‹ Fanfan la TulipeChapitre 117 sur 126 · ACTE Vil · texte numérisé non relu

ACTE Vil

FANFAN

Ah I c'est que, là-bas, vous aviez peur, vous ! Là-bas, j'avais devant moi une pauvre femme affolée, toute tremblante dans la nuit... (Levant les yeux.) Ici, je la retrouve habillée en déesse, entourée de musique, brillante de diamants. Elle a les seigneurs du royaume, — elle a le roi, — à ses pieds!... Elle m'apparait si haut, si loin!... Est-ce que vraiment c'est la môme ?

MADAME DE POMPADOUR

Eh I sans doute, la môme, — par le sentiment, du moins.

FANFAN

Les choses alors sont si différentes! Ici, je mesure que grand abîme nous sépare. A Lawfeld, il n'y avait rien entre nous, nous étions de plain-pied dans le danger, j'étais quasi votre égal. Et môme... et môme vous aviez besoin de moi. J'avais la fierté de vous défendre, ça me donnait l'audace de vous parler. Ah ! j'étais comme au-dessus de moi-même 1 Je ne réfléchissais à rien dans ce moment-là. Vous, je crois, pas davantage. Il s'agissait, avant tout, de vous sauver, et, pour vous sauver, de se donner. J'aime me donner, moi ! et je me donnais... ohl comme je me donnais !

MADAME DE POMPADOUR

Eh mais, ne vous ai-je pas dit que... j'acceptais le don?

Ah ! taisez-vous !... Ah I vous voulez donc me faire perdre encore la tête!...

MADAME DE POMPADOUR

Non, je veux tout simplement acquitter ma dette.

FANFAN

Votre dette ?— Oui ! pour vous, voilà : ce n'est qu'une dette !. ..

Mais vous ne me devez rien, à moi, Madame. 11 y a une brave petite, qui, déjè, la veille, dans un moment où j'étais au désespoir, m'avait redonné le courage, c'est-à-dire, à cette minute-là, la vie. C'est elle aussi, et non pas moi, c'est elle qui vous a sauvée ; c'est elle qui vous a laissé sa place dans la voiture de M'>^ de Aosel et qui a pris la vôtre dans le piège. Oh I son risque, pour sûr, ne valait pas le quart du vôtre; nous sommes de petites gens, elle et moi, et — je vous le disais bien là-ba^ — quand nous nous donnons, nous ne donnons que peu de chose ; mais enfîn, ce peu-là, c'est notre tout. Tandis que vous... Ah! depuis cette nuit de Lawfeld, voyez-vous, il s'est passé des choses... j'ai agité des pensées... Je me suis dit : Qu'est-ce qu'elle pourrait donner, elle la belle grande dame? ce serait... ce serait une heure... tout au plus une heure; et, dame! après cette heurelà, plus rien, on n'aurait plus qu'à oublier, ou, ce qui serait pire, à se souvenir. Et pour elle, cependant, il y aurait là un vrai sacrifice, elle s'exposerait à un bien gros risque. Car elle donnerait... ce qui n'est pas à elle, ce qu^elle doit à un autre; et à qui I — Ahl je m'en soutiens, madame, la première parole que vous m'avez dite chez la Bontemps, et qui m'a navré si fort, c'est : J'appartiens.

MADAME DE POMPADOUR

Oh !... Vous êtes cruel!

FANFAN

Cruel? moi, par exemple! Bon Dieu du ciel! est-ce que vous croyez que je me permettrais de vous juger, de vous blâmer? Mais, ma chère bonne dame, il n'y a dans mon cœur pour vous qu'adoration et reconnaissance ! Dites que je suis un maladroit, un butor, mais no dites pas que je suis cruel !

MADAME DE P0:UPAD0UR

Eh bien, non, non I c'est assez vous éprouver, assez vous tourmenter, bon grand cœur! Vous avez simplement dit

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