trois ou quatre régiments Que Grancey lui mettait en trousse, En disant toujours : pousse î pousse ! £8t parvenu jusqu'à Montrond, Non sans danger ni sans alfront (1).
M. de Ghambois , toujours dévoué aux princes , continua à guerroyer jusqu'à la fin de la Fronde. ' Lorsqu'au commencement de l'année suivante on répandit en ville le bruit que le roi devait quitter Paris, le duc de Beaufort monta à cheval dans la nuit du Il février 1651 , et chevaucha par les rues , tandis que le coadjuteur se rendait à la porte St-Jacques. M. de Ghambois surveillait son quartier tandis que le comte de Fiesque en parcourait un autre (2).
Cependant , plus heureux que le comte de Marev , M. de Ghambois devait voir ia ha de ces déplorables dissenàons. Rentré en grâce auprès de la cour, en même temps que le duc de Longueville qui conserva son gouvernement de Normandie , il obtint par la protection de ce prince le poste éminent de gouverneur de la ville de Caen.
Le grand Jubilé de 1666 fut pour lui l'occasion
(1) tioret, Muse hUtorùjiUt lettre 17 do 10 septembre 1650.
(S) Journal inédit de Dubiii«5on.Aubeiiay, p. 109, liiblioUièqae Mnnriiti
LE COMTE DE MABET
d'un heureux retour à la pratique des vertus dirétiennes dont il s'était trop longtemps aâranchi.
C'est eDOore à Loret que nous empruntons le récit de cette con^rsion, qui eut alors un grand retentissement et en entraîna beaucoup d'autres :
Chambois si preux et si fendant
Et qui jadis , il est certain ,
Fut assez, ''transie mondain,
Touché d'une douleur extrême ,
A fait paraître ce carême
Un si grand changement en lui,
Que presque on ne parle aujourd'hui
Que de sa sainte pénitence ;
Ce l'ut au .IuLilc viei nier ,
On le vil aller par les rues
Nus pieds , nus bras et jambes nues , '
Et le corps vêtu pauvrement ,
Aux stations publiquanoit,
Disant tout haut : meâ culpà (i).
Quelques jours après, Loret revient encore sur le chapitre de M. de Chambois , à l'occasion d'un fameux duel entre deux gentilshommes dont les noms appartiennent à notre contrée.
Nous avons parlé ailleurs des du Barquet , seigneurs du Bourg-St-Léonard, entre Chambois et Argentan (2).
'1} Loret, Muse hisforique, 1. 18 du G mai 4656.
(3) Voir notre Histoire de Sévigni. Nicole du Barquet épousa, le S5 août ^ 539, Gervais Guyoo, deur de Pommpwuic, notre septième aïeul paternel t et Françoise dn Barquet, i|ai pourrait bien être la Meur du geatiUu>mme de
196 LES GRANGET DÂNB LES ARICÊES.
Un des membres de cette ancleone famille , qui résidait alors à Caen , brave et iiigouireux gmtilhomm , au dire de Lorety recherchait en mariage une jeune fille appartenant à une des familles les plus honorables de la ville. M. du Barquet avait su se condlîer Tafiection de sa fiancée en même temps que l'estime et l'agrément de ses parents. Le mariage était donc sur le point de se conclure, lorsqu'un autre gentilhomme de la même ville, nommé Aubert, vivement épris de cette belle, conçut la ioUe pensée de l'enlever. D était déjà parvenu à associer hon nombre de ses amis à son audacieuse entreprise , lorsque M. du Barquet averti , accourut à la tAte il ime nombreuse escorte, à laquelle le gouverneur de la ville s'était joint lui-même, et chargea vigoureusement les ravisseurs.
On allait en venir aux mains, quand les dames de la ville, accourues tout éplorées' sur le théâtre du combat, parvinrent à arrêter VetTusion du sang. Mais il lut impusssible de contenir les deux rivaux , qui se battirent avec tant d'acharnement qu'ils restèrent pour morts sur la place (1).
