‹ Fantasio comédie en trois actes, en prose d'Alfred de MussetChapitre 37 sur 50 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

Très-heureux. A quand votre noce?

EI.SBBTH.

Dans quelques heures, tout sera iiui.

FASTASIO.

C'est-à-dire tout sera commencé. Je compte vous offrir un présent de ma main.

ELSBETH

Quel présent?

FASTASIO.

Je compte vous offrir un joli petit serin empaillé, qui chante comme un rossignol.

ELSBETH

Comment peut-il chanter s’il est empaillé?

11 chante parfaitement.

ELSBETH

En vérité, tu te moques de moi avec uu rare acharnement.

FASTASIO.

Point du tout. Mon serin a une petite serinette dans le corps; on pousse tout doucement un petit ressort sous la patte gauche, et il chante tous les opéras nouveaux, exactement comme la prima donna.

ELSBETH

C’est une invention de ton esprit, sans doute?

En aucune façon. C’est un serin de cour ; il y a beaucoup de petites filles très-bien élevées qui n’ont pas d’autre procédé que celui-là. Elles ont un petit ressort sous le bras gauche, un jolfpetit ressort en diamant fin, comme la montre d’un petit-maître. Le gouverneur ou la gouvernante fait jouer le ressort et vous voyez aussitôt les lèvres s’ouvrir avec le sourire le plus gracieux, une charmante cascatelle de paroles mielleuses sort avec le plus doux murmure, et toutes les convenances sociales, pa-

rcilles à des nymphes légères, sc niellent aussitôt à dausoter sur la pinte du pied autour de la fontaine merveilleuse. Le prétendu ouvre des yeux ébahis ; l'assistance chuchote avec indulgence, et le père, rempli d'un secret contentement, regarde avec orgueil les boucles d'or de ses souliers.

ELSBETH

Tu parais revenir volontiers sur de certains sujets. Dismoi, bouffon, (pie t'ont donc fait ces pauvres jeunes lilles, pur que tu en fasses si gaiement la satire? Le respect d'aucun devoir ne put-il trouver grâce devant toi?

Mais, madame, mon ptit serin respecte admirablement tons ses devoirs, et c’est à cause de cela qu’il est empaillé.

ELSBETH

D’où viens-tu donc, et qui es-lu, pour que, depuis un jour que tu es ici, tu saches déjà pénétrer des mystères que les princes eux-mêmes nesouponneront jamais? Tout à l’heure, pendant que j'essayais mon voile, j’ai entendu maféher derrière cette prie ; je me tromp fort si ce n’était toi.

Soyez sûre que cela reste entre votre mouchoir et moi. Bst-ce ma faute s’il m’est tombé, tandis que je donnais, une de vos larmes sur la joue?

ELSBETH

Tu me pries sous la forme d'un hommeque j’ai aimé; voilà pourquoi je t’écoute. Mes yeux croient voir Saint- Jean ; mais peut-être n’es-tu qu’un espion ?

A quoi Cela me Servirait-il ? (EUhcth fait un mouvement.) Ne me chassez pas, je vous en prie, Peut-être n aurez- vous pas sujet de vous en repentir.

ELSBETH

Oui-da ! Tu m’offres ta protection et tes services?

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