LE COMTE PIERRE U DE GRANCET
Mandat, qiii lui donna les trois fils dont nous allons parler (1).
La dot considérable donnée à la comtesse de Oranœy
fait assez voir quelle devait être la fortune du président de la cour des comptes de Normandie.
Ces énormes fortunes, assez communes chez les iinaociersy avaient soulevé contre eux de nombreuses récriminations. Le pouvcnr céda trop fiuiilement à Taveugle réaetion de l'opinion publique; une série d'actes de rigueur, auxquels ne présidèrent point toujours la justice et la modération, s'inriusriira contre les enricliis. Reprenant les traditions financières des commencements du dernier r^ne, on ne trouva rien de mieux à faire que de taxer ceux que l'on supposait avoir trop bénéficié des deniers publics à des contributions plus ou moins en rapport avec leurs exactions vraies ou supposées. C'est ainsi que le marquis de Tourny fut imposé en i716 à la taxe incroyable de douze cent mille francs (2) I
Le comte de Grancey, déjà si riche par son mariage, devint bientôt l'unique héritier de toute sa fomille par la mort du maréchal de Médavy et du marquis de Grancey ses deux frères atnés.
Un instant il put espérer que le nom de Rouxel ne serait point éteint, malgré les coups redoublés de la mort y car il lui naquit un fils le i8 juin 1721 ; mais
(1) Tablettes historiques et giniatogitfues, V* partie.
(S) Jmmed de Ducean, do S nanwkat i7iS.
S^Bf StmoD Dont dit, cl mmi le croyons fecOemeiil, que la frajreor ae ■itpafod kl fliHuicim. H. d*AiiBenll, fMvede la narédiale de LoiRca^et eoméiiiWBUBent OMlede Sainl^liMii, ne dut qii*l la proieclloD de re détaler d*ddufper aaz poDimiica. On pidieadak qne lei uaitavli •«aieal pio» att de éMoÊh um mUHmuî ! — 8«int*8imeB, t« VUI, U%
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trois mois apr&s, ee nouveau rqeton dispamîssait comme les autres.
Le comte de Grancey ne devait pas jouir longtemps de tous ses héritages ; à peine eut-il le temps de les recueillir y car il mourut lui-même à Paris , le 20 août 1728 » vingt jours seulement après le marquis de Grancey. U fut inhumé dans relise des Dames capudues de la place Vendôme, oft reposaient déjà le maréchal de Grancey , son grand-père , le maréchal de Médavy, sou frère aîné, et la comtesse de Marey, sa tante.
Les Rouxel de Médavy laissaient en Normandie plusieurs parents, c(»nme nous venons de le voir , mais les immenses biens de cette famille, compromis par
les prodigalités de ses derniers représentants, allaient passer dans des mains étrangères.
Le château de Médavy, après avoir été successivement possédé par plusieurs acquéreurs, appartient aujourd'hui à M. le général de Mausnon.
Quant au chAteau de Grancey « qm existe encore dans son intégrité, voici les phases diverses qu*il a subies.
A la mort du dernier comte de Grancey, Catherine Aubert de Tourny, sa veuve, devint propriétaire du comté de Grancey avec les baronnies de Marey et de Sdongey, qui lui furent adjugées pour la remplir de ses droits matrimoniaux (1).
Le marquis de Tourny, son frère, avait laissé de son mariage avec M'" Clierouvrier , ou Le Cherouvrier des Grassières, trois fils qui lui survécurent.
L'atné, le marquis de Tourny « mort célibataire,
11) Tabltttu hitt«ri0M et géméaiogi^^ V» partie.
LE GOUTB raSRBE U DE GRAKGEY. iU9
fut ce célèbre intendant de Guyenne , auquei ia ville de Bordeaux y qu'il contribua tant à embellir, a élevé une statue sur la magnifique aUée qui porte son nom.
Le second fut connu sous le nom d'abbé de Toumy.
