PREFACE XV
notre être nous fait peur, comme ces grandes régions inexplorées et fabuleuses qui épouvantaient l'imagination des premiers hommes.
Ainsi, nous ne cultivons qu'un coin de nousmêmes, et laissons tous nos « moi » possibles sommeiller dans les limbes de l'inconscient, comme des morts vivants qu'un souffle pourrait réveiller. L'existence de certains hommes, du plus grand nombre peut-être, n'est pas autre chose que la résultante de l'instinct physique et des pressions extérieures. Et combien d'autres se laissent acoquiner par leur paresse vitale à quelques habitudes casanières, à une routine indolente ou excitée ! Or, la passivité, la résignation, l'automatisme, c'est, pour l'être vivant, le commencement de la mort.
Que sommes-nous essentiellement, irréductiblement ? Pour le découvrir il faut se concentrer dans un effort d observation interne extrêmement lucide. Dans cet état d'introspection, comme disent les psychologues, notre moi, en sa pureté primitive, nous apparaît comme une espèce de lutin doué de propriétés extraordinaires et si vertigineusement mobiles, qu'elles semblent joindre dans une même ma-