M. de Ghambois ne jouit pas longtemps de son gouvernement. L'année suivante , le môme Loret annonçait ainn sa mort :
Ghambois , l'un des plus hardis hommes , Qui fût dans l'empire des pommes.
Caen* épousa, ren 1661, Isaac de Mannoary, notre quatrième aïeul mftfTiid. Cette famille était parfaitement connue de M. de Chamlraig, car le Bourg-St-L6oûard est situé dans le vobinage du bouig de Chambote. (1) Loret, Mus* hUumqtu, l 19 du 16 mai 1666.
LE GOBfTE BB IIABEV
Gbambois donc , chef de cette viUe , ■ •
Est allé de vie à trépas ,
Si détaché des vains appas
Qu'on ne saurait pas mieux mourir.
Sa persoiine était fort aimée
Et Ton dit bien des oremw
Pour l'âme de ce gentilhomme
Qui de pécheur devint prud'homme (1 ) .
La famille de Rosnyvinen à laquelle appartenait M. de Charabois , oriijinaire de Bielagne j était devenue propriétaire du domaine de Ghambois avec bua cuiieux ch&teaU) si souvent décrit et conservé jusqu'à nos jours, par le mariage d'Olivier de Rosnyvinen , mattre d'hôtel du roi Louis XI, avec Marie de TOly (2).
Après cette trop longue digression , oîi nous a entraîné un des adversaires du comte de Marey, si connu dans notre pays , il est temps de revenir à ce dernier, avec lequd nous n'en avons point encore fini.
Le comte de Maiey servit en Flandres, en 1651 , sous le maréchd de Grancey, son frère atné.
La Ga2ett9 rendît compte en ces termes d'un brillant fait d'armes qu'il accomplit sous les murs de D^nkerque:
« Le comte de Marey, maréchal de camp, après avoir reçu du maréchal de Grancey, gouverneur de GraveLines, quelques armes et munitions, dans la nuit
(!) Loiet, Muit hUtorUiMê, 1, A du 18 odobie 1657.
La mie nniiliie du dernier marqui» de Chenbois époon, en 1777, LmdS'ftiiiçob d'AfoSB^ de Coulongett en elle s^éteigntt eetie hmehe de Boniyvlaen qn » wfWHumMf eil loiqoun tepftoentée en BieUfoe*
du 17 au 18 septembre, fit passer les régiments d'infanterie de Son Altesse royale , de Languedoc , de Valois, les gens d'armes et les chevau-légers de sa dite altesse et lâron cent chevaux du régiment de la reine, et les jeta le i9 dans Dunkerque , à la vue de l'armée de terre des dits Espagnols et de leur cavalerie , bien qu'elle fût montée , en état de combattre et seulement à une demi-lieue de Mardick, sans qu'elle fît mine de s'y opposer, non plus qu'à la retraite de ce comte, qu'il ne fit pas moins heureusement avec sa cavalerie à Marc et autres lieux (1). »
Le comte de Marey , attaché à la maison de Gaston d'Orléans et tout dévoué à ce prince, se trouva naturellement entraîné dans les rangs de la Fronde, à la suite de ce triste chef de parti.
Honoré de la confiance du grand Gondé, il combattait intrépidement à ses côtés, à la célèbre affiûre de Briare, dont nous avons parlé à Tarticlc du maréchal d'Hocqaincourt , quand il fut emporté par un boulet de canon. La relation de ses obsèques se trouve dans la GagetU , à la date du 8 juin 1652 :
« On fit dans le couvent des Carmes déchaussés du feubourg St-6ermain , un service solennel pour Guillaume de Rouxel de Médavy, comte de Clermont et de Marey, capitaine-lieutenant des gens d'armes du duc de Valois, et lieutenant général des armées du roi, décédé depuis quelque temps de la blessure qu'il avait reçue & la cuisse, d'un coup de canon , au combat donné à Briare, sur le canal, entre l'armée du roi et celle des princes. Son Altesse royale ayant témoigné
(i) <raMf f« de 1S54, p. iÛA».
