ACTE V
LE MARÉCHAL DE SAXE
Et Sa Majesté en personne se sera transportée à l'éminence de Lawfeld avant la fin du jour ?
FITZ-ONNALL.
Le pavillon royal y flottera d'ici à deux heures.
MAURE PAS, àdemi-Toix.
C'est là une position dominante, monsieur le maréchal, mais est-elle bien assurée?
LE MARECHAL DE SAXE, négligemment
Oui, oui, il y a, pour la couvrir du côté de l'ennemi, un ravin inaccessible. — A ce propos, un mot, monsieur le major général, (a Maurepas.) Affaire de service, monsieur le
comte. (Maurepas s'écarte. A Fitz-Onnall.) Mousicur, VOUS êteS UU
étranger au service de la France, comme Lowendall, qui est Suédois, comme moi, qui suis Saxon. En outre, vous avez connu autrefois le duc de Cumberland, le général en chef de l'armée anglaise. Or, depuis un temps, quelques-unes de nos opérations ayant été... devinées par l'ennemi, la calomnie a eu deux fois beau jeu contre vous.
FITZ-ONNALL.
Monsieur le maréchal !...
LE MARECHAL DE SAXE
Je vais vous fournir, moi, des armes contre la calomnie. Écoutez. M. de Maurepas a raison, cette position du moulin de Lawfeld est loin d'être sure, et le ravin n'est nullement impraticable; on pourrait môme, à la rigueur, y descendre à bras et y loger une ou deux pièces de montagne. Puisque je le sais, le duc de Cumberland doit le savoir. C'est un habile et hardi général, le duc de Cumberland ! Mettre la main sur le roi de France, l'amorce est assez tentante. N'estil pas possible, sinon probable, que cette nuit môme, ou au jour naissant, il risque au passage du ravin quelque déta-
chôment? N*engageâ(-il qu'un bataillon, nous saurions bien forcer toute son armée à le suivre.
PITZ-ONNALL.
La supposition est vraisemblable, en effet.
3lonsieur le major général, je suis convenu avec le roi qu'à la nuit close, sa Majesté quitterait inopinément son nouveau quartier et retournerait en hâte et sans bruit à l'ancien. Vous aurez à préparer ce mouvement, qui doit s'opérer de façon rapide et secrète. Seulement, pour que l'ennemi croie toujours le roi présent au moulin de Lawfeld, vous laisserez sur ce point quelques hommes éprouvés, mais aussi peu nombreux que possible, car ils sont sacrifiés. Leur feu serait pour moi le signal de l'attaque. Je n'ajoute qu'un mot : il n'y a, en ce moment, dans le secret de mon stratagème que le roi, vous et moi.
PITZ-ONNALL.
Serai-je donc accusé si l'ennemi n'attaque pas ?
LE MARÉCHAL DE SAXE
Non ; mais, s'il attaque, vous serez justifié.
PITZ-ONNALL.
Monsieur le maréchal, je vous remercie.
LE MARÉCHAL DE SAXE
Voyons les rapports du cantonnement, (ii entre dans imente
de droite. Fitz-OnnaU le rapproche virement de Maurepas.) FITZ-ONNALL, bas, à Maurepas.
Monsieur le comte!... Si madame de Pompadour arrive cotte nuit, où ira-t-elle ?
MAUREPAS
Elle s'informera du nouveau quartier du roi, et elle s'y fera conduire.
PITZ-ONNALL.
Au moulin de Lawfeld, n'est-ce pas?