ACTE PREMIER
ANGÉLUS
C'est une honte pour moi, pour moi Tautre orphelin, qui aurais dû, comme Fanfan, venir en aide aux braves cœurs qui m'ont adopté.
6UILLEIIETTB.
£h I tu as fait aussi tout ce que tu pouvais. Angélus.
ANTOINE, arec une pointe de malice.
Mais ouil tu es un savant, toi, instruit, à cause de tes belles dispositions, par monsieur le recteur du collège de Caen ; ce n'est point ta faute si tu ne saurais différencier le blé du seigle et d'autant moins donner une façon à la terre.
GUILLEMETTE
Mais tes épargnes, l'argent de tes leçons, est-ce que tu n'as pas tout apporté?...
ANTOINE
Pour payer monsieur le médecin et ses ordonnances?...
GUILLEMETTE
Si bien que le grand-père se lève depuis trois jours, et qu'il pourra travailler la semaine prochaine. (les cloches sonnent.)
ANTOINE
Ah! le dernier coup de vêpres I (les groupes se dispersent.) Au bout du compte, ne te désole pas, va ! et laisse faire la petite Guillemette : elle a son idée, l'enfant!
ANGÉLUS, àdemi-Toix.
Oh ! j'ai aussi la mienne !
ANTOINE
Tiens, la voi&-tu rire sous cape, la malice ! Laisse-la faire !
n sort.
ANGÉLUS
Guillemette! est-ce que, sans me le dire, tu aurais reçu des nouvelles de Fanfan?
6 FANPAN LA TULIPB.
OUILLBMBTTB, leeoiMiit la tète.
Oh î non ! Fanfan est ton grand ami... à toi, Angélus î Tu es allé, i*an dernier, le voir à sa garnison de Paris, et vous avez renouvelé votre tendresse d^enfance, qui est restée fameuse dans le pays. Mais moi, depuis le temps, il m'a oubliée, et jamais, jamais, il ne m'a fait écrire.
ANGELUS
Alors, qu'espères-tu donc, Guillemette? Pourquoi riais-tu?
GUILLBMBTTB.
Bah I tu sais bien qu'on nous a élevés comme ça à faire contre fortune bon cœur. Le grand-père dit que ce qui l'a guéri, c'est mon froufrou d'alouette. Et je me rappelle que Fanfan était tout de môme autrefois, gai comme avril et chantant comme le matin.
ANGELUS
Oui, moi j'ai trop vécu dans l'isolement et dans l'étude.
£t je parie pourtant, monsieur le savant, que je vas te faire sourire, (lui montrant i« chemin de gauche.) Tiens, tu n*as qu'à regarder là-bas, s'en venant à l'église, la demoiselle de Rosel, Blanche la bien nommée, fraîche et jolie malgré elle dans son deuil.
ANGÉLUS
Tais-toi, oh I tais-toi, Guillemette l c'est trop vrai qu'en la voyant venir, je ne pourrais m'empècher de sourire... si je la voyais venir seule. Mais, regarde, elle est accompagnée de ce baronnet, son parent, qui est arrivé ici pour faire vendre ton bien, de ce M. de Fitz-Onnall, qui se dit devenu le tuteur de mademoiselle Blanche par la mort de sa mère, et qui veut la contraindre à le suivre à Paris. Nous n'allons seulement pas pouvoir lui adresser la parole.