V.iA.r.. — Ce tnunway ne vient paaî
l.n.—(awunireuêttmtHt) Si vous savies comme cela
m'importe peu! C'est délicieux de rester ainsi
tous les deux, l'un près de l'autre... J'en oublie
le froid, l'heure, tout!...
Kllb. — Oui, mais moi je n'oublie pas que nous devons- aller à la mease demain. Il n'y a plus
de messe à midi moins le quart maintenant;
alors, je ne peux plus faire la grasse matinée.
Ce n'est pas tout. Vous saves, je suis revenue
très tard hier, je me suis fait gronder et jo àuis
sûre que, ce soir...
Lri. — Décidément, vou.h »ercz loujoui- u'i' -mh .•
fiUe rangée!...
{Tout préê' du potooti, un wieux menêieur se
24 l'heure TARDIvi
tûnt immobile comme une êUUue. Il regardé du eoùi de l'œil l'horÎMon Unijaun mrnbrt et remonte frileueemerU eon col de fourrure.)
Le vieux uonbiedr. — (pommelant) Quel tempe de chien!.. .J'ai manqué le dernier tramway. Il m'a passé au nez comme je sortais de ches Albert. C'est toujours ainsi. Ah! ce que je suis malchanceux avec les tramways!... Je suis sûr que si j'étais arrivé au coin cinq minutes plus tôt, je l'aurais manqué quand même! Voilà ma veine!... Autre exemple: j'ai un neveu qui fait de la littérature; il écrit dans le Quartier Latin. Je ne sais pas ce qu'il fiche à l'université, mais son père me dit qu'il a énormément de talent. L'autre jour, je sors de cher moi pour acheter le Quartier Latin: le dernier numéro venait d'être enlevé! Oh! je n'ai pas de chance I... (claquant les dente) Ce tramway se fait vraiment trop désirer! Et Fernande qui m'attend! La chère vieille! Elle a dû s'endormir dane un fauteuil... Nom d'un chien qu'il fait froid! Ça y est: je vais attrapper une bronchite! Avec ma veineje n'en serais pas surpris... Oh! sapristi!
(Brueguement une bourraeque enlève le chapeau du vieux monsieur. Ce dernier ee met à courir aprèê son eouvre<h^ qui eet maintenant le joud de» eentê et ee promène partout. A ce momttU, le tramway e^arrêU au coin. Toue Im amirm
l'heure takdivb 25
^ermmnofet y tnontent. Un tempt. Puis, la MfUun rtpart. Quelque» miniUeê pluê lard, Iê pieux moneieur reeieiU OMte won chapeau et retU êiupifait, au milieu de la voie fenéet devant le tramway qui file là-4faê.)
Lk tisux MON8IEUB. — Nom d'un chiei) de Dom d'un chien !!!...
"LE MIROIR
JOSEPH BRACK, piisoniiicr, 38 ans.
MADAME BOUGAINVILLE, (Ume dC clUUité. LE DIRECTEUR de U prisOIL
La Boène se passe dans la cellule de Joseph Brack, à la prison municipale de Vieux-Port. Joseph Brack est une bonne face d'abruti. Il est musclé comme un athlète, et montre, lorsqu'il Ht, de longues dents jaunAtres.
Madame Bougain ville, présidente de la S. P. P. (SoeUié ProtêdHee du Pri»(mniersf), veuve depuis un nombre incalculable d'annéea, tant la mémoire de son mari est abaente, fait preuve ehaque semaine des renooroes inépuisables de son dcvoûrocnt. Elle prodigue aux détenus des attentions un peu trop prononcées. C'est une personne compatissante et onctueuse, cherchant, avec un peu d'in(li.<'crétion peut-être, le bien des prisonniers. Avec la bonne volonté d'être aimable et de bien disposer ces meMiears, eUe ne s'aperçoit pas qu'au contraire eOe Isa assomme et Isa dégoûte à jamais de sa compaiwion.
28 Li MiRota
Joseph Brack est à causer avec Madame Bougainville. Madame la présidente lui fait sa rmit hebdomadaire.
Madame Bouoain ville. — Comment vous sentesvouR, ce matin, mon ami 7
Joseph. — Je suis bien malade... ouais! Je dors tout le temps!...
Madame Bouoainvillx. — Vous manques d'activité, sans doute ?
Joseph. — {sans comprendre) Ici, la nourriture est pas trop mal... Ah! c'est pas for^mt comme mon travail d'avant!
Madame Bouoainville. — Vous étiez journalier, m'avez-vous dit?
Joseph. — Oh! ben, vous saves, je faisais un peu de tout... le dimanche, je vendais des peanuts dans les théâtres!...
Madame Bougainville. — Vous m'inspires beaucoup de sympathie.
Joseph. — Ouais ?
Madame Bouoainville. — Je vois que vous êtes un brave homme. Je parlerai certainement de vous au directeur de la prison.
Joseph. — Si vous pouvies me faire sortir plus vite: j'en ai encore pour six mois!...
Madame Bouoainville. — On vous a condamné pour une bagatelle, n'est-ce pas 7
LE MIKOm 29
JosKPB. — Vous l'aves dit: çft ne valait pas la peine de m'enfermer pour ça, pour une... comment que TOUS dites?
