SCÈNE II L'AMANT, L'AMANTE
l'amant Ah! voici le banc... le cher banc... (il s'avance
vers le banc, tenant l'amante par la taille — tendrement.)... le
vieux et cher banc de pierre... si souvent témoin de nos ivresses... de nos extases...
l'amante, à part.
Encore ce banc...
l'amant
Vous semblez fatiguée... Youlez-vous que nous nous reposions un peu?...
l'a3IANTE, distraite.
Comme vous voudrez...
Venez, alors... Donnez-moi votre main... ,
l'amante, à part.
Toujours ce banc!...
l'amant
Que vous êtes belle!... Vous êtes encore plus belle, ce soir... Et que le soir est beau, aussi...
/Ils s'assoient sur le banc, l'amante, droite, sans abandon, 1 amant penché vers elle et lui tenant les mains, et la regardant dans les yeux. —Assez long silence.) Délicieuse Soirée !...
l'amante, toujours distraite et vague.
Délicieuse...
l'amant N'est-ce pas?...
l'amante, même jeu.
Oui...
l'amant, lyrique.
Ah! quel puissant mystère est-ce donc que l'amour?... Chaque soir, nous venons ici... Ce sont les mômes choses autour de nous... les
mêmes clartés... le même rêve nocturne... et, pourtant, chaque soir, il me semble que j'éprouve des joies nouvelles... et plus fortes... et... plus... plus mystérieuses... et davantage inconnues...
et si douces... si douces!... (Un oiseau réveillé dans l'arbre, au-dessus d'eux, pousse de petits cris d'effroi et s'envole.... L'amant s'est tu... Il abandonne les mains de l'amante, regarde la direction paroii l'oiseau s'est envolé... Puis ressaisissant les mains avec plus de force.)... Et SI douces... (Silence.) telleuient douces !... (Nouveau silence.)... N'est-ce pas?...
l'amante Quoi?
l'amant
Qu'elles sont tellement douces?...
l'amante Qui?
l'amant, un peu déconcerté.
Mais... je ne sais pas... Ces clartés... ce rêve nocturne... ce petit oiseau envolé... (Tout à coup — enthousiaste.)... Et nos joies... nos foUes joies !...
l'amante Ah! oui... pardon... tellement douces!...
(Elle soupire.)
L AMANT, après un petit silence. Très peiné.
Comme vous dites cela !...
l'amante Comment voulez-vous donc que je le dise?...
l'amant
Je ne reconnais plus votre voix... je ne vous reconnais plus... Vous êtes toute changée... (Un temps.) Ma bien-aimée. (Silence.)... Chère âme...
(Nouveau silence. Insistant.)... Cher trésor de mon âme... (Silence. 11 se rapproche encore, cherche à l'étreindre plus étroitement. — Elle se recule un peu.)... PoUFCJUOi
ne dites-vous rien?... A quoi pensez-vous?
A rien...
l'amant
Vous ne pensez à rien?... Éles-vous donc fâchée ?
Fâchée?...
Oui...
l'amante Pourquoi voulez-vous donc que je sois fâchée ?
l'aimant, attendri.
Je ne veux pas... Je vous demande... je vous supplie... Etes-vous fâchée?
l'amante Ai-je donc des raisons d'être fâchée ?
l'amant, très triste.
Mais vous ne dites rien... Je vous parle... Je vous parle de choses...
L AMANTE , un peu amure.
Tellement douces !...
Oui... enhn... je vous parle... Et vous ne dites rien !
l'amante
Je ne suis pas fâchée...
l'ajiant Etes-vous triste? .
l'amante
Mais non... Quelle idée!... Pourquoi serais-je Irisle?...
(Elle soupire.) L AMANT, plus vivement.
Vous avez quelque chose... vous me cachez quelque chose...
l'amante
Non... en vérité... je n'ai rien...
l'amant
On ne me trompe pas... on ne trompe pas mon cœur... mon cœur me dit que vous avez quelque chose... Qu'avez-vous?...
l'amante Je n'ai rien...
L A3IANT, insistant avec passion.
Confiez-moi... confiez-vous... Qu'avez-vous?
L amante, agacée, elle se lève et passe à gauche. Mais rien... rien... (Elle pleure.) Je n'ai rien...
