X PREFACE
Ce livre est donc une fable mylésienne, un Daphnis et Cliloè du monde parisien, un drame oii, tout d'abord, nous assistons au premier rendez- vous... qui sera lent et semblable au dernier rendez-vous. Fanny et son jeune amant, les voilà. L'auteur vous les montre à travers le trou de la serrure, oubliants, oubliés. Dame, elle ne ressemble pas à l'EIvire idéale; il n'a rien de Raphaël, l'amoureux de Graziella. Je vous avertis, encore une fois, qu'il s'agit ici d'un tout petit jeune homme, insignifiant si vous le dégagez de sa passion, mais vivant, curieux, et très -passionné dans sa passion. Pour ma part, j'aime assez, dans un petit roman, ces héros qui ne sont pas des héros, qui ne sont pas précipités dans l'abîme, ou dans la rue, afin de sauver leur maîtresse, qui ne sont pas musiciens comme Liszt, peintres comme Ary Scheffer, écuyers habiles comme M. Daure, écrivains à la taille de M. Villemain, et plus grands poètes que M. Victor Hugo. Que dis- je? Ici, dans cette action d'amour, nous ne savons même pas si le jeune homme est beau, bien fait, charmant. L'auteur a même oublié de nous dire s'il avait les yeux bleus , et les cheveux noirs. Quand il a dit : c'est un jeune homme, il a tout dit; il ne lui en faut pas davantage ; à Fanny non plus, pas plus qu'à nous.
Ainsi nous assistons, bel et bien, à la rencontre ardente des deux amants. C'est la moitié du livre : ils se rencontrent aujourd'hui, ils se retrouveront dans huit jours; le jeune homme attend, la femme espère, ils s'admirent, ils se contemplent, ils sont contents, ils sont heureux !