‹ Fanny, étudeChapitre 8 sur 22 · XXXV III · texte numérisé non relu

XXXV III

Depuis ce jour funeste, je compris que je no devais plus jamais espérer quoi que ce fût de notre amour, et nous vécûmes, dès lors, dans l’attente pénible de ce qu’un autre devait décider. Mais comme si le sort avait résolu de ne nous rien épargner, la solution, chaque jour attendue et redoutée, n’arrivait pas. Les lettres maintenant n’effrayaient plus elle seule. C’était moi qui les souhaitais, demandais à les connaître, et formais des vœux ardents pour le succès de celui qui ne luttait pas assez énergiquement à mon gré. Cependant, pour donner quelque courage à la malheureuse femme, j’exagérais ma confiance et je vantais tour à tour l’habileté bien connue, la fermeté de caractère et la puissance de volonté de son mari. J’aflirmais qu’il relèverait sa fortune, qu’il obtiendrait justice et qu’il retrouverait le repos si bien

mérité! Toutes mes espérances reposaient maintenant sur lui; je ne pensais donc plus qu’à lui, je me passionnais pour lui. Que disje ! Le bonheur le plus inespéré que j’entrevoyais vaguement dans mes rêves et que je souhaitais de toute l’ardeur du désespoir aux abois, c’était le retour de mon rival qui devait rejeter la femme que j’adorais dans ses bras!

Que ne puis-je l’aider! — me disais-je; — mais à quoi suis-je bon ? — Et je regrettais bien amèrement maintenant l’imbécile pudeur qui m’avait fait refuser" de franchir le seuil de sa maison. — Si j’avais eu moins d’orgueil farouche, si je n’avais pas voulu me rehausser en me singularisant par une délicatesse affectée qui, à mes propres yeux, ne me lavait pas de mon action ; si, comme eussent fait tant d’autres à ma place, j’étais devenu l’ami de l’homme dont je dérobais la femme; rachetant enfin aujourd’hui la faible part rachetable de mes actes, je pourrais trouver quelque apaisement à mes chagrins. Mais j’avais toujours eu moins de bon sens que d’orgueil, et combien m’accablait aujourd’hui l’idée que , par ma faute , dans ce désastre où chacun, héroïquement, faisait son devoir, je ne me sentais bon à rien.

FANNY

En opposant ces subtilités à ma conscience, je ne m’abusais pas sur leur faiblesse. Mais comme un homme qui se noie se cramponne aux herbes flottantes sans espérer de se sauver, je m’appuyais sur ma propre douleur, je m’accusais des fautes que je n’avaïs pas commises, je dénaturais mes sentiments et ma conduite dans ce qu’ils avaient d’honorable, parce que je ne savais plus que faire pour retrouver un peu d’espoir.

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