LE COMTE PIERRE II DE 6RANGEY
M. le marquis de Sourches, grand-prévôt, le marquis de Ivoire, le marquis de Sire, d'Égrefeuille, etc., etc., tous gentilshommes demeurant dans l'île de Rp, La Rochelld» pays d'Aunis et Poitou; et^ à Paris, M. de Cumont, conseiller de la Cour, Tallemant, mattre des requêtes, les abbés du même nom, des Réaux, le marquis de Ruvigny, etc.
Du côté maternel, elle a pour parents Pussort (le trop célèbre conseiller), le vicomte du Bac, de Saint-Feijus, de Moncey, etc. , gentilshommes de Champagne et de Picardie.
Ces tristes débats durèrent presque sans interruption
jusqu'à, la mort de la malheureuse femme, arrisce le 25 janvier 1703, sans qu'aucun rapprochement eût eu lieu entre les deux époux durant ce long espace de temps (1).
L'auteur de la généalogie manuscrite que nous avons plus d'une fois citée, Lautour-Montfort, se contente de
dire que ce dernier mariage du comte Pierre était défectueux par les formalités omises, ainsi qtie par la différence des qualités des mariés, et par le défaut du consentement du maréchal comte de Grancet/*
Quelque doute que l'on puisse concevoir sur la validité de ce troisième mariage, on ne saurait s'empêcher de plaindre cette pauvre femme, vouée par l'ambition de ses parents à une existence rcmi)lie d'amertume.
Le comte, relue dans ses tei res de Normandie, continuait, au dire de la comtesse, à y mener une vie dissolue que ses infortunes conjugales expliquaient sans la justi-
(1) Nous avoiH puisé tom r( « deioils dans le dossier des Kouxel de MéiUv^-Gruoco}, coiiscr^é aux inaiiusciiis de lu Btbiioliièqur iin|x:ria)e.
288 LES GRAMGET DAM8 LES ARICÉES.
fier. D'après la même source, la terre de la Blanche- Lande aurait été le principal théâtre de ses irrégularités de mœurs.
n était permis de supposer que l'âge airaneé de Pierre de Graneey, non moins que le souvenir de ses tribulations matrimoniales , l'empêcheraient de songer à un quatrième mariage: et pourtant, quatorze mois après la mort de sa troisième femme, le 11 mars 1704, il épousait en quatrièmes noces, par contrat passé devant les notaires d'ÂrgeneeS) vicomté de Gaen, noble dame Charlotte de Seran, fille de feu messire Louis de Seran, baron d'Andrieu, chevalier, seigneur et patron dudit lieu, et de noble dame Catherine d'Osmond.
Ce dernier mariage ne fut [)iis de longue durée, car deux mois après, le 20 mai 1704, le comte de Grancey mourait, comme nous l'avons vu, à son château d'Argentan.
Sa veuve lui survécut assez longtemps. ËUe existait
encore en 1727, époque où Lautour-Montfort écrivait sa généalogie.
La famille de Seran, encore représentée de nos joursy
tenait un rang distingué parmi la noblesse du pays.
Parlons maintenant des nombreux enfonts nés des deux
premiers mariages du comte de Grancey.
L'aîné des fils de son premier mariage fut le comte de Médavy , maréchal de France, dont nous nous occuperons bientôt.
La fille aînée de Pierre de Grancey et d'Henriette de La Palu-Bouligneux lîit Louise-Catherine Rouxél de Médavy , née au cfaAteau de Chalencey, en Bourgogne, le 27 février 1657, baptisée le 2 décembre suivaul, dans la
tS COHTE FIERBE II DE aRANCaST. 93$
chapelle de ce château , par son grand-ODcle François de Médavjy alors évéque de Sées, et plus tard «rcheydque de Rouen.
Par contrat en date du 29 juin 4684, Louise-<2atherine
de Médavy-Grancey fut raariûe à haut et puissant seigneur messire Bené d'Oilliamson, chevalier, vicomte de Coulibeuf, marquis de Courcy, seigneur de Bavent ^ Anglesqueville, Fribois, etc., fils de Jacques d'OiUiamson et de haute et puissante dame Françoise Bouttin.
La famille d'Oilliarnson, une des plus anciennes et des plus importantes de Basse-Normandie, tirait son origine de Thomas d'Oilliamson, ou Williaiubun, venu en France, à la fin du XV' siècle, avec le maréchal d Aubigny, et l'un des vingt-quatre archers de la garde écossaise. Thomas d'Oilliamson appartenait à une très-ancienne famille d'Écosse qui comptait, en moins d'un siècle, deux alliances avec les Stuart (4).
Louise-Catherine de Grancey , marquise de Courcy , était digne par son mérite personnel non moins que par sa naissance de l'alliance qu'elle venait de contracter. Nous en trouvons la preuve dans une curieuse pièce de vers de M*^* d*Osseville, conservée dans un recueil du |emps, à la date de 4703 :
Placez-y De Coi^ny La comtesse,
De sa cour Est d'Uarcourt;
(1) Histoire du canton d'AihiSf par le comte Hector de La Ferrièrei
LES GRâNCET DANS LES ARMÉES.
