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SUPPLIQUE

Lune peinte et fardée! ô blanche avant-courrière

D'un songe tissé de fils d'or !

Faucille des lacs froids, écoute ma prière :

Je veux des rêves quand je dors !

Je veux, Parfum du Ciel! des rêves qui me disent

Ce que je n'ai pu deviner :

Les secrets inouïs emportés par les brises

Et le mal des grands lys fanés.

Je veux des songes fous d une beauté vivante,

Musicaux, sonores, sereins, Où passe le soupir du vent des mers, où chante

La conque des tritons marins.

Je veux des songes imprévus qui me répètent

Les monologues des corbeaux

Et le grincement dur que fait la girouette

Avant de me tourner le dos.

— Toi qui poses du rouge aux lèvres des nuages

En paraissant à l'horizon !

Toi qui poudres d'argent les nocturnes feuillages,.

Dame d'atours des frondaisons !

Toi qui sais composer des arcs-en-ciel plus tendres;

Et plus subtils que ceux du jour, Pour charmer ton ami Pierrot prêt à se pendre

Et les princesses dans leurs tours !

Toi qui, te promenant sur les vieux cimetières,.

Caresses la pointe des ifs Et veux bien adoucir d'un rayon de lumière

Les tombes des gens positifs!

Toi qui sais enseigneraux farfadets, aux gnomes.

Aux sylphes, aux lutins fluets, Et jusqu'à la tribu frigide des fantômes

A danser de bleus menuets!

Toi dont la face un peu sévère est adoucie

D'un halo mauve quand il pleut.

Toi qui verses du lait sur les herbes roussies.

Protectrice des chats galeux !

Toi qui, d'un seul regard, peux engourdir les sèves.

Prêtresse de cultes divers, Mère des pavots noirs, vends-moi tes plus beaux rêves î Je les paierai avec des vers.

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