‹ Fanfan la TulipeChapitre 103 sur 126 · ACTE VI · texte numérisé non relu

ACTE VI

appelé votre ami, vous m'avez fait vous donner la main.

On s'amuse à jouer avec le feu, et après on s'étonne que le

feu prenne. Ohl oui, je vous aime! oh! combien!... je parle

si mal ! je ne pourrais jamais dire... Il y a, je sais, le roi,

votre roi, qui vous aime aussi. C'est tout simple, vous êtes

si belle ! Mais quoi ! est-ce que je suis fait autrement que

lui? et vous aime-t-il plus que moi, cet homme-là?... vous

aime-t-il autant? Son cœur, quand il pense à vous, se fond-il

comme le mien en tendresse et en désir ? Eh bien, je ne le

crois pas, si vous voulez que je vous dise! Oui, oui, cent

fois oui, je vous aime ! Mais je ne vois pas le droit que ça

vous ^donne sur moi, puisque mon pauvre amour vous

oflFusque et vous humilie !

MADAME DE POMPADOUR

Calmez-vous ! calmez-vous, grand enfant que vous êtes ! Tout à l'heure j'étais effrayée, irritée, je ne savais ce que je disais. Mais je ne serais pas femme si je demeurais froide à un sentiment tel que le vôtre. Votre amour me choquer?... Oh ! non, non ! il me touche, il me flatte, il me charme !

PANFAN.

Vrai? bien vrai? vous ne dites pas ça par complaisance ou par pitié? vous me supportez vous aimant? Ah! merci! ah! vous ne savez pas le bien que vous me faites. Je m'en allais là-bas la tête basse et le cœur gros. J'y cours à présent léger, fier, iieureux. Ah I merci ! merci ! je vous bénis, je vous

adore ! (n ya pour s'élancer. M" de Ponipadour se iette au-devant de lut) MADAME DE POMPADOUR.

Eh bien, eh bien, qu'est-ce que vous faites? Vous ne m'avez donc pas entendue ? Comment 1 après ce que je vous ai dit, vous voulez toujours aller chercher la mort?

FANFAN

Ohl oui, oui, et plus que jamais! Ce sera le mieux, voyezvous. D'abord, qu'est-ce que je deviendrais, avec la folie de vous que j'aurais de plus en plus dans la tête? Et puis, de

cette façon-là, vous vous souviendrez de moi, vous me reg;rettcrez peut-être ; vous vous direz : Ce pauvre brave garçon! Enfin, enfin, je ne retrouverais jamais pareille occasion do vous servir. Tout le monde n*est pas le roi ; mon amour à moi ne porte pas gloire, au contraire ; je n'ai pas à vous offrir, moi, des honneurs, des palais, des richesses. Que je vous offre au moins le pauvre rien que je suis I Soyez bonne, soyez généreuse, ne repoussez pas mon petit don ! Je voudrais tant pouvoir aussi pour vous quelque chose 1 ça no saurait être vivre, laissez donc que ça soit mourir !

MADAME OB POMPADOUR

Mourir!... ah! mais non! Ahl mais je ne veux pas, moi, que vous mouriez!... Si vous m'appartenez, je n'entends pas vous perdre !

FANFAN

Dieu des anges! qu'est-ce que vous dites? Je n'ose comprendre...

MADAME DE POMPADOUR

Eh! oui, comprenez donc! comprenez que vous m'avez saisie... et ravie! comprenez que j'en oublie les dangers qui m'entourent, les Anglais ici, mes ennemis là, mon honneur qu'on vise, ma fortune qui croule î comprenez que j'ai jusqu'à présent entendu parler la galanterie, mais que, pour la première fois de ma vie, je viens d'entendre parler l'amour ; pour la première fois de ma vie j'ai senti vraiment battre un cœur. Ah ! si j'ai joué avec le feu, voilà que la flamme m'a gagnée. Vous vous donnez à moi? J'accepte le don; entendez-vous? je l'accepte. Et, quoi qu'il arrive de tout ceci, que je sois sauvée ou perdue, je vous appellerai pour vous le redire, pour vous le prouver.

FANFAN, éperdu.

Ah ! c'est à devenir fou !

MADAME DE POMPADOUR

Rassemblez, au cx)ntraire, toute votre raison, toute votre

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