De Gourcy, Bonne et belle.
Vient aussi.
Cinq enfants naquirent du mariage de Louise-Cathe^ nue de Grancey avec le marquis de Courcy. Ce furent : 1* Hardouîn-François d'Oilliamson, marquis de Courcy,
marié le 42 juilFet 1703 à noble dame Charlotte Duval de Lancha) (4);
2** François d Oilllamsony tué à la bataille d'Uochstœdt;
3" N. d'Oilliamson;
4*^ Ânne-Marie-Françoised'Oilliamson, mariée en 1714 à messire Pierre de Mannoury, seigneur d'Ectot, de Ste- Eugénie et d'Hallaines, trisaïeul maternel de celui qui
écrit ces lignes (2) ;
5* Marie-Madeleirie-Cliariotte d Oilliainson, morte célibataire en 1725.
La seconde fille de Pierre 11 de Grancey et d'Hen> riette de La Palu-Bouligneux , fut Henriette-Léonore Rouxel de Médavy , née en 1660, mariée, parcolitrat du 1^5 juin 1683, à messire Antoine de iMorell, marquis de }*utaiipfes, Ste-Croix, Baron et autres lieux, gouverneur des châteaux et villes de Falaise et de Mortague ^ fils
tl) Philippe Duval de Laocbal, couseillcr du roi, trésorier général des flnuNet à Alaiçon, fut anobU en jaillet 1658. {Anmuàrt dt VEwn^r 1885, S2i.)
(S) Lautonr-Moiilforl* Cinittiogie'numuMriu det Hmtac*l tie âUdtaijf, M>^ de Hannoury Ibt marraiae avec ton grand-oocte, Pabbé de Gran* eejt pranier aumôaia* de Monsieur, è AlmenescbeSi les 2i août I6M
et 81 jaîllet 1695, ainsi qu'il se voit sur les rt^'stres de cette paroisse, où elle a signé Anne-Marie-Françoise d*Oleeiiçon. Elle avait été élevée à Tabbaye (rAImc nosches, par Tnbbesse Ma rie- Marguerite de Médavy, lagiwnd*taote, fille du premier marédwl de Grancey.
LE COMTE PIERRE n DE GRANCaST. 244
unique de haut et puissant seigneur messire Achille de Morell, chevalier, seigneur et marquis de Putanges, brigadier des armées du roi, capitaine* au r^iment des gardes françaises, et de haute et puissante dame filarie
Ollier (f).
La beiîb'iliction nuptiale fut donnée à la marquise de Putaoges, dans la chapelle du château de Alédavy, par François de Rouxel, archevêque de Rouen , son grand-onde.
Le Mercure galant rendit compte du mariage de la
marquise de Putanges et des fêtes qui le suivirent.
Cette relation contient des détails précieux sur îe cérémonial de l'époque , et nous croyons devoir la reproduire ici :
a n s'est fait un mariage considérable depuis peu de temps ; c'est celui de M. le mai-quis de Putanges ,
gouverneur des villes et châteaux de Falaise et de Mortagne au Perche, fils de M. de Putanges, capitaine aux gardes, gouverneur de Mortague, avec M"* de Grancey, fille de M. le comte de Grancey, et petite* fille du feu maréchal de ce nom. Ce sont deux personnes très-bien assorties et dont le mérite est fort connu. La cérémonie s'est faite à Médavy , le 26 du dernier mois, par M. l archevêque de Rouen , grandoncle de M"' de Grancey.
« Les mariés en partirent le lendemain, accompagnés de M. le comte de Médavy , de M. et M"* la marquise de Gourcy , sœur de la mariée , et de plusieurs autres
(1) Noos ayons remarqué, dans la principale aubeq^e de Putanges, une magnifique plaque de cheminée, au double ècnsson des HoreU de Putanges et des Ronxd de Gnnoeyt provenant d^une fonderie qui eintait encoie tu ' derofer siède aux enrkona de ce bonig.
persoDDes de qualité. Ils allèrent dîner à Argentan' Ghes M"" la marquise de Grancey, veuve de H. le marquis de Grancey, chef d'escadre, qui les conduisit ensuite jusqu'à Falaise.
