XXXI X
Fanny me venait voir maintenant comme un malade incurable qu’on s’étonne, à chaque visite, de surprendre encore en vie. Elle ne trouvait plus rien à me dire pour me donner du courage; elle en avait tant besoin pour ellemême! Si les nouvelles étaient bonnes, elle soupirait ; .elle pleurait lorsqu’elles étaient mauvaises. Un jour où elle avait développé, devant moi, dans toute sa terrible longueur, la chaîne pesante des misères les plus secrètes qu’elle entrevoyait, — terrifiée de ne pas se sentir assez forte pour la porter, — je rompis le silence tout à coup, et, simplement, je fis l’offre de toute ma fortune pour dégager l’honneur de son mari qui maintenant, comme un dernier et horrible enjeu, venait d’être jeté sur le tapis vert du hasard. Mais, même devant ce nouveau dés-
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astre superposé sur l’ancien, si écrasant qu’il le faisait disparaître, elle resta ce qu’olle devait être : — C’est un malheur de notre situation,
— me dit-elle, avec une sévérité extraordinaire.
— Oh ! Roger, plus que jamais je t’ adore! mais je ne suis pas libre, et c’est parce que je t’adore que tu es le seul homme dont je ne pais rien accepter.
Le. sort cessa enfin de la frapper. Coup sur . coup, maintenant, les lettres devenaient de plus en plus rassurantes, et déjà il ne s’agissait plus de l’honneur, ni de la misère, ni même de la réparation que nous avions tant redoutée. Tout au plus, la perte de la moitié de sa fortune pouvait préoccuper Fanny. Elle redevint alors calme et souriante; mais moi, comme un misérable qui a deux plaies à panser, je sentis immédiatement se réveiller, plus ardente que jamais, ma jalousie. Le mari de ma maîtresse allait revenir, et son retour tant désiré jadis, je ne l’envisageais plus qu’avec une horreur insurmontable. Je souhaitais sa mort. Je redevins enfin sombre, soupçonneux, interrogateur; et nos luttes recommencèrent.
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L’idée ne m’était jamais venue jusqu’alors de rompre avec ma maîtresse ; mais en nous voyant de nouveau aux prises, elle m’apparut tout à coup, fulgurante comme un éclair. Et je sentis avec elle se glisser dans mon eœur la suave caresse del’espoir. Mais cet espoir, hélas ! ne dura pas plus d’une seconde. Malgré moi, avec des frissonnements d’horreur, je me hâtai de chasser l’idée de mon aflVanchissement.