Le troisième , parvenu au grade de lieutenant général des armées du roi, ne laissa point d'enfant de son mariage avec M''* Bouhier de Lantenay. Ce dernier ^ disait plaisamment de ses deux frères, que l'aîné aurait dû être abbé, l'abbé militaire, et lui-même intendant^ intervertissant ainsi à plaisir le rûle dévolu à chacun d'eux par la Providence.
La comtesse de Grancey mourut à Paris le f 8 novembre J7ij8, dans sa iiS^ année (1). On ne peut raisonnablement lui faire un rrime d'avoir préféré sa propre famille à celle de son mari pour la transmission des biens provenant des Rouxel de Médavy , puisqu'elle en était devenue Intimement propriétaire.
Aussi légua-t^e le domaine de Grancey à son neveu, le lieutenant général. Ce dernier étant luimême mort sans enfants, comme nous venons de le voir, en disposa à son tour en faveur de son cousin issu de germain, le baron de Mandat , neveu du fameux commandant des gardes nationales de la Seine, tué devant l'hôtel-de-vitte , le iO août 1792, lorsqu'il se disposait à défendre les Tuileries (2).
Le magnilique château de Grancey est auiourd'hui possédé par le comte de Mandat-Grancey , fils du dernier légataire, auquel nous devons la plupart de ces détails.
(1) Gazette de France du 25 novenibre 1758.
(2) Le- (inrnii do Mandai, Ifgalahc du marquis, était en effet iiettt*fi]A de M"* Cbci ouvrier, laole (lu testateur.
P&AHiiOlS-fiiNiDiGT EOUX£L D£ MEDÂVY,
PfMdOT airq«lt4« GiMiMar, ynnter dNf fiiGadn àm umêm nsnln, llmtnMat
«tefttl iM MmiéM 4m r»t.
Si l'on peut citer avec honneur les noms des maréchaux de Médavy-Grancey après ceux des Turenae, des Luxembourg, des Yiilars et des Gatinat , le marquis de GraDcey, dans une sphère plus modeste peut-être, ne mérite pas moins d'occuper un rang distingué , à côté, quoique an-dessous, des Jean Bart, des Tourvîlle et des Duquesne , ses illustres compagnons d'armes.
L'impétueuse valeur du marquis , son esprit judicieux et caustique, ses piquantes appréciations des engagements auxquels il prit part, ont appelé sur lui l'attention d'un historien de la marine française , qui
s'est plu à invoquer son témoignage et à rendre hommage à son mérite (1).
Si le marquis de Grancey ne parvint point à de plus hautes destinées, il faut surtout s'en prendre à
LES GRAMCKY DAJNS LES ARMÉES.
la mort prématurée dont il contracta le germe par son dénouement.
Françoîs-Béncdict Rouxel de Médavy, cinquième fils de Jacques de (irancey, maréchal de France, et de Catherine de Monchy d'Hocquincourt, sa première femme, fut baptisé le 4" avril 1635. Ayant successivement perdu ses trois frères, 6eoi:ges, François et Jacques de Rouxel, morts fori j< unes , il devint le second fils du maréchal , et comme tel prit le titre de marquis de Grancey, suivant un usage qui ne semble pas particulier à cette famille.
D'abord destiné à l'Église par son oncle François de Médavy, mort archevêque de Rouen, il étudia comme, abbé de Grancey au collège d'Autun; mais bientôt, entraîné par son penchant pour la carrière des armes, il abandonna l'Eglise, et, dès Tannée 1659> âgé de vingt- Uois ans seulement, il lut, par commission en date du 1.^ mars, nommé colonel du régiment de (jrancey, sur la démission de son frère aîné, le comte Pierre 11 de Grancey.
