‹ Fanny, étudeChapitre 21 sur 22 · SOLITUDE · texte numérisé non relu

SOLITUDE

Je pleurais. Autour de mot tout me parlait d’elle. J’oubliais tout le mal qu’elle m’avait fait. Elle avait laissé mille traces, elle était présente encore dans cette chambre que je disposais avec amour autrefois pour la recevoir. Sous ce plafond qui avait abrité sa tête; sur ces tapis que, si souvent, elle avait foulés; entre ces meubles qu’elle avait effleurés de sa robe, elle m’apparaissait encore, placide et consolante. Ici, m’ouvrait ses bras de velours le fauteuil où si souvent elle s’était assise; là, conservait la molle empreinte de sa chaussure élégante le coussin sur lequel elle posait ses pieds; là, desséchées, dans leurs vases de Chine , s’effeuillaient tristement les fleurs qu’elle aimait; là, se balançaient les rideaux que, du bout de son doigt craintif, tant de fois elle avait soulevés ; là, se mouvait encore le balancier de la pendule dont elle ne détachait pas les yeux; là, son voile; ici ses lettres, doux reflets d’elle-même; là, son peigne embaumé du parfum de ses cheveux ; et là enfin , froid et fermé comme une

tombe, se dressait le lit où, si souvent nous avions pleuré. Tout, maintenant, me revenait à flots dans la mémoire ; tout ce que nous avions dit, tout ce que nous avions pensé, tout ce que nous, avions espéré. Comme une musique lointaine qu’apporte la brise des mers, j’entendais dans mon oreille chanter ses paroles; comme les émanations des fleurs que la rosée des nuits dégage, je sentais dans mes narines l’odeur de sa peau ambrée; comme le souffle du printëmps, passaient sur mes lèvres les effluves de ses baisers. Ma main, quelle avait touchée, brûlait; mon front, quelle avait si souvent enfoui dans son sein, brûlait; mes yeux qu’elle avait adorés, ma bouche quelle avait pressée, ma poitrine qu’elle avait doublé de sa poitrine, brûlaient. Oh ! que je prenais de plaisir à toucher ses lettres, à sourire à son portrait! Il me semblait que je l’attendais encore; que tout cela n’était pas arrivé, et qu’elle allait me revenir, comme aux premiers jours, s’abattre sur mon épaule, peureuse comme une biche des bois, et m’embaumer la face de sa fraîcheur, ses deux bras liés à mon cou. Mais, en même temps, je sentais quelque chose de vague qui se détachait de moi avec des soupirs et des sanglots ;

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