ACTE Vil
MADAME DE l’O M 1* A D 0 E R.
Bonjour, mon ami Pierrot !
• FANE'AS, entre les trois fonimcs.
Oh I miséricorde ! dans (jiiel guêpier t’es-tu fourré, mon doux Pierrot? A genoux, grand malandrin ! te voilà pris tout juste entre les trois personnes «jui ont créance sur toi, triple gueux i et qui peuvent demander des comptes, l’une au marquis de la Tüur-d’Avon, l’autre à Fanfan la Tulipe, l’autre...
MADAME DE POMPADOER, l’interrompant.
C’est vrai, au moins, que vous seriez le plus scélérat des hommes... si heureusement vous n’en étiez le meilleur!
BLANCHE
Le plus dévoué !
F ASFA>.
Pardine! je n^ai que ça à faire! — Alors, madame, vous croyez (|ue je vas pouvoir me tirer du pas difficile où je suis?
MADAME DE POMPADOER, riant.
Oui, je le crois.
FANFAN
lin m’exécutant sans barguigner, pas vrai? en restituant fidèlement tout ce que je détiens encore et qui ne m’appartient pas? Car titre, nom, habit, je n’ai autant dire rien à moi ici ^ rien ni personne, pas même moi-même ! Et il se fait grand temps, n’est-ce pas? que je débarrasse de moi le monde, et que je vous rende, (a manche) vous, à votre bonheur, l’enfant de ma mère-nourrice à son honneur, et vous, madame la marquise, à votre victoire et à votre puissance.
■ MADAME DE POMPADOER, avec mélancolie.
Oui, vous avez raison"! je suis victorieuse, en effet, et victoire oblige ! me revoilà toute-puissante, et j’appartiens et je dois obéir à ma toute-puissance!... (a Guiiiemeiic.) Avancez donc, ma bonne petite! vous n’étiez pas si timide au moulin de Lawfeld, quand il s’agissait de me tirer de péril ! Croyez-vous que je sois une ingrate? Non ! Seulement, je ne veux pas vous le dissimuler,— toute-puissante comme nous disons que je le suis, — dans les choses du cœur je me trouve bien pauvre. Aussi, mes amis, vous qui de ce côté-là êtes riches, il faut que vous m’aidiez l’un et l’autre à m’acquitter envers tous deux. — Guillemette, voilà im
FAISFAN LA TULIPE
brave garçon à qui je dois beaucoup, je vous cbau’ge de le rendre heureux. Ami, vous savez ce que je dois à celte chère enfant-là, je vous charge de la rendre heureuse.
FAHFAN.
' C'est cela, madame, et j’oublierai?...
MADAME DE POMPADOUR
Oublier! pourquoi oublieriez-vous? Je ne veux rien oublier, moi! J’ai respiré un jour un peu de vérité; je ne connaissais que la triste joie qui consiste à être enviée, j’ai goûté une fois à la joie vraiment douce : être aimée ! Quand tout nous sépare je ne me séparerai pas du moins de ce souvenir.
FANFAN
Ni moi du souvenir de mon rêve!... (son regard s’arrête sur l’allée de gauche.) Ah! le voilà!...
MADAME DE POMPADOUR
Qu’est-ce donc?
GUILLEMETTE
Oh! madame!...
FANFAN
TaiS-toi! (ll s’clance dehors par 1a gauche.)
Non ! tant pis! je parle ! —Madame, Fanfan n’a qu’une idée, c’est de s’attaquer seul au baronnet !
BLANCHE
Oui, madame, oui!
MADAME DE POMPADOUR
Seul ! et pourquoi pas en ma présence, comme nous en étions convenus?
GUILLEMETTE
Ah ! je ne sais pas ce qu’il lui veut, mais j'ai peur!
MADAME DE POMPADOUR
Allez ! rentrez dans la fête ! Et rassurez-vous, je reste !
(blanche et GuiitenieUe sortent, tout iSniues, par la droite.)