Par une singulière anomalie, qui n'est pourtant point sans exemple, le marquis de Grancey, étant entré sur
les vaisseaux du roi, n'en conserva pas moin? son régiment (d), à la tRte duquel il se distingua en Hongrie au combat de ilaab, et qu'il mena a\ec lui à la seconde expédition de Candie, sous le maréchal de JNavailles.
Nous parlerons plus loin de la première eipédiUon de Candie, qui eut un si triste dénouement, et' qui coûta la vie au comte de Marey , cousin germain du marquis. La seconde, celle de 1669, n'eut pas un résultat plus heureux.
(1) 11 ne s*eu démil 4|u*cn 1975.
LE 1*' KARQUIS DE GRANCET. 253
JNotre flotte, réunie à Toulon, se composait de vingt vaisseaux, treize galères et trois galiotes. Elle était commandée par l'amiral duc de Beaufbrt, le célèbre roi des halles de la Fronde ; le général des galères était le comte
de Vivoime, ti rre (1(3 M"' de Montespan. On devait rallier en route la petite flotte de Rome et de Naples, sous les ordres du bailli de Rospigliosi, neveu de Sa Sainteté Clément IX , auquel était déféré le commandement en chef.
. Le Lygj vaisseau de 40 canons avec ^0 hommes
d'équipage, avait pour capitaine le marquis de Grancey, dont la réputation de bravoure était déjà bien établie.
Âprès la jonction des flottes combinées, le bailli se fit nommer les officiers français par le général des galères. Tourville , capitaine du CrmiasU , dont le mérite commençait à percer, ne fut point oublié dans cette nomendature. Lorsque arriva le tour du marquis de Grancey : u Uii I celui-là, dit Vivonne, n'est point un muguet, mais il est aussi brave et déterminé que pas un, et plus spirituel, plus moqueur et plus salé que les plus malicieux des beaux esprits de la Cour \ en un mot, c'est le marquis de Grancey. — Est-ce donc de la &mille du maréchal de Grancey que j'ai eu l'honneur de saluer à Rome? — Oui, monsieur le bailli. — Il a, dans ce cas, un grand nom à soutenir (1). »
Arrivé sous les murs de Candie, le capitaine de vaisseau redevint colonel du régiment de Grancey, à la tôte duquel il appuya la sortie de nos troupes. L'engagement eut lieu près de ce fort de la Sahlonnière, sur lequel le comte de Marey avait trouvé l'année précédente une
(i) Ëugène Su^ Uùtom de ta mwritu (rmfoiêt.
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254 LES GRAI^GËY DAJSS L£S ARMÉES.
mort héroïque. Lissue du combat fut lamentable : Beaufort succomba glorieusement sans pouvoir conjurer ia défaite de ses troupes (1).
Trois ans après, au mois de juin 1672, le roi trèacbrétien, par rentrçmlse de Madame Henriette, était parvenu à entraîner le roi d'Angleterre dans la guerre contre les Provinces-Unies des Pays-Bas.
Trente vaisseaux, cinq frégates et huit brûlots, sous le commandement du vicc-Qiniral d'Estrées, appareillaient du port de Brest , pour rallier ia flotte anglaise dans le voisinage de Tîle de Wight. Le duc d'York, frère du roi d'Angleterre, devait avoir le conmiandement des forces navales combinées. Duquesne montdt 1$ Terrible, sous le pavillon de contre-amiral.
Quant au marquis de Giaiicey, on lui avait confié le comm andement de t Illustre^ de 70 canons et 430 hommes d'équipage, le plus beau de notre escadre.
Le 7 juin , au matin , Ruyter parut à Timproviste en vue des forces alliées, avec 86 vaisseaux de guem, 30 brdlots et force galiotes.
Surpris par cette attaque inopinée, le duc d'York ne put mettre en ligne de bataille qu'une vingtaine de ses vaisseaux. La lutte s'engagea bientôt acharnée entre la flotte anglaise et la flotte hollandaise, et telle fut la valeur déployée de part et d'autro que Tissue en demeura incertaine.