« M. le chevalier de Corday , qui en est lieutenant de roi, vint au-devant d'eux plus d'une lieue, avec un gros escadron de cavalerie. Après qu'il eut fait son compliment au marié, il les suivit dans le môme ordre qu'il était venu jusque dans le cbftteau, avec toute la bourgeoisie qui aUa aussi aunilevant d*eux, hors les faaboui^ de Guibray, et qui s'était mise sous ies arme^ au Lruit des tambours, fifres et hauts-bois, au nombre de plus de 2,000, tous fort lestes. Ils se rangèrent ensuite en bataille dans la place du ch&teau, où ayant &it plusieurs décharges de leur mousqueterîe, qui fut précédée de celle des canons^ mortiers et bottes , ils défilèrent dans le même ordre qu'ils avoient paru d'abord. La nouvelle mariée reçut les compUments de tous les corps de la ville , du clergé par M. le curé de la Trinité, du corps de ville par M. le vicomte et maire, du bailliage par M. de Noirville, lieutenant général deTélection, par M. de Saint-Bazîle , président, et de toutes les communautés religieuses par leurs supérieurs. Elle répondu a tous avec autant de justesse que si elle eût su ce que chaque corps lui devoit dire.
« Il y eut le soir un magnifique régal, avec de très-grandes profusions de vin pour le peuple* La ftte eût été parfaite si on eût pu ajouter le bal , mais le deuil de M"* de Putanges, aïeule du marié, ne le permit pas (i). s
(ij Mtrcure gal.mi, juillei ifl88, p. ISS à <S7. Cinq aus api^ le 23
Digrtizeij Ly <jOOgIe
LE GOMTE PIBRRB II DE GRANCET. 243
En contractaot de semblables alliaoces , les fiimiiles, même les plus considérables de la province « en recevaient un nouveau lustre. Ceux qui n'avaient pas de titres auparavant, ne manquaient point de devenir
aussitôt comtes ou marquis.
Du reste , si les mérites de la marquise de Putanges égalaient ceux de la marquise de Gourcy , la maison dont elle prenait le nom ne le cédait en rien à celle où était entrée sa sœur.
La fiimille de Morell avait acquis en 1528 la terre d*Aubigny près Falaise. Elle y construisit, au commencemeiit du XVil' sièclej un château impoiLanl qui subsiste encore, quoique inhabité depuis plusieurs années.
L'église de la paroisse d*Aubigny, située à quelque distance du chAteau , renferme six statues de grandeur naturelle, en pierre du pays, et parfaitement conservées.
Ces statues, d'un grand elTèt, reprcseiUent six des seigneurs d'Aubigny, à genoux et les mains jointes.
La première recouvre la dépouille mortelle de a noble homme messire Raven de Morell, lui vivant sieur et patron d'Aubigny, Ganivet, Soulengy, Putanges, Thîlleul , Morières et La Gourbonnel, chevalier de l'Ordre du roi, conseiller et chambellan de Monseigneur le duc, frère du roi, lequel décéda en l'armée du roy, estant devant Eoueo, le sixième jor de Tannée 1592 (1). »
Anicr I6S8 * M"* de Potsinge», tour do maniuia, épousait à Paris H. de MMe*HttittiMt neveu de M"* de HainteiioD. Elle «vail SO^OOO écii» de - dot» oeqai4éMliin»lMuteott«d«iBUedamflell»fiaeille.(il^^
Dangeau.)
(1) L^historien de la ville de Gaen, de Bras de Boai^ueviUe, noas dit fpie iiaven MereU , «Utm à FaUaixê, fut mtmrtri d'un •amp d$ pittokt.
Près de ce seigneur d'Aubigny repose Gabrielle de Riant, sa femme.
Les autres statues sont celles de :
1* Raven de Morell d'Aubigny , chevalier de l'Ordre
du roî et lieutenant d'une compagnie de gens d'armes, morl en ii}2l) ;
2^ Bradeliis de Morell , commandant de cent gentilshommes, mort en 1666 ;
3^ Achille-Antoine de Morell, fils du précédent, mort en 4673 , après s'être signalé dans les guerres d'Italie.
C'est sans doute le père du marquis de Putanges, qui nous occupe, et qui dut lui-même être inhumé au rang de ses ancêtres.
Le marquis de Putanges eut quatre fils de son mariage avec M*^** de Grancey. L'un d'eux, messtre flardouîn Thérèse de Morell, chevalier, marquis de Putanges , brigadier des armées du roi , étant demeuré seul, hérita de la terre d Yvoi-en-Berry , faisant partie de la succession de Marie Ollier, sa grand'mère.
Par contrat passé devant -AI" Perrichon, notaire à Paris, le 10 février 1724, il épousa Catherine-Henriette de Vassan, fille de Zacharie de Vassan, seigneur de Puyseux, etc., gentilhomme de la chambre de S. A. R. Mgr le duc de Bcrry, et de haute et puissante dame Thérèse-Louise de Lambert, Olle de Henri de Lambert et de Catherine Guyot du Daugnon (1),
Parlons maintenant des enfants du mariage du comte
eouuM U atlûit à ta tem du Tort, jnri» ie dit Paltmxu II attribue m mort aux religionnaiies» qui se remuaioit fort à rtaTtoemeiit de FreBçms IL Ce RftTea était sans doole le père de dont nous Tenons de parier. Jlt-
ehenha et mtiquUez de la ville de Caen, pt 165. (1) Laatou^lfontrort, généalogie mannscrite»
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