Madame Bouoainville. — Bagatelle...
Joseph. — Ouaia, pour une... ((rouvoni U mot plus juste) ** gabince " !... Saves-vous ce que j'ai volé ? Un miroir.
Madame Boucainvillb. — {naioenunt) Un miroir ?
Joseph. — Ouais, un miroir!... C'est pour ça qu'on ma donné un an de prison. Vous croyes que c'est juste, vous T
Madamb Bouoainville. — Courage, mon brave homme. Il ne faut pas vous chagriner comme ça! Vous aves cooteisiioe de ne pas mériter votre punition, n'esUee pas?
Joseph. — Non, Seigneur, je ne la mérite pas!
Madame Bougadi ville. — Eh bien! soyes héroïque! Supportes le châtiment sans rien dire... C'est peut-être une épntnre que le bon Dieu vous envoie?
Joseph.— -Ouais?
Madame Bouoainville. — Mais si! Rappdes- VOU8 votre enfance, vos bonnes actions, tout un pMsé de vie honnéie...et cela vous donnera on peu de rérignationf Sans doute, vous vous êtes éloigné du bon chemin, mais vous pouves y revenir!...
Joseph. — Vous êtes ben aimable, ma chère dame.
30 LB MIROIR
Moi je ne demande pas mieux d'être un honuiia
honnête...
Madane Bodoainville. — (d part) Quel brave coeur! {haut) Je dois vous quitter, mon ami: il faut que je visite ausn lee autres prisonnien... (avec un sourire affectueux) Vous pouvez compter sur moi. Je ferai tout mon possible pour que vous soyez libre bientôt!
Joseph. — Merci ben, ma bonne dame.
Madame Bougainville. — Au revoir, mon ami... au revoir!... (en sortant, à elU-même) Un simple miroir! Le condamner à un an de prison pour le vol d'un simple miroir!... O justice humaine quelle décadence!... Cet homme que tu réduis à l'abrutissement pourrait devenir un honnête citoyen!... Et tu le condamnes! Et tu le plongea dans l'ignominie!... (un soupir). Un simple miroir!... Il faut que j'en parle au directeur de la prison!...
Chez M. Tourclé, le directeur. Neuf heures du soir.
Chambre can^, très unie, meublée avec une sobriété de prison. M. Tourclé est à sa table de travail Un employé en veston blanc aehève de classer des cartes dans un tiroir.
On frappe à la porte.
Le directeur. — Allez ouvrir.
LE MIROIR
SI
{L'employé obéU et i'efface pour lais9er poiter Madame BouçainmUe.)
MaDAMB BOUOAINTIIXE. — (japres fètrt OMlMâe
timidemmd jusqu'à la tabU) Bonsoir, Monneur TourcU, je regrette de vou» déruifer à cette heure-ci...
Le dibbcteub.— Je vous en prie, nuuUme-la préndente... a«Beyei-vou8.
Madame Bouoaik ville.— («<*•«««•* «>» aplomb) C*e§t à propoe d'un prisonnier que je voudrais reeommander à votre dânenoe...
Le directeur.— Ah?.. Vous êtes penuMiée que oe n'est pas un farceur?
Madame Bouo ai» ville.— (pro«eiton<) Oh! monsieur le directeur! Un si brave homme L...
Le directeur. — Son nom?
Madame Bouoaik ville.— Joseph Brack.
Le dirrctbub.— Est-ce que ce n'est pas le gros
de U cellule No 71 ?
Madame Bouoain ville.— Oui, monsieur le
directeur.
Le directeur.— Attendes... Nous allons examiner
le dossier de oe brave homme!... Julien, voules-
VGOB me donner la fiche du prisonnier Joseph
Brack?
Madame Bouoain^ille.— Oh ! vous saves, son
cas mérite toute votre indulfenoel SoDffSS
donc, il n'a volé qu'un miroir.
32 LE MIROIR
(L'employé apporte le doneier en q^e^ùm.)
Le directbub. — {qui a ooneuUé la fidie^ éelaUuU de rire) Eh bien! C'est un joli farceur, votre protégé, madame Bougain ville!... Il est vraiment digne de pitié!... Mais madame, ce n'est pas un miroir ordinaire qu'il a volé: c'est une immense glace de Venise, d'un prix fabuleux, qu'il a déménagée en plein jour. Il s'était même servi d'une voiture de transports!.. Son vol a été enregistré par les journaux comme un des plus audacieux de l'année, (riant) Ah! oui, c'est un roublard, ce Joseph!... Ah! ah!.. un miroir! Il avait oublié de vous dire quel miroir!...
Madame Bougain ville. — (consternée, n'osant pas croire ce que vient de dire le directeur) Oh! je vous demande pardon, monsieur Tourclé... J'avais cru... Il avait l'air d'un si brave homme... j'étais loin de soupçonner... Mes excuses, monsieur le directeur!
El Madame BougainviUe sort, comptUemenl ahu' rie, pendant que le directeur et son employé se tordent dans leurs fauteuils.