POUR LES MORTS
On ne saurait donner de trop belles louanges
A ceux que l'on aime et qui vivent,
Mais, quand ils ont changé de rive,
Le mensonge pieux, par une ruse étrange,
Fait qu'on ne les reconnaît plus.
— Si vous l'avez beaucoup aimé, très bien connu, Beaucoup pleuré, ne modelez pas dans la cire Ce cher visage disparu ;
Quand vous voudrez le voir sourire, Conservez-le tel qu'il fut.
— Les morts vont vite, a-t-on dit...
Ceux-là seuls que l'on a détruits
En faisant d'eux J
EXes dieux.
Les autres restent des amis,
Non point morts, à peine assoupis.
Regardez-les dormir.
Dessinez de leurs traits des images précises,
Car seul un souvenir
Juste les éternise.