ACTE VU
ce que je ne voulais pas, ce que je ne pouvais pas dro moimême. Non, vous n'avez pas été cruel ! Ce qui m'est cniel, ce n'est pas vous, c'est la réalité, c'est cette odieuse vie de lutte et de mensonge! Ahl mon honnête et loyal ami, ne vous y mêlez pas, fût-ce une heure ! Ne gâtons pas par un dénouement vulgaire notre douce aventure! en vérité, ce serait dommage ! — Et ne regrettons rien l'un et l'autre. Moi, j'ai pu saisir une fois dans ma nuit noire un éclair de sincère amour! comme vous, je me suis sentie un moment plus grande et meilleure!... Va! c'est dans ce moment-là que je me suis donnée!... Et vous aurez eu, vous, de M'"^ do Pompadour, quelque chose qui vaut mieux cent fois que ce qu'on appelle sa beauté ; quelque chose que personne n'aura eu, personne, pas même le roi! quelque chose de rare, d'unique, d'inconnu dans sa pauvre âme desséchée, — un sentiment, une palpitation, une larme !
FANFAN
Madame!...
MADAME DE POMPADOUR
Et maintenant ne pensez plus à moi. Soyez tout entier à cette charmante et vaillante enfant qui vous aime. Ah ! à la bonne heure ! sincères tous deux, bons tous deux, vous vous méritez l'un l'autre ! Non, certes, je n'ai pas oublié plus que vous ce que je lui dois, b'eulement, rendez-moi le service que vous rendriez à un ami pauvre : payez-lui ma dette avec la vôtre !
GUILLEMETTE, s'élaiican t hors du buisson.
Oh! madame! madame! que vous êtes bonne!...
FANFAN
Guillemette !
GUILLEMETTE
Allez-vous me pardonner?... J'étais là, cachée; j'écoutais... C'est que... pardon! j'étais jalouse.
MADASIB DB POMPADOUR.
Ah! ah! tous èU'S donc femme aussi, ma petite? Eh bien, ça me fait plaisir! Ah! vous écoutiez, curieuse? Alors vous avez entendu le mal qu'on disait de vous? c'est bien fait! Quant à vous pardonner... bah ! je vous remercie. On n'est jamais fâché d'être épié quand, par hasard, on n'est pas méchant.
GUILLBSIBTTE.
Êles-vous bonne ! êtes- vous bonne I