...... ^le
lA COMTE m MARET. 199
beaucoup de regret de sa mort altaei que tous oeux de sa maison qui assistaient à ce service, avec plusieurs personnes de condition (i). »
Il est à remarquer que dans le récit de cette cérémonie, le comte de Marey est désigné comme lieutenant général des années du roi , quoique dans tous les recueils du temps, le grade qui lui est attribué sdt celui de marécbai de camp. N'esl-il pas piésumable que» dans le but d'adoucir Tamertume de ses derniers moments, le grand Gondé lui avait conféré cet avancement, qui il eût pas manqué d'être confirmé à la paix, si le comte eût survécu à ses blessures.
Quoi qu'il en soit, la postérité indulgente pour des fautes dont la responsabilité retombe en grande partie sur les malheurs de ces temps trodUés, n'a pas oublié les service? rendus antérieurement à la Franee par le grand Condé comme par ses lieutenants , et le nom du comte de Marey tiiiure aujourd'hui sur les tables d'honneur des galeries historiques de Versailles.
Guillaume de Rouxel avait épousé, en 1634 , Marie d' Aschey , fiUe unique de « haut et puissant seigneur mesure Jean^-Antoine d'Aschey , chevaHer des Ordresd'Espagne, baron de Montherault, Soraise et antres lieux, gouverneur de Dole, conseiller et intendant des affaires d'état du pays et comté de Bourgogne, et de haute et puissante dame Claude Peronne de Ghoiseul, comtesse de deftnont , sa premiètfe lènmie (2). »
(1) Gautte dê Femwe poor 1653, p. 5S7<M.
(S) Nous poMCdoBS de 1« «onlMfe 4e Mney un «wei boa imrtiiH, qai « dSêtie lUt pea données apièe soo nuiage^ Qaant au portrait iln comte de Mar^, Agilement en noUe ponienion, il eit pldn de noBleMe et de dt»lindion.
LES GRANGET HèMS LES ARMÉES.
Neuf enfants naquirent du mariage du comte de Blarey avec filarie d'Ascheyi savoir :
1** Antoine Rouxel, né à Gle&nont le l*' novembre 1636, mort à Noël de la même année.
2° Claire-Françoise Rouxel , née le 26 août 1638 , mariée le 14 août 1651 à Érard du Châtelet , marquis de Trichâteau, seigneur de Senoncxiurt, générai de bataille des armées de S. A. Charles IV, duc de Lorraine , grand baiUy et gouverneur de son baiUiage d'Allemagne» général de son artillerie » et depuis maréchal de Lorraine.
La marquise de Trichâteau étant morte le H décembre 1654, le marquis de Trichâteau épousa, en secondes noces, la nièce du maréchal duc d'Aumont, Anne-ÉUsabeth d'Aumont d'Aubigny, et en troisièmes noces Marie de La Baume-Leblanc de la Yallière.
Un fils né du premier mariage, N du Châtelet,
marquis de Trichâteau , fut tué en Allemagne eu 1678, aide-de-camp du maréchal de Créquy.
La famille du Châtelet se rattachait authentiquement à la branche ducale de Lorraine, comme on peut le voir dans VffuUrire gMalogiqve de la maison du ChàteUt, branche pvAnée de la maison de Lorraine , par dont Calmet.
3<» Le troisième enfant du comte de Marey et de Marie d'Aschey fut Anne-Marie-Françoise Rouxel, née le 12 février 1640, dame chanoinesse de Hemiremont en 4649, puis abbesse de Bouxières en Berry, morte en 1686.
Élisabeth-Gabriéne-Françoise de Rouiel , née le
6 juillet 1641 , fut dame chanoinesse de l'église collégiale et séculière de Remi remont.
