ACTE VI. ibi
dirais que je n'ai jamais été contre vous, que vos ennemis ont toujours été les miens, que je n'avais l'air de m'engager dans ce mariage que pour vous servir... eh bien, maintenant, grâce au danger, vous me croiriez peut-être?
MADAME DE POMPADOUR, qui récoute arec impatience.
Oui, oui, je vous crois... je vous crois...
FANFAN
Merci, danger!
MADAME DE POMPADOUR
Mais c'est bien là vraiment ce dont il s'agit ! Le risque, pour vous, n'est pas bien grave, soit. Mais pour moi I pour moi!... Ah! quand j'y songe! ahl c'est une idée qui soulève toutes les pudeurs, toutes les fiertés, de la femme — et de la dame!... Quoil j'atirais, pendant des années, gardé ma dignité avec un soin si jaloux, j'aurais forcé l'envie et la calomnie môme à se taire, j'aurais étouffé en moi tout sentiment, tout rêve, et renoncé en quelque sorte à vivre, — et tant de sacrifices aboutiraient à quoi? à cette rumeur qu'on chuchoterait, au milieu des ricanements, à la cour et à la ville : « Eh bien, cette superbe marquise, on sait ce que valait son orgueil à présent : on l'a surprise, la nuit, seule, avec un soldat! »
FANFAN, douloureasemenu
Oh! madame!...
MADAME DE POMPADOUR
Hé ! mon ami, ne le prenez pas mal ! je n'ai pas voulu vous offenser.
FANFAN
Pas d'offense, non, madame, non, sûrement il n'y a pas là d'offense. Vous n'avez dit que la vérité, et il importe peu qu'elle me soit cruelle. Mais il ne faut pas, mais je ne veux pas qu'à cause de moi vous soyez exposée, plus qu'au déshonneur, au ridicule! Rassurez-vous! on ne rira pas de ce
qui se sera passé ici cette nuit. Vous, madame, restez. MoL«| je vais sortir, sortir seul. Les gens apostés par Fitz-Onnall sont là; ils voudront m'empôcher de passer, je me défondraiJ je me battrai, je me ferai mettre en pièces; et, quand il y a mort d'homme, vous savez, ce n'est plus très drôle... Adieu ! )
MADAME DE POMPADOUR, le retenant. i
Arrêtez I non, je ne veux pas!... vous n'irez pasi
FANFAN
Ahl pardon! ma résolution est prise, et rien ne me retiendra, rien!
MADAME DE POMPADOUR
Non! n'allez pas là! Restez, restez, je vous en supplie!...
FANFAN
Laissez-moi, laissez-moi, madame!
MADAME DE POMPADOUR
Enfin, pour un mot, un seul mot de moi, vous n'allez pas vous faire tuer ? c'est impossible !
Gela est, pourtant.
MADAME DE POMPADOUR
Alors je ne prie plus, j'ordonne. Je vous défends de sortir.
FANFAN, surpris.
Vous me défendez?... Comment? pourquoi?
MADAME DE POMPADOUR
Parce que vous m'en donnez le droit, parce que vous osez bien davantage, — parce que vous m'aimez !
FANFAN
Ah 1 c'est votre raison ? Eh î pardi ! oui, je vous aime ! il n'était pas malin de le deviner. Je vous aime ! mais à qui la feute? Vous m'êtes d'abord si gentiment apparue, vous m'avez tout de suite jeté votre charme ; et puis vous m'avez