DE L'ARTILLERIE
La philosophie est comme l'amour : elle nous prend au moment où nous nous y attendons le moins.
C'est ainsi que, l'autre jour, surpris par une averse au beau milieu de l'esplanade des Invalides, et ayant eu l'idée de me réfugier dans le musée d'armes qu'on y a récemment transféré, j'ai découvert une philosophie nouvelle.
Je dis nouvelle, parce qu'elle l'est pour moi, ce qui suffit, la nouveauté des choses humaines n'étant que relative.
Je me promenais de galerie en galerie et de vitrine en vitrine sans avoir eacore formulé la plus légère théorie, lorsque j'arrivai devant une épouvantable panoplie d'ai'mes et d'armures de la Renaissance.
A mesure que je contemplais ces outils de
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mort, un monde de pensées inédiles se faisait jour dans mon cerveau, et comparant cette époque à la nôtre, je fus amené à des réflexions, dont je ne m'étais jamais avisé, sur l'art de tuer ses semblables.
Quelque aimables que fussent les hommes de la Renaissance, il faut convenir que les duels, les batailles et les assassinats, jouaient un rôle prépondérant dans cette société charmante.
Je veux bien que ces sortes de souvenirs, étant de cuir et d'acier, aient mieux résisté que les autres à Tinjure du temps : mais à voir d'un côté ce peuple d'armures qui, debout dans leur raideur, ressemblent à des homards guettant la proie du sein de leur carapace de fer ; avoir, d'un autre côté, ces milliers dépées. de dagues, de poignards , d'assommoirs , d'arquebuses , dont les pointes flamboient comme des langues de serpents, on se demande avec quelque inquiétude ce qui pouvait rester de temps, pour la vie proprement dite, dans un monde tel que celui-là, oii tout semblait organisé en vue de la mort?
Oh! il y a surtout une certaine vitrine pleine de fauchards, de hallebardes, de pertuisanes, à éventrer tous les éléphants et tous les hippopotames du globe. Quelles bedaines avaient donc ces gens-là, s'il fallait de pareils engins