Dans un voyage que ht cette chanoinesse en Nor-
LE COMTE DE MARLÏ
nuiDdie , au mois de mai 1706 ^ elle mourat subitement à Gordey , près Séez , au ehftteau du seigneur de
Lanchal, âgée de 65 ans. Elle fut inhumée le 46 du même mois dans le caveau de sa famille à Mcdavy.
5* Joseph Kouxel , comte de Marey , mestre de camp de cavalerie, dont il sera parlé à l'article des dames de Grancey à la Cour, h Toceasion de la célèbre comtesse de Marey, sa cousine germaine, qu'il épousa en 1665, et qui fut gouvernante des enfants de Monsieur, en bui vivdncc de la maréchale de Grancey , sa mère.
6** Catherine-Blanche Rouxel , née le 8 janvier 1646. £lle fut religieuse bénédictine à Troyes, en Champagne, puis au couvent du Val-de-Grftces qui venait d'être établi à Rouen. EUe exerça ensuite pendant vingt ans les fonctions de prieure à Tabbaye royale d'Almenesches sous M"" de Médavy, sa cousine.
Nommée abbesse de St-Jean d'Autun le 24 décembre 1700 , elle mourut quinze jours après , sans avoir eu le temps de prendre possession de cette riche abbaye. Elle fut inhumée dans le monastère de Notre-Dame de Troyes , cil se lisait cette épîtaphe : '
« Icy repose , en attendant la résurrection, dame Catherine-Blanche de Rouxel de Médavy, religieuse professe de cette abbaye , et nommée par le roi à l'abbaye de St-Jean d'Autun, décédée le 13 janvier 1701, âgée de 54 ans. De profession 37. Beqwe$eat in pace. »
V Le septième enfant du comte de Marey et de Marie d'Aschey fut Marie Rouxel , née le 19 avril 1648.
A peine Marie Rouxel eut-elle atteint sa quinzième année qu'on songea à la marier dans notre contrée (1).
(1) D'après le dossier de la mbliothèqoe impériale, elle muait d'alioid été dame cbantribesse de RemlreiiuMitv
W LSS GIMUfCBY DANS UËS ARMÉES.
Le mari qu'on lui destinait n'eût-il eu d'autre tort que d'être âgé de soÛAQte-dix an», c'en était assex pour faire rejeter ce maringe. Mais les avanUiges que pi^ sentait en appmace une union si disproportionnée éblouirent les parents de Mane de Bouxel.
Christophe de Hally, fils de Martin de Hally, ancien conseiller au Parlement de Normandie, avait épousé en premières noces Marie de Falaise, laquelle, à la mort de son frère Joachim, seigneur de Bernai-sur* Orne, hérita de tous les bieqs de sa maison. Cristophe du Hally acheta d'elle la terre de La Ferrière-aux- Étangs, dans le voisinsige de Messey, au diocèse de Séez.
Christophe , qui avait été nommé premier chambellan de Philippe de France, duc d'Orléans, prit alors le titre de comte attaché à cette seigneurie et à celle de La Gamdlle.
Le nouveau comte de La Perrière fut, à ce qu'il l>araU, un médiocre époux pour Marie de Falaise; car du vivant de cette dame, en 4657, il fît donation à Catherine de Pellevé , fille aînée de Pierre de Pellevé, seigneur de Fiers , de la seigneurie de La Garneille , qu'il tenait de sa femme. Il est vrai que trois ims après il échangeait cette donation contre une somme de 30,000 livres, payable à Catherine de Pellevé au décès du donateur , et une rente viagère de 500 livres.
Sur ces entrefaites , Marie de Falaise étant venue à mourir, le comte de La Ferrière songea, malgré son grand âge, à un nouvel hymen, et sans s'effrayer des quinze ans de M"* de lilarey, il demanda sa main. Il ofiiait en apparence des avantages considérables; la nouvelle épouse eut en jpuiçsance le chÀteau de La
...... ^le
LE COMTE DE MÂREY
Perrière y un douaire important , des bagues, des joyaux , un carrosse et sa chambre garnie. Mais le comte avait des dettes secrètes. Pour les
éteindre , il lailut vendre de son vivant la terre de La Perrière , dont Louis Berryer, nfWM du surintendant Fouquet, conseiller d'État et secrétaire du conseil , se rendit acquéreur.
