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LE CAUCHEMAR D'UN ARTISTE

Per«on nages :

Gaspabo Lecabot.

AjUSTIDE CRéMONIN.

Leboitbux, r^gÎMeur.

(La loçt de Gaspard Lf cabot aux Folieê-Montréalaiêet. Au fond, à gauche, petite et unique porte arec crochets. A droite de cette porte s'étalent m^estueuêemtnt sur des supports, Ut mille et un wêUments du grand comédien. Au premier pian, à gauche, une malle. A droite, table atee miroir. Sur cette table se trouvent des bâtons de maquillage, de la poudre de ris, des lettres de femmes, etc..)

Au lever du ridenu, QaapMd Lecâbot est à te maquiller. Entre Lehoiteux.

LccABOT. — Qu'e«t-ce que c'est?

Leboiteux. — C'est un roonaieur qui veut abaolument voua voir.

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LccABOT. — Il t'a dit son nom ?

I.EDoiTEUX. — {lui présentant une carte de ptaiti) Voici ce qu'il m'a prid de vous remettre.

I.KCABOT. — {Usant) "Aristide Crémonin." iparU) Tu connais ça, toi ?

Leboiteux. — Crémonin? Pas du tout.

Lecabot. — (lisant sur le dos de la carte) "Monsieur, vcuillci, je vous prie, ra'accorder un entretien. J'ai des choses très importantes à vous communiquer." (parlé) Tiens, ma foi, c'est étrange ! Voilà un homme que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam et qui a des choses importantes à me communiquer !... Tant pis, je suis trop curieux : va me le chercher. (Leboiteux sort. Resté setd, Gaspard Lecabot termine son maquillage.)

Lecabot. — Huit Jieures moins le quart... Allons, j'ai tout le tensps qu'il faut pour recevoir ce monsieur... D'ailleurs, je ne suis pas en scène au commencement du un...

(Aristide Crémonin pénètre dans la loge.)

.\ki8TIDE Cbémonin. — {tris exubérant) Ah ! cher monsieur, je suis enchanté de vous voir !

Lecabot. — Mais... moi auési, monsieur ! C'eit donc à Monsieur Aristide Crémonin que j'ai r honneur de parler ?

.\Ri8TinE Crémonin. — A lui-même, monsieur ! Au plus fe^^•cnt admirateur des artistes... et de vous-même. Je suis poète, dramaturge à mes

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heure*, acteur, détective et même Agent de commerce !...

Lecabot. — Diable ! Vous êtes à faire peur !...

Ariatide Crémonin. — Ah ! et puis, ce n'est pas Dans ma famille, nous sommes tous ainsi; : «Te en fils, nous brûlons tous de la même ardeur pour le génie théâtral, poétique et... poli- ' ^ Ainsi, tenez, mon arrière grand-père qui it sous la Révolution...

Lbcabot. — {lui coupant la par'oU) De grâce, monsieur Crémonin, épargnes-moi toute cette généalogie !

Aristide Crémonin. — Au fait, vous aves peutêtre raison, et cela pourrait me faire oublier le but de ma vigite.

Lecadot. — {lui monirdni la malie) Asseyet-vous, je vous en prie. C'est dommage, je n'ai que ce siège à vou.«» offrir !...

Aristide Crémonin.-— («'osseyanf) Eh ! ailes donc, ne vous excusez pas !... C'est tout naturel, et puis, c'est vraiment très original !

Lrcabot. — {d'un petit ton dHaehé) Vovc.ns vo-j choses importantes...

Aristide Crémonin. — {êouriant finement) Je vous 1« '' • I... Je viens d'apprendre que

ti lient vous assassiner à la sortie

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Aristidk Crcmokin.— (fré« ealtne) Vous «llei comprendre. Vous avei jou<^, la semaine dernière, une pièce intitulai» Phèdre, d'un monnetir Racine, je crois. Or, j'ai un beau-frère raoi. monsieur, qui est un nutniaque, un détraqué, enfin un idiot. Mais, comme tous ceux de ma famille, il est très artiste et fréquente tous les théâtres, même les très mauvais. Dans cette pièce, vous le savez comme moi, il y a un imbécile de mari qui se fait jouer des tours par cette brave madame Phèdre. Kh bien, mon beaufrère s'est reconnu sous les traits de Théeée, le mari... et, comme vous êtes le directeur de ce théâtre, il veut vous tuer, voilà !...

Lkcabot. — Qu'eat-ce que c'est que cette histoirelà?

Aristide Cremonin. — Toui simploniont la v(^rit«' Monsieur mon beau-frère par un prodige d'iniii- Kination, — nous sommes tous des prodiges dans notre famille — croit cpic vous avex voulu vous moquer de lui en représ«'ntant Hur la scène sa propre histoire !

Lecabot. — {ahuri) Sa propre hist... ? Ah ! ça, c'est incroyable ! Mes compliments ' Von* «vet un joH beau-frère !...

