SCÈNE PREMIÈRE
Entre le BAILLI, une pancarte à la main, précédé d'un TaHBOUR qui bat, et siiiri des GeNS DÛ VILLAGE, ANTOINE, JEAN
LOGNE, PATOCHE, ALISON, BASTIENNE, URLURE, etc. Plus tard, ANGÉLUS et GUILLEMETTE.
LEBAILLI, lisant sa pancarte.
« Habitants et habitantes de Rosel 1 Au nom du roi, et par ordre de M. le grand bailli de la ville de Caen, Vu les requêtes et assignations, notamment de maître Gerpré, collecteur, et de M. de Fitz-Onnall, agissant comme tuteur de noble demoiselle Blanche de Rosel, envers et contre François Grédelu, cultivateur. Attendu que ledit Grédelu, sommé de payer ses redevances et autres dettes, s'est déclaré incapable et insolvable; il sera procédé devant l'église, aujourd'hui dimanche 4 mai i747, à cinq heures de relevée, à la vente de la maison et du champ dudit Grédelu, lesquels seront adjugés au plus ; offrant et dernier enchérisseur. » Roulez, tambour I (le Tambour
exécute un roulement. Le Bailli ta pour poser sur la maison l'affiche de !a rente.)
ANGÉLUS» tortast de la maifon.
Halte-là! Moi présent, on n'affichera pas la ruine du pauvre père François, pendant qu'il est là, gisant sur son lit de peine I
ANTOINE, et lei aotres, retenant Angélos.
Angélus! — Qu'est-ce que tu fais? — Prends garde!
GUILLRMBTTE, s'élancent vers lui.
Angélus!... eh bien! vas-tu te rebeller contre la loi?
ANGELUS
Ah ! Guillemette ! ah ! mes amis ! c'est qu'il me semble que c'est une honte pour moi, cet écriteau-là !
GUILLEMBTTE.
Pour toi!... Qu'est-ce que tu dis donc?
ANGÉLUS
Je dis, Guillemette, que deux orphelins, deux enfants trouvés, ont été recueillis et élevés l'un après l'autre par tes parents dans ce logis du bon Dieu. Le premier, c'est Fanfan. Et quand tu as perdu dans la même année ton père et ta mère, Guillemette, et que tu es restée seule avec ton grandpère, qu'est-ce qu'il a fait, lui, ce brave Fanfan, pour payer sa dette? Il s'est enrôlé, afin de pouvoir vous acheter la maisonnette et son champ, et il est parti gaiement pour l'armée, croyant avoir assuré votre existence et votre tranquillité...
GUILLEMETTE
Oui, mais la maladie, six mois durant, a cassé les bras du grand-père, et on va nous reprendre le don de ce cher Fanfon. C'est un malheur. Angélus ; mais mon oncle que voilà et tous nos gens d'ici te diront que ce n'est une honte pour personne.
ANTOINE, et autres paysans.
Pour personne! — Pour personne, bien sur!