Huit ans après son second mariage , le i*' août 1671 , Christophe de Hally mourait, laissant pour héritiers Christophe , Alexandre et Jean de llally , ses neveux.
Catherine de Pellevé obtint par transaction iO,000 livres comptant et une pension de 1,000 livres.
Quant à Marie de Rouxel , comtesse de La Perrière^ elle dut se contenter d'une somme de 13,000 livres et d'une rente viagère de 500 livres. Ëncore ne put^lle s'en faire payer. Ce ne fut que neuf ans après, le 20 janvier 1080, qu'un arrêt du Parlement la mit eu possession de la terre de St-Quentin, paroisse St- Marcouf , et de celle de La Carneille, modique compensation des avantages qu'elle avait sacrifiés (1).
La comtesse de La Perrière mourut à Paris , le ' 22 mai i72S, Agée de 77 ans, et flit inhumée aux Caimes-dochaussés.
8° et 9° Les deux derniers enfants du comte de xMarev
furent une fille nommée Elisabeth, née le 1" juillet 1649, morte la même année , et un fils, Jean-Baptiste-Gaston, né posthume le 18 août 1652 , qui mourut en odeur de sainteté, à l'âge de 28 ans, ehanoine régulier de l'ordre de
St- Augustin, à iléiival en Luiiaïue. Dès l'âge de 19 ans,
(t) Voir rjERiiDfre du eaitm «tAthU, par le comte de La Fenièi«,pb SSt à 391.
le malheureux jeune homme, pri¥é de la me» et d'une constitution chétivey avait fidt un testament où se raflât sa beUe éme (1).
H avait été tenu sur les fonts baptismaux par Gaston, duc d'Orléans, et la duchesse de Montpensier, sa fille (2).
(i) LantouMUonfart, Génèiksie :
(S) DoMkr dfl» RiHuel i la SlbUiiliièqve impiriale ( auuMiicrils).
PlE&EB n DE KODXEL, Coate d* Chnaeiy, UMttniat gâitfnl dM ■méai dft ni.
Voici une figure qui , avee moins de relief peu(r-6tre
que celle de ses devanciers , n'en a pas moins son cachet d'originalité. S'il n'atteignit pas les grades suprêmes de son père et de son fils aîné, si son rôle fut plus eSaoé , Pierre II de Granoey ne porto pas d'une main moins ferme l'épée de sa famille ; et n'eût-il d*autTe gloire que celle d*étre le fils atné du premier maréchal de Grancey et le père du secuud , c en serait assez pour mériter une place dans cette galerie de capitaines.
Quoique la dernière moitié de sa longue carrière ne réponde point à ses brillants débuts » elle ne peut foire oublier entièrement la première. 11 se trouve » il est
vrai , dans sa vie privée , des pages que nous voudrions pouvoir effacer , mais en en parlant avec discrétion , nous ferons la part du milieu dans lequel il vécut et du relâchement de mœurs auquel il s'associa avec trop de complaisance.
Pftr sa naissance , d'ailleurs ; par sa vie en grande
206 LES GHANCEY DAMS LES ABUÉES.
partie écoulée chez nous; par sa mort arrivée dans notre pays , au milieu des fonctions importantes qu'il y exerça longtemps ; par sa descendance alliée dans des maisons encore représentées parmi nous, lierre
de Grancey rentre plus particulièrement dans le cadre de notre travail. On nous pardonnera donc de nous y arrêter plus longtemps que ne semble le comporter Vimportance.de sa personnalité.
Pierre de Rouxel , comte de Grancey , deuxième du nom , fils atné du maréchal Jacques de Grancey et de Catherine de Monchy d'IIocquincoiirt , sa première femme, naquit à Médavy le 27 février 1626.
