ACTE V
ANGÉLUS
3Ialgré toi alors? parce qu'on t'y force?
FANFAN
Non, de mon libre propos et de ma volonté têtue.
Oh ! mais tu vas t'expliquer, tu vas me révéler la cause étrange qui te fait agir ainsi ?
FANFAN
Rien ! je ne peux te rien dire I II faut que ta confiance en moi soit aveugle. Il faut, en touchant du doigt ma trahison, que tu te dises : c'est de l'amitié. Ah ! je te mets là à une rude épreuve. Mais il me semble que si j'étais à ta place, moi, je croirais. Angélus, crois-moi. Ce que je parais faire contre toi, je le fais pour toi. — Je ne peux pas non plus te mettre trop sur la voie. — Ne cherche pas ! ne raisonne pasi croismoi, voilà tout. Accorde-moi du temps, un peu de temps. Fais-moi crédit d'une semaine. D'une petite semaine tout au plus. Et dans huit jours, si je ne peux pas encore te satisfaire autrement, eh bien, je me mettrai à ta disposition, et nous nous battrons... si tu veux. Mais jusque-là, oh! crois-moi, crois-moi, Angélus 1 je t'en prie, je t'en conjure 1 par notre enfance, par notre abandon, par notre banc de l'école, par tout ce que j'ai de plus sacré, tiens, — par ta vie !
ANGÉLUS
Soit I mais au moins — vois comme je me contente de peu — il est une satisfaction que tu ne peux pas me refuser : tu vas me donner ta parole, ta parole d'honneur, que, si je connaissais ta pensée et ton but, je ne m'y opposerais pas.
FANFAN
Eh ! oui, tu t'y opposerais! et c'est parce que tu t'y opposerais que je ne peux te rien dire !
laS FANFAN LA TULIPE.
ANGÉLUS
Ah ! vous vous jouez de moi, monsieur ! mais prenez garde 1
Allons 1 je t'ai dit dëjà que, Dieu merci, tu ne pouvais rien contre moi. — Que fera&-tu ?
ANGÉLUS
Ce que je ferai? D'abord je vous jetterai à la face tous les noms que vous méritez. Vous êtes un faux ami, un fourbe et un traître !
FANFAN
Comme tu dois souffrir, Angélus I
ANGÉLUS
Vous n'avez ni cœur, ni âme I Madame de Pompadour pense là-dessus comme moi. Sachez bien qu'elle et moi nous vous avons en mépris, nous vous avons en horreur !
FANFAN
Je t'ai permis tout ; mais tu frappes fort, ami ! tu frappes *bien fort !
ANGÉLUS
Pas assez fort, à ce qu'il paraît, pour vous pousser à bout. Allons! c'est donc moi qui vous provoque et qui vous demande raison.
FANFAN
Ah ! ingrat ! tu oublies qu'une fois tu m'as sauvé la vie !
ANGÉLUS
Ahl hypocrite! je vous forcerai bien à me traiter en
ennemi I (n lève la main.)
FANFAN, lui saisit le bras, qu'il retourne et plie.
Je vous traiterçu çn ewfçint malade, et voilà tout !