ACTE V. il
GUILLEMETTE
Sans doute; mais elle hésite, elle a peur...
RAMPONNEAU
Peur de quoi? Quand on lui dit que ce mariage-là n'est que pour la frime I Dès ce soir, elle quitte le camp, nous la mettons en voiture, avec vous, Guillemette, sur la route de Paris.
GUILLE&IETTE.
Mais pour ça, pour sortir du camp, il faudrait un laissezpasser du roi. Comment Fanfan se le procurera-t-il I
RAMPONNEAU
Je ne sais pas; il ne le sait peut-être pas lui-même. Mais j'ai été déjà, de sa part, commander les chevaux.
GUILLEMETTE
Oh I il ne doute de rien !
RAMPONNEAU
Mais on doute de lui, et il se désole.
GUILLEMETTE
11 se désole! Fanfan!... Allons! je vois qu'il faudra que quelqu'un arrive à faire l'impossible.
RAMPONNEAU
Qui ça, quelqu'un ?
GUILLEMETTE
Oîi ! quelqu'un qui ne compte pas, quelqu'un à qui on ne prend pas garde, quelqu'un qu'on appelle, du haut de ses moustaches, la petiote! La petiote! si ce n'est pas exaspérant l 11 me prend toujours pour une enfant ! 3f a parole, il croira que j'ai douze ans pendant toute ma vie !
RAMPONNEAU
Bah I qu'est-ce que ça vous fait, Guillemette, s''il y en a d'autres qui ont de meilleurs yeux. Ah ! ceux-là, jolie fine
m FANFAN LA TULIPE.
mouche que vous êtes, si vous vouliez bien les aider aussi à sauver leur situation, ils seraient si heureux, après, de vous la foire partager I
GUILLEMETTE
Hum! votre situation, mon pauvre Ramponneau... elle est bien intéressante, certainement, mais elle n'est pas bien tentante I
RAyPONNEAU.
C'est selon. Voyez-vous, Guillemetle, j'ai devant moi deux perspectives : l'une affreuse, c'est vrai, la potence; mais l'autre si affriolante, ma guinguette ! Or, c'est ma guinguette qui m'aura, c'est écrit. Et dans mon rôve de cabaret, Guillemette, je n'ai jamais rêvé qu'une cabaretière : vous ! Toujours je vous vois trônant dans mon comptoir au milieu des brocs et des pintes, moi auprès, debout, jordonnant, le poing sur la hanche. Quel coup d'œil! les tables regorgent do buveurs; les marmitons vont, viennent, courent, effarés, dans le grand brouhaha des chansons et des jurons, dans le joli cliquetis des verres et des baisers ; les enfants piaillent, les poulets se sauvent, la friture chante dans la poêle, la rôtissoire de la vaste cheminée apporte des odeurs nourrissantes, et le chien, qu'on vient de détacher du tournebroche, approprie délicatement l'écumoire avec sa langue.
GUILLEMETTE
Oui, c'est très appétissant! Mais, mon bon Ramponneau, pour éviter... l'autre perspective, est-ce que vous ne devriez pas commencer par ravoir du baronnet cette coquine de preuve?
RAMPONNEAU
Hé làl il me la rendra, Guillemette, il me la rendra! Mais à quel prix me la rendra-il? Pour éviter d'être pendu, je risquerai peut-être d'être fusillé. Le traître me fait faire des choses!...* Qu'est-ce que c'était que ce paysan à qui je suis allé dire une fois de sa part ; les ca'mrds ont passé V étang f