SCÈNE VII
LE COMMISSAIRE, puis JÉRÔME MÂLTENU
(Le commissaire resté seul marche de long en large, sur la scène... On n'entend plus rien dans la coulisse... 11 va ensuite à son bureau, où il range des papiers.)
LE COMMISSAIRE, prenant le portefeuille, qu'il considère et qu'il remet dans im tiroir qu'il ferme à double tour.
Imbécile!...
(Ensuite, le geste fébrile, il endosse son pardessus, remet son foulard, son chapeau, allume une cigarette.)
LE COMMISSAIRE
Ces sacrées femmes !... Avec elles, on ne peut pas avoir huit jours de tranquillité...
(Il va pour sortir. Jérôme Maltenu apparaît dans l'encadrement de la porte à droite.)
MALTENU
Pardon, Monsieur le commissaire...
LE COMMISSAIRE
Vous?... Ah ça, mais?... Qu'est-ce que vous faites ici?... Vous n'êtes donc pas parti?
MALTENU
Monsieur le commissaire!...
Voulez-vous bien vous en aller?..,
MALTENU
Mais... Monsieur le commissaire... j'y ai mis... de la mousse... de la...
LE COMMISSAIRE
Fichez-moi la paix... (il le pousse.) Ou je vous fourre au bloc... (il se retourne et voit les agents entrés au bruit de la dispute.)... VouS aûssi...
(11 sort, en bousculant les agents.)
RIDEAU
SAYNETE
PERSONNAGES
LE RÉaTANT
Le théâtre représente un parc quelconque, au clair de lune. A droite, un banc de pierre, au pied d'un arbre, dont les branches retombent.
Au lever du rideau, la scène est vide. Le Récitant, qui peut être le régisseur, paraît à gauche. Il est en habit noir, ganté de blanc, très solennel. Il s'avance élégamment, à petits pas, jusqu'au proscenium et salue le public.
SCÈiNE PREMIÈRE
LE RÉCITANT, montrant le décor.
Mesdames, Messieurs... ceci représente un coin, dans un parc, le soir... Le soir est doux, silencieux, tout embaumé de parfums errants... Sur le ciel, moiré de lune, les feuillages se découpent, comaie de la dentelle noire, sur une soie mauve... Ealre des masses d'ombre, entre de molles et étranges silhouettes, voilées de brumes argentées, au loin, dans le vague, brille une nappe de lumière... bassin, lac... on ne sait... ce
qu'il vous plaira... Heure vaporeuse et divine!... L'amour est partout... son myslftre circule au long des avenues invisibles, sous les fourres, dans les clairières... et son souffle agile les branches, à j)eine... C'est délicieux!... (Montrant le banc —avec aiiemirissement.) Et voici un banc, un vieux banc, pas trop moussu, pas trop verdi... un très vieux banc de pierre, large et lisse comme une table d'autei... un autel où se célébreraient les messes de l'amour...
(Il déclame.) ... J'aime les bancs de pierre, le soir, au fond des bois.
(Un temps.)
... Mesdames, Messieurs, quand le rideau se lève sur un décor de théâtre où se dresse un banc, à droite, près d'un arbre, d'une fontaine, ou de n'importe quoi, c'est qu'il doit se passer inévitablement une scène d'amour... Ai-je besoin de vous révéler que tout à l'heure, parmi cette nuit frissonnante, — o mélancolie des cœurs amoureux ! — l'amant, selon l'usage, viendra s'asseoir, sur ce banc, près de l'amante, et que là, tous les deux, tour à tour, ils murmureront, gémiront, pleureront, sangloteront, chanteront, exulteront
des choses éternelles... (Regardant à travers le parc.)
Qu'est-ce que je disais?... J'entends un bruit de feuilles frôlées, je vois deux ombres s'avancer
LES AMANTS ioO
lentement à travers les branches... Les voici... Comme ils sont tristes!...
(Entrent lentement l'amant et l'amante. Ils sont tristes tous les deux... L'amante est emmitoufflée de dentelles, lamant est ea smoking... Dès qu'ils ont apparu, le Récitant salue le public et sort, à reculons, discrètement.)