SCÈNE IV
Les mêmes, MAUREPAS.
l'ITZ-ONNALL, allant au-devant de Manrepas.
Ail I monsieur le comte ! — mon cousin, le marquis de la Tour d'Avon, dont je vous ai parlé.
FANFAN, donnant une poigne'e de main au ministre.
Monsieur, je suis bien votre serviteur.
MAUREPAS, riant.
11 est charmant ! — Monsieur, j’ai tenu à vous remettre muimème votre brevet de colonel dans le régiment où vous avez servi comme soldat.
FITZ-ONNALL.
Je l’avais d’avance acheté en votre nom, cher marquis.
FANFAN
Oh ! cousin, vous me comblez ! Mais aussi, allez, vous m’ailrez joliment reconnaissant et joliment docile!
FITZ-ONNALL.
Eh bien , il faut d’abord quitter votre uniforme, et aller mettre votre habit de présentation.
’fanfan.
Oh ! ça, non ! Tout ce qu’il vous plaira, cousin ! mais m’af-
ACTK III
fubler d’un autre habit que celui-là, non! ça je ne le voudrais pas !
FITZ-ONNAI.L.
Il sera pourtant nécessaire que vous en changiez tantôt pour être présenté au roi !
FAISFAN.
Oh! pas plus tantôt qu’à présent! Je garderai mon habit de soldat. Sa Majesté le connaît.
MAUREPAS, rianl encore.
Mais VOUS êtes colonel!
FANFAN
Eh bien, je mettrai des aiguillettes.
FIT7. - O.VNAr.L.
Mais...
FANFAN
Non, cousin, non! Vous savez, maintenant je suis Breton!
Je VOUS obéirai en tout et pour tout; mais, quant à cette misci'c-là, vous me laisserez n’en faire qu’à ma tète.
Fn Z - ONN ALL.
Cependant, à la réception du roi, vous aviez à donner la main à mademoiselle de Rosel, ma cousine...
FANFAN
Notre eousine !
FITZ-ONNALL.
Oui, notre cousine... qui doit se marier demain.
FANFAN
Se marier! se marier! ,\h ! mais ça, non! Je vous ai adopté pour mou maître, vous, mais pas elle! Je suis son ' chef de famille à elle, vous l'avez dit. Elle ne se mariera point sans ma permission !
FITZ-ONNALL.
Hé ! doucement, mon cher, c’est moi qui ai conclu le mariage.
FANFAN
Mais, c’est elle qui se marie ! et, elle aura beau dire, elle ne se mariera qu’avec mon consentement. D’autant plus que j'ai en vue, pour elle, un parti magnifique, (a pan.) Mon Angélus sera un peu content !
FANFAN LA TOLIPE
MAUREPAS, De riant plos.
Oh! pardon, monsieur! au-dessus de votre autorité, il y a la volonté du roi. Le mari que le baronnet destine à mademoiselle de Rosel est attaché au service de Sa Majesté, et doit même la suivre à l’armée.
FANFAN
Eh bien , le mien ira à l'armée, s’il le faut.
FITZ-ONNALL,
En tout cas, votre droit, marquis, est primé ici par le droit de toute la noblesse. Votre protégé est-il d’une position?...
< FANFAN
Il est riche tout juste autant que moi.
MAUREPAS
On vous parle de sa naissance.
FANFAN
Ma foi ! je ci ois pouvoir dire qu’il est aussi noble que moi.
FITZ - ONNALL.
Enfin, son nom?
FANFAN. '
Ah! son nom?...
MAUREPAS
Eh bien ?
FANFAN
Eh bien ! ce nom, je m’engage, messieurs, à vous le faire connaître d'ici à ce soir. Mais, auparavant , je veux voir ma
cousine Blanche. (Un Laquais emrc, et remet une lettre i Miurepas.)
FlTZ-ONNALL. , ^
Ce n’est pas possible.
FANFAN
Ob ! que si fait ! (au vaiei.) Vous, allez-vous-en lî, chez ma cousine Blanche, la prévenir que son cousin, le marquis de la Tour d’Avon, aurait quelque chose de très-pressé à lui dire.
MAUREPAS
Maddme de Pompadour me demande de venir lui parler avant l’heure du conseil, (a Fanfao.) Ne voulez-vous pas, marquis, nous accompagner près d’elle ?