F A S NY
un chagrin immense m’emplissait; une lassitude sans nom paralysait toutes mes pensées.
Rêveur comme on l’est au lit des morts, je me disais : Tout est fini ! et nous ne nous reverrons jamais, nous qui nous sommes aimés !
J’étais tellement navré que j’eus peur de faiblir. En ne songeant qu’à moi-môme, son image me ressaisissait. Ne pouvant l’arracher de ma mémoire, je m’enfuis avec cette image, brusquement, sans regarder derrière moi, comme un incendiaire qui ne veut pas entendre les cris de malédiction jaillissant des flammes allumées par sa main cruelle. Je partis sans dire où j’allais, pour partir, pour m’éloigner. Je frissonnais de mjon courage. Mais le Souvenir m’accompagnait, et souvent, le long de la route, b> Souvenir et moi nous pleurions ensemble.
Un jour, fatigué de la vue des hommes, je quittai les chemins baltus et m'enfonçai, au nord , dans les sables qui bordent l’embouchure de la Loire. Pendant trente heures, je marchai, sans m’arrêter. Enfin, vers le soir, je
FANNY
mis le pied dans un désert. Là, je résolus d’en finir.
Mais je ne voulus pas qu’il fût dit que je m'étais tué sans réflexion, comme un fou, ou comme un enfant que la lutte décourage. Je m’établis donc ici pour lutter contre moi-même, pour me désespérer moi-même, pour apprendre si la guérison peut m’être apportée par un hôte moins banal que la Mort. Je me suis donné un an pour vivre d’une vie différente, isolée, méditative, austère. Je ne suis résolu à rien, qu’à attendre jusqu’au bout. Parfois, en me détestant, j’espère encore. Je compte sur je ne sais quoi. J’aime, plus que jamais, bette femme dont l’amour m’a conduit ici. Je ne la méprise plus. Je l’absous. Je sens que j’eusse peut-être fait de même, à sa place, et j’affirme que celles qui eussent agi différemment, à sa place, valent moins qu’elle. Parfois aussi je l’exècre, et je m’en veux de ne l’avoir pas étouffée. Ainsi je vais incessamment d’un extrême d’amour et de pitié à un extrême de fureur et de haine.
Oh ! quel supplice que d’aimer!
Mon âme, cependant, est à bout de forces.
Mon cœur ne bat plus. Aujourd’hui surtout • que je viens de retracer pour moi-même, le
drame de ma vie, j’éprouve l’horrible tentation de le compléter par un sanglant épilogue.
Mais pourquoi plutôt ici que là-bas, auprès d’elle? Parce qu’il me reste encore la pudeur d’une jalousie farouche qui ne veut pas être pleurée. Comme la bête fauve qui, se sentant blessée à mort, cherche une caverne pour y exhaler en paix son dernier souffle et cacher ses os, si je dois mourir, je veux que ce soit dans un désert, loin de celle que j’ai trop aimée.
Janvier 1858
n«i«. — n.'intui ir j. cure, ai t unt-inm, 7.