‹ Fanfan la tulipe drame en sept actesChapitre 9 sur 121 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

FlTZ-0 NNAI. !..

Pour commencer, votre nouvel état vous fournit justement une occasion de me servir.

KAMI'ONNEAII.

Oui, j’ai appris avec joie que M. de Fitz-Onnall, malgré son origine étrangère, venait d’entrer, avec le grade de majorgénéral, au service de la France. Monsieurlebaronnet aurait-ir besoin d’hommes pour quelque compagnie?

FITZ-ONN ALL.

J’aurais besoin d’un homme.

RAMPONNEAU

D’un seul!

F1TZ-ONXA1.L.

D’un seul. Dans la tourbe inconnue des pauvres diables qui se laissent vendre ou prendre, je voudrais choisir et vous acheter un de ces êtres qui ne comptent pas, ce que nous appelons « une espèce. »

RAMPONNEAU

.Mais je l’aurai déjà enrôlé au nom du roi?

FITZ-ONN AI.L.

Oh ! je tiens à ce qu’il soit soldat ; j’aimerais même qu’il l’eût déjàété.(coremeà D’abord c’est un état honorable,

et puis qui habitue à l’obéissance. Comprenez donc ! l’homme ne peut être réellement en mon pouvoir que s’il l’ignore, et c’est le premier secret (jue vous devrez garder sur votre vie. — Voyons, qu'est-ce que vous avez pour le moment dans vos lilets?

RAMPONNEAU

j’ai embauché à Caen, il y a trois jours , un garçon brasseur.

FITZ-ONNALL.

Sans antécédents fâcheux?

RAMPONNEAU

Non, si ce n’est que, dans une querelle de cabaret, il a cassé trois ou quatre dents à un camarade.

FITZ-ONNALL.

Autre chose.

RAMPO^iNEAU.

Je puis VOUS offrir un berger de Louvigny, muni des meilleurs certificats.

FITZ-ONNALL. ^

A-t-il une famille?

, RAMPONEAU

a son père, sa mère et douze frères.

FITZ-ONNALL.

Cela ne me va pas.

RAMPONNEAU

J’ai un batteur en grange de Bretteville, qui ne connaît nison père ni .sa mère, lui.

FITZ-ONNALL.

Bon ! et point marié assurément ?

RAMPONNEAU

Veuf, avec un marmot d'un an.

FITZ-ONNALL, a»ec impatience.

Ce n'est pas encore mon affaire !

RAMPON NEAU

Si monsieur le baronnet daignait me dire ce qu’il lui faut ?

FITZ-ONNALL.

11 me faut... il me faut quelque chose comme un enfant perdu, qui n’ait ni famille ni lien d’aucune sorte, soit dans le passé, soit dans le présent.

RAMPONNEAU

Alors j’aurai peut - être tantôt l’homme que monseigneur désire.

Diantre! j’espérais que vous m’offririez plus de choix.

RAMPONNEAU

Dame ! en m'adressant à des confrères, et si on n'était pas trop pressé?

FITZ-ONNALL.

Eh bien, écoutez. Je vous donne cinq jours. Dans cinq jours, soyez à Paris, à l'adresse que voici. (Écrivant *ur ubieite».)

ACTJE I

« Madame Bontemps , rue des Éluves-Saint-Honoré. » C'est la célèbre tirouse de cartes, une femme dans la dépendance de M. de MauropaS, mon ami. (ll remet l'adreue & Ramponneau.) AyCZ à

me présenter là au moins deux recrues. Vous entendez? Je vous dirai alors ce que je veux faire de l'homme... et de vous.

RA.MPO^NEAU.

Ah ! de moi aussi ! — Mais quand j'aurai fait ce que me commandera monsieur le baronnet, il daignera me rendre mon... manuscrit?

FITZ-ONNALL.

Oh ! oh ! il faudra, vous comprenez, que le service en vaille la peine : il s'agit de racheter votre vie !

Oui, j'entends, je serai très-cher !

FITZ-ONNALL.

.Maitre Ramponneau, est-il quelque chose au monde que vous souhaitiez autant que vous craignez la potence?

RAMPONNEAU

Oh! oui, monseigneur, j'ai une ambition, une vocation! (atsc L-n accent profond.) Je voudi’ais être marchand de vin! marchand de vin à mon compte! marchand de vin sans remords! (RêTeor.) Je sais un cabaret à la Courtille, à l'enseigne du Tambour royal. Si jamais je possédais les trois mille écus qu’il faut pour l'acheter, ah ! je ii'aui ais pas seulement le bonheur, je sens que j'aurais la gloire !

F 1 TZ • 0 NN A L I., lui faiiant guigner sou reçu.

Eli bien, d'ici à trois mois, selon votre docilité, vous serez cabarelier du Tambour royal... ou pendu.

Il amponnf.au.

Ah ! monseigneur, je suis votre ârne damnée!

FlTZ-ONNALL.

Pendu... ou cabarelier. (ii son.)

RAMPONNEAU, seul.

Oh! mon choix est fait! Mais, c'est égal, tu ne t’appartiens plus, mon bon Ramponneau ! tu as aliéné et donné à bail ton pauvre individu. Et quelles choses terribles va-t-il faire de toi? j’en frémis d’avance!

FANFAiS LA TULIPE

Page 1