Pendant ce temps-là, Tescadre de Zélande , sous les ordres de Bankert, s'attaquait à nos vùsseaux, conduits
par d'Estrées. Mais, pour une cause inconnue qui prêta
(1) C'esl sanh duule ilaus celle expéditiou que Graiicej s'empara d*ua bftton de picha de Taniiée ottomane, ainii 4|ge le rapporte Lnutour- Bfonilbit.
1^ MAROIIIS DE CfrRANCEY* â65
chez nos alliés aux plus tristes commentaires, notre escadre gouvernant vers le sud, ne prit point une part sérieuse au combat. Granoey frémissait d'impatience d^acooflter Tennemi , mais il lui Mut se réogner à lâcher de loin quelques bordées qui ne pouvaient être bien meurtrières.
Le lendemain matin , l'action recommença avec la même vivacité, mais sans plus de résultat; elle ne fut définitivement arrêtée que par la retraite des forces bol- . landaises vers les oôtes de Flandre, laissant aux aimées oombiaéCs Tapparence d'une victoire au moins douteuse.
A quoi altiibuer l'espèce d'inaclioii de notre flotte dans ce conflit où elle prit une part si restreinte? D'Estrées en donna pour cause le vent contraire qui réloignait du tbéàtre de l'action. On y crut voir chez nos vdsîns d'Outre-Mer le parti pris de demeurer étrangers à la lutte , et l'irritation fut grande parmi le peuple anglais.
Peut-être , il faut bien l'avouer , certaines parties des instructions données par le roi à d'Estrées , prêtaientelles à ces £ftcbeux commentaires. Louis XIV, dont les armées de terre supportaient tout te poids de la guerre avec la Hollande, ne pouvait-il se croire dispensé d'agir sur mer ? D'ailleurs la diversion opérée par notre escadre, en occupant une partie des forces de Huyter, n'avait-elle point paralysé ses ellorts au profit de nos alliés?
Quoi qu'il en soit, le marquis de Grancey, sous le coup d'un dépit qu'il ne parvenait point à dissimuler, écrivit à Colbert la lettre suivante, qui semble donner raison aux griefs articulés contre d'Estrées :
JL£S GRANC£¥ DA14S LES ARMÉES.
« Je laisse à beaucoup d'autres qui out Tesprit mieux tourné que moy à la relation, à vous fidre la description d'un grand combat. Pour moy je m'attendots
bien d'entrer en dance , quoyque le dei nier de la lig'ne et de parvenir à la plus forte meslée, lorsque contre l'attente de tous les gens du mestier , M. le vice-amiral, au lieu de suivre M. le duc d'fiiorc qui couroit au Mord, mist à Fautre bort pour venur escarmoucber contre l'escadre de Flessingue qui avait reviré probap blement pour nous amuser. Lon escarmoucha d'assez loin pour que j'aie regret à 1 ,800 coups de canon que je tirey pour faire comme les autres ; nous fismes cantité de petites bordées, tout ainsi comme si nous eussions esté de Tescadre de Flessingue, revirant avec eux. Bien des gens croient que si nous eussions couru un bon bort , que nous les eussions mis plus proche do nous. Mais pour moy , Monseigneur , je suis de ces gens qui ont foy pour les généraux et leur capacité , dès qu'il est escrit et siné Louis, et ce que les autres attriburoient à une grande faute dans le mestier , j'aime mieux l'attribuer à quélqu'ordre s^ret , ou à quelque délicatesse du mestier qui passe ma capacité et douze ans d'expérience que j'ay à la marine. C'est de la bonté que vous m'avez promis, Monseip:neur , que j'espère qu'elle ne me sera pas inutile. J espère par vostre moien aller un peu plus viste que je n'ay esté. Si ce pauvre Desardans, qui n*a qu'une jambe à cloche-pied , alloit passer devant moi ; sans passer plus outre, je m'assiérois là, quitterois mon épée ,