Dès Tâge de 18 ans, en 1644, il servait comme volontaire , en Flandres , sous le maréchal de Gassion.
La même année, par commission, en date du 5 mars, il fut fait capitaine dans le régiment de cavalerie du cardinal Mazarin, commandé par le marquis de (Jasteloau , son cousin-germain , mort maréchal de France.
Le nom du régiment était d'un heureux augure pour l'avenir du jeune capitaine.
Le grand Condé , alors duc d'Enghien , venait d'inaugurer par la bataille de Rocroy la série de ses immortelles victoires. Pierre de Grancey assista avec lui aux combaih de Fribourg , h la prise de Philippsboui^^, de Gernsheim,i de Spire, de Worms, de Mayence, de Landau, de Wimphen et de Rottembourg; il se trouvait à la bataille de Nortlingen , à la prise de cette place, de Dunkelspuel , d*Hailbron, et à la, réduction de Trêves en 1645.
Passé en Flandres en 1646 , il combattit aux sièges de Bergues, Fumes et Dunkerque.
UB COMTE PIERRS II DS 0RANGEY. 207
Il obtint, la mâme année, le gouvernement du fort Philippe , où II commanda les trois années suiirantes (I).
A la fin de cette campagne, il avait été fût mestre de camp de cavalerie du régiment de Marey, ap^mi^ tenant au comte de Marey, maréchal de camp, son oncle.
Il suivit en i649 le comte d'Harcourt (cadet la Perle) au siège de Cambray.
L'archiduc étant parvenu , à la &veur d'un épais brouillard, à &ire entror 1,500 hommes dans cette place, malgré la vigilance du comte d'Hareourt, ce dernier ne jugea pas prudent de continuer le siège, que la seule faiblesse de la g-aruisou avait fait entreprendre. U se retira donc à quelque distance, dans les marais d'Arleux , et confia la garde de son camp à Pierre de Grancey, dont la bravoure lui était connue. La garnison de Bouay , profitant de cette circonstance, fit une vigoureuse sortie; mais Pierre de Grancey fut assez heureux pour repousser l'ennemi jusqu'aux portes de la ville. Il poursuivit les assiégés avec tant d'ardeur qu'il lut blessé d'un coup de mousquet t^ur la contrescarpe.
Bans la campagne suivante, il servit sons les ordres do maréchal du Plessis-Praslin. H prit une part importante a la i)ataille de Rethel , où il défit un bataillon ennemi. En récompense de sa valeur, le maréchal lui donna les drapeaux pris par lui sur l'ennemi et lui permit de les porter à son château de Grancey.
A la mdme époque , il recevait une mission dont il
fi) T.e fort Philippe, à à baslwiis^ dépeiMtoil de riai|Mrtaiite place de dfliveliiies»
206 LES aRÀNGEY DANS LES -ARUÉES.
sut s'acquitta avec un plein succès : on lui donna le commandement de la cavalerie et la conduite des convois devant Guise ^ assiégée par les Espagnols. H parvint à en fidre entrer plusieurs dans la place qui
se trouva ravitaillée.
Lorsqu'en cette même année 1680, le comte de Grancey^ son père, fut envoyé par le roi en Normandie, pour contenir cette province et observer les princes qui s'y étaient retirés , son fils fut chargé de l'accompagner.
Le 5 janvier 1651 , son père ayant été fait maréchal de France , Pierre de Rouxel prit à partir de ce moment le titre de comte de Grancey, qui lui revenait comme i^é de la famille, et qu'il conserva toute sa vie. Jusque là il était connu sous le nom de comte de Médavy.
Le 7 novembre 1651 , âgé de 25 ans h peine, il s'était assez signalé pour être nommé maréchal de camp des armées du Roi.
Ce grade avait alors une valeur plus grande que de nos jours. Il précédait bien immédiatement comme aujourd'hui le grade de lieutenant général, mais il représentait sous Louis XIY le second échelon des officiers généraux. Il y avait , en effet , entre le colonel et le maréchal de camp, le brigadier des armées du Roi, offîcier-général lui-même.