Aristide Cremonin. — Ah ! ce n'est vraiment pas la peine !... Toutefois, je suis venu ici, à ton insu, pour vous prévenir de son mauvais deswin et vous conseiller d'être escorté à la sortie du théà-

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tre. (avec fatuité) Yoxw voyet, sana me vanter,

que je vous sauve la vie !...

LzcA»oT.—i ironiqiu.) Croyei, cher monsieur, que

je VOUA on suis profondément reconnaissant. ARI8TIDK ( v. — Oui, mais je n'ai que faire

cie votrr : — :.:..i:âSance...

Lbcabot. — (êurpriê) Ah!... vraiment...? Que faut-il

pour vous être agréable ?

Aristide CRéMo>nN.— Jouer ma pièce!

LsCABOT. — Hein?... {souriant) Ah ! c'est vrai :

vous êtes également dramaturge à vos heures !..•

Voyons, quri est le titre de cette pièce ? Arihtide Crfmoni.v. — La crampe d^ettomae. Lecabot. — [fatsant de Vfsvrit) Je suppose que c'est

en plusieurs acte- Aristide CniuoKis.~{,sccJunu/it) 2%oa, monsieur î

La cravxpe d'ettomae n'a qu'un acte !... LccABOT. — Ijc sujet de votre pièce ?

.\ristidb Crémom.s. — L'intrigue est aases simple.

C'est un mon.xieur très élégant, très riche, quoique faisant énormément la noce et passant la

journée à cuver son vin. C'est votre rAle f Lecabot.— Cliarmant !

Aristide Crémonlv. — Donc, c'est très simple et

en mèoM» temps très compliqué. Vous ailes

voir. Isidore...

LiCABOT. — Isidore ?

.\RisTinEf ' \ — Oui, ('fit !<• ijoin (je rp jeune

fét«r«l. vient de niangcr mu* s:»la<i«' «if

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homard en coiu papille d'une rbamiantc personne. Malheureusement pour lui, son eiitomar se révolte et lui fait sentir In cruauté d'une guerre intestine ! Kt remarquez bien ({ue cela se produit au moment précis où Berthe allait être conquise. Isidore se lève tout pAle, fait la grimace, repousse norvousmuMit son assirttr. Alon*. le propriétain

Lecabot. — Pardon, monsieur, je me rf>fuse à jouer un rôle comme ça !

.\ni8TiDE Crémoni.v. — Pourquoi? C'est un rôle épatant, un rôle à effet ! Surtout à la fin quand vous criez d'une voix de stentor : "En voulezvous des z'homards?"...

Lecabot. — Ah ? Il y a ça dans le rôle ?

AiusTiDE Crémonin. — Il y en a bien d'autres, cher monsieur !... J'ai justement fi'xi <niii»^«! i\,> la pièce dans mon paletot.

{Il fouille datis ses pocheSt sort cinq manuscrite craêêmx qu'il étale sur la petite table.)

Voilà !

Lecabot. — Je regretta» beaucoup, nmis il m i -t

impossible de faire jouer votre Crampe d'estoinn, .\iU8TiDE Ckémonix. — {se leiHint) Qu'est-ce que

vous dites?

Lecabot. — Voj'ons, nmnsieur C'rémonin, réfléchis-

sei vous-même ! Croyez-vous que je puisse vrai-

scntblablement mettre sur les affiches : **Gasparti

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Leaibot et M troupe dans LA CRAMPE D'ES- TOMAC, tragi-comédie en un acte cic Nf. Aristide Créinonin" ?.. Vous vouleg donc que je faase un four ? Votrp pièce, je m'en fiche comme de l'an i-ent ! (> qui m'intémee, moi, c'eat l'argent qu'elle peut rapporter. N'oilA comment il faut comprendre VAri ?..

Vristidk Ckémo.vi.v. — (farouche) C'e6t-4-dire, voua voulez surtout faire de l'Or !.. Vous refuses de jouer ma pièce qui est un pur chof-d'ccuvre. entendez- vous ? C'est une pièce destinée à révolutionner le théâtre ! Et voua refuaes de la lire? Ah ! prenez garde, monaieur ! ! !

(Bnuçuetnent, il «art de ta poeke un poignard retêemblani plutôt à un couteau de cuisine et n'élance sur Lecabot. Juste au moment où Vanm t'a s'enfoncer dans la peau du beau Gaspard, Us lumières s'Heiçnent. Qudques secondes; puis la rampe seule se ndlume lerUement. Alors, on voit (iaepard Leeabot endormi d sa table, immobile, la tête entre les mains. Il est seul. Sa loge est dans le même iial qu'elle était au commencement. Tout d coup la soix de Leboiteux dame un "En aoène !" suiei du petit diakut que fait toujours Ir régisseur pour faire taire le puitlic.)

liBCABOT. — (se réveiltant en sursaut) Au aeooura !.. ireçartf Tiena, il n'y a personne ?

Oh ! (| - .. C'est égal, j'ai eu peur

tout tl' . l'est-ce que j'ai bien pu man-

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