LE MARQUIS DE GRANCET
prendrois udo plume» et j'écrirois sous un de voe Gonums jusques à la consonmifttion des siècles , pour ne vous être pas inutUe , ayant fiiit vœu d'être toute
ma vie,
« Vostre , etc. ,
€ Le marquis de Grancey. »
A travers les demi-rêtîcenq^ du marquis » on voit dairement percer de malicieuses Insinuations, et ce
témoignage devient d'un grand prix pour la solution d'un point historique demeuré assez obscur.
Il peut être curieux de rapprocher de cette relatioa celle de la gazette de l'époque : nous la reproduisons d'autant plus volontiers » en oe qui concerne le marquis de Grancey, qu'elle est toute à sa louange :
<c Lescadre du pavillon bleu , et toute la division du marquis de Grancey ayant jugé que Ruyter leur gagnerait aussi le vent, si elles ne reviraient promptement, mirent à l'autre bord aussitôt pour se les conserver. £Ues y réussirent et le marquis de Grancey , avec sa division , soutenu du comte d'Ossery , contreamiral de l'escadre bleue et de la division , combattit et pressa si fort 1 escadre de Zélande, qui courait toujours son même bord , qu'il l'a fit plier. Mais il s'en fallut peu qu'en cette action il ne fût coupé par Ruyter, avec lequel il revint aux mains de fort près, ayant
reviré pour se venir joindre à l'escadre des Français
L'amiral (TVomp) ayant pu rallier Ruyter, le marquis de Grancey et sa division revinrent au combat contre la division du lieutenant amiral hollandais (Ruyter) , ce qui pennit au commandeur de Yalbelles de se
rallier au chef d'escadre français qui revîra (I). »
Dans ce combat , où il dut voir le feu de plus près qu'il ne le veut bien dire , Grancey avait été btossé , totqours d'après la GassetU, Nous Tenons de voir qu'il n'en parle même point.
Un an après, jour pour jour, les mômes antag<^ nistes en revenaient aux mains sur les côtes de Hollande. Notre marquis n'ewL garde de ne point se signaler encore. L'escadre de Zélande , nous dit la QwtU y ploya sous ses efforts. Cette ibis Auyter en personne eut à lutter contre' la valeur de Grancey (2).
De cette époque date la promotion de M. de Grancey au grade de chef d'escadre.
Trois ans plus tard , le théâtre de la i^uerre' contre les Hollandais était transporté dans la mer des Antilles^ où ils avaient d'importantes possessions.
Par une combinaison qui semblerait aujourd'hui singulière, mais dont on retrouve plus d'une trace à l'époque qui nous occupe, le comte d'Estrées devait armer à ses frais quatre vaisseaux de lî(i canons, et quatre frégates de 30, sous le commandement d'officiers de la marine royale. Le marquis de Grancey était son premier chef d'escadre. Dès le mois de mars de .cette année» les Hollandais prenant l'offensive s'étaient fkcilement emparés de Cayenne dont la fiiible garnison, commandée par le chevalier de Lezy, n'avait pu tenir tête & l escadre de l'amiral Binkes.
De là, se dirigeant sur TUe de Tabago, point stratégique important pour ses opérations » auxqodles elle
(1) Gazette de 1672, p. 580-583.
{%) iUà, » U V, p. 137 1 et note manascrite de la Bil»LioUiè|ue impériale.
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LE f MARQUIS DE GRANCBT.
pouvait servir de base, l'amiral hollandais, après en avdr pris possession» la fortifia, y mit une forte garnison et songea à y établir une colonie. Dans ce but, il cingla vers nos possessions de St-Domîngue et de Marîe-Galande ,
et après les avoir ravagées , en enleva les nègres et le matériel qu'il dirigea sur sa nou\clle colonie.
Sur ces entrefaites arriva le marquis de Grancey, qui avait devancé le comte d'£strées« Il montait VApoUan, accompagné d*un seul autre vaisseau ; Teecadre de Binkes en comptait cinq; mais, sans se préoccuper de cette intériorité, Grancey se met courageusement à la poursuite des Hollandais et remporte une victoire complète.
A la nouvelle de ce succès, Golbert presse le départ de d'Sstrées, dont l'escadre quitte Brest le 6 octobre 1676. Dans les premiers jours de janvier i677, Cayenne était reprise par nos vaisseaux.
Mais c'était contre Taba^^u que devaient se réunir tous nos efforts. Une première entreprise sur cette ile avait été meurtrière pour les Hollandais, qui y perdirent sept vaisseaux, sans entraîner un résultat bien significatif pour les Français, assez maltraités eux-mêmes.
Le 6 décembre 1677, nos forces navales, renforcées par des troupes embarquées à Brest, revenaient à la charge. Grancey réclamait hautement le périlleux honneur de diriger l'attaque, comme premier officier général ; d'Ëstrées s'y opposa sous je ne sais quel prétexte d'ordre de bataille, qui nécessitait la présence des officiers siir les vaisseaux. Peuirétre trouvait-il que le marquis s'était déjà fait une part de gloire assez bdle.
Le 12, une bombe lancée de l'escadre vînt tomber sur le fort, mit le feu aux poudres et ensevelit sous les dé-
260 XES GRAMCfiY DANS LES ARMÉES.
combres l'amiral Binkes avec 16 officiers et 250 soldats. D'Estrées, profitant de la confusion, fait débarquer 450 hommes, et, une heure après, le fort tombait en notre pouvoir aussi bien que les vaisseaux eunemîs. Grancey avait pris une large part à l'action, et d'Estrées le signalait dans son rapport parmi ceux qui avaient le plus contribué à ce succès inespéré.
Grancey demeura encore à la mer une partie de Tannée suivante. Il rallia d'Estrées au mouillage de la Martinique, et fut sans doute chargé d'y commander peu* dant que l'amiral fiûsait sa déplorable expédition contre Curaçao. C'est, en effet, vers cette époque qu'il fonda à la Martinique le couvent des Dominicains, au quartier du mouillage de St-i^ierre.
Cettp campagne devait être pour lui la dernière. En commandant les troupes de débarquement , il s'était exposé à plus d'un péril : un trop long séjour dans l'eau avait dévëlqipé chez lui le germe d'une maladie de poitrine qui devait bientôt &ire de rapides progrès.
Rentré en France, le marquis de Grancey vint prendre possession du gouvernement des ville et chriteaii d'Argentan, dont le maréchal de Grancey, son père, était démis l'année précédente en sa faveur, et dont les provisions lui furent délivrées le 24 septembre i677. Son séjour dans son pays natal devait ^tre de courte durée : un an 8*était à peine écoulé depuis son arrivée dans son aouverneiiient qu'il succombait, le 9 septembre 1679, aui. atteintes d'un mal inexorable.
La bonté du roi, digne appréciateur de ses services, lui avait ménagé une suprême consolation. Cinq jours avant sa mort, il recevait en effet les provisions de lieu* tenant général des armées royales.