Quand le maréchal de camp commandait en chef dans une province, par ordre du Roi, il avait une garde de 15 hommes , sous le commandement d'un seigent.
£n campagne , il touchait 900 livres par mois de 45 jours.
Le nouveau maréchal de camp accompagna sur la frontière du Luxembouig son père et son oncle » les maré-
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LB COMTE pierre: U DE GRANCET. 209
chaux de Graacey et d'Hocquincourt, lorsque, sous leur sauvegarde , b cardinal Mazaria put enfin rentrer en France, après un exil yolontaîre d'assez courte durée. Le comte de Grancey escorta le colonel de son ancien
régiment jusquà Poitiers, où le cardinal put rejoindre la cour, et où ils arrivèrent le 28 janvier 1652. lîocquiocourt ayant alors entrepris le siège d'Angers, qui avait pris le parti de la Fronde » à l'instigation du duc de Rohan , fut vaillamment secondé par son neveu.
A la tête de âOO gentilshommes , réunis par ses soins pendant son séjour en Noriiiaiidieavec son père, le comte de Grancey défit entièremcnl la compatrnie des gardes du duc de Rohan , qui tentait de se jeter dans la place pour la secourir , attaqua avec intrépidité les &ubouigs de la ville, qui tombèrent en son pouvoir et permirent au maréchal d'Hocquincourt de pénétrer dans la ville à la tète de ses troupes.
L'aiïaire avait été si meurtrière que l'oncle et le neveu, blessés assez dangereusement , passèrent à Paris pour avoir succombé à leurs blessures.
Ce premier succès de Tarmée royale sur les forces de la Fronde dut singulièrement flatter la rrîne et le cardi* nal , entourés de tous côtés par la défection.
En témoignage de son heureux coup de main , Pierre de Orancey envoya au jeune roi qui se trouvait alors à Saumur , les casaques des gardes du duc de Rohan, si complètement défaits par lui.
La récompense de ces précieux services ne se fit pas longtemps attendre : ce n'était pas le moment pour le cardinal de faire acheter longuement et chèrement ses faveurs. Que ne devait-il pas d ailleurs au jeune comte et à sa iamilie ?
%iO LES GRANGET DAMS LES ABIIÉES.
Quoiqu'il n'eût encore que 27 ans , Pierre de Grancey reçut le 6 juin 4653 le brevet de lieutenant général^ des années du roi.
Le P. Anselme et la plupart des biographes des
Roiixel ne parlent point de cette nomination. Nous ne pouvons cependant en douter , puisqu'elle est donnée par Pinard , dont l'histoire militaire est puisée aux archives de la guerre. EUe est d'ailleurs confirmée par les mémoires de StpSimon et le journal de Dangeau.
Le 7 août de la même année , Pierre II recevait en outre du Roi la commission de mestre de camp du ré- , giment de Grancey-infanterie, devenu depuis régiment de Briqueville.
» Lorsqu'en 1654 le maréchal de Grancey obtint le commandement en chef de Tarmée d'Italie , son fils raccompagna dans cette glorieuse campagne. Il se trouvait IeS3 septembre au &meux combat de La Roquette,
oti il reçut un coup de pique à la cuisse, ce qui ne l'empêcha pas de poursuivre vigoureusement les ennemis après leur défaite et de les harceler continueliement pendant leur retraite.
Au passage de la Bormida , il reçut encore deux coups de pique au ventre , et assista à toutes les affaires dirigées avec tant de succès par le maréchal.
En mars 1659 , le comte de Grancey se démît de son régiment en faveur du marquis de Grancey , son frère , qui parvint lui-même plus tard au grade de lieutenant général.
En 1668, il recevait un coup de mousquet dans la cuisse à Tattaque de la demi-lune de DMe.
Il suivit le roi 5 en qualité d'aide de camp , à la première campagne de HoUaude , en 1672 , et eut le genou