ACTE III, SCÈNE II
comme une véritable reine, sans qu’il y ait besoin pour cela d’autres cierges que nos épées.
ELSBETIl.
Fantasio, veux-tu rester le bouffon de mon père? je te paye tes vingt mille écus.
Je le voudrais de grand cœur ; mais en vérité, si j’y étais forcé, je sauterais par la fenêtre pour me sauver un de ces jours.
ELSBETIl.
Pourquoi? tu vois que Saint-Jean est mort; il nous faut absolument un bouffon.
J’aime ce métier plus que tout autre, mais je ne puis faire aucun métier. Si vous trouvez que cela vaille vingt mille écus de vous avoir débarrassée du prince de Mantoue, donnez-les moi, et ne payez pas mes dettes. Un gentilhomme sans dettes ne saurait où se présenter. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de me trouver sans dettes.
ELSBETH
Eli bien, je te les donne ; mais prends la clef de mon jardin. Le jour où tu t’ennuieras d’être poursuivi par tes créanciers, viens te cacher dans les bluets où je t’ai trouvé ce malin ; aie soin de prendre ta perruque et ton habit bariolé, ne parais pas devant moi sans cette taille contrefaite et ces grelots d’argent ; car c’est ainsi que tu m’as plu : tu redeviendras mon bouffon pour le temps qu’il te plaira de l’être, et puis tu iras à tes affaires.
(Elle fait quelques pas vers la porte.)
LA GOUVERNANTE, prête à sortir.
Est-il possible que le prince de Mantouc soit parti sans que je l’aie vu !