L AMANT, se précipitant et essayant de la reprendre. Vous pleurez... Ah! vous pleurez...
l'amante Non... je ne pleure pas... je ne pleure pas...
l'amant Si... si, vous pleurez...
l'amante Laissez-moi...
l'amant
Je vous entends pleurer... Pourquoi pleurezvous?
l'amante
Les nerfs, sans doute... la nuit, peut-être... (Un peu amère.) Peut-être ces clartés... ce rêve nocturne... et nos joies!... Ce n'est rien, vous voyez... je ne pleure pas... (Elle sanglote.) Mais c'est absurde... je ne veux pas... je ne veux pas pleurer...
L AMANT, troublé cherchant ses mots.
Chère aimée... chère adorée... chère mienne... car vous êtes mienne, n'est-ce pas?... Et moi... moi... je suis vôtre... (Geste de dénégation, triste de
l'amanie.) Oui, enfin... nous sommes nôtres... tous les deux...
L AMANTE, secouant la tête avec des gémisements. Oli! si peu... si pou!...
Ecoutez-moi... Je ne veux pas que vous pleuriez... Vous ne devez pas... vous ne pouvez pas pleurer... vous n'avez pas le droit de pleurer... Quand vous pleurez... cela me rend fou... je ne vis plus... je... je... parfaitement... Voyons... répondez-moi... Par grâce... par pitié... répondezmoi... (Regardant sa main.) Oll ! il m'est tombé une
larme sur la main... une chère larme de vos chers yeux... sur la main!...
l'amiante Mais non... je vous assure... mais non...
l'amant Mais si... mais si. .
l'amante Une goutte de rosée... voilà tout.
L AMAXT
La rosée de vos yeux... de tes yeux... sur la main... (il embrasse sa main.)... Chère... chère petite larme... sur la main... (Un temps). Vous ai-je donc fait de la peine?
l'amante
Pourquoi m'auriez-vous fait de la peine?...
l'amant
Evidemment... Je ne sais pas, moi... sans le vouloir... je vous le jure...
l'amante Non... non..
Alors... quelqu'un vous a-t-il fait de la peine?... (Héroïque.) Ah! SI je savais que quelqu'un vous eût fait de la peine ?. . . (Très agité.) Ça. . . par exemple ! ! . .
(Il menace des fantômes au loin.)
l'amante
Calmez-vous... laissez -moi... A quoi bon?... Vous ne comprendriez pas... Ce n'est pas de votre faute... Vous êtes homme... et moi je suis femme...
l'amant, tendrement, cynique — tout à coup.
Tiens... j)urbleu !... Sans cela...
L AMANTE, le repoussant.
Gomme vous êles grossier!...
L AMANT, joignant les mains.
Oh!...
l'amante
Vous voyez bien que vous ne pouvez pas comprendre... Il faut ôtre femme pour comprendre... pour sentir ce que je soullre...
(Elle fait quelques pas, plaiutive.)
l'amant Ah! vous souffrez!...
l'amante Mais non...
l'amant
Je le savais bien... moi... que vous souffriez...
Laissons... vous me fatiguez... Ramenez-moi au château...
l'amant
Je vous en prie... je vous en supplie!... Ditesmoi vos souffrances... vos chères souffrances... Nesuis-je donc plus votre... votre... oui, n'est-ce pas?... (Plus bas.) votre plus cher ami? Et pas seulement Tami de vos lèvres... de vos yeux... de vos cheveux... de toute votre chair ardente et... secrète...
l'amante
Oh!... cela... Naturellement...
l'amant
Ne suis-je pas aussi l'ami de votre pensée... de voire cœur... de votre âme? (Ardent.) Ne suis-je plus l'âme de votre âme?.. Ah! ce serait horrible !... Je vous en prie...
l'amante
Non... laissez-moi... Ramenez-moi... Cela ne changerait rien que je vous dise... J'ai eu tort de vous montrer ma peine... Il vaut mieux que je sois seule à souffrir.
l'amant Seule à souffrir?... Ahl non, par exemple!...
170 FARCES ET MOIIAI.ITES
Je ne le permettrai pas... Ça, jamais... Yos douleurs, j'en veux ma part... toute ma part...
l'amante
N'insistez pas... Vous me désobligez... Je vous assure que cela vaut mi*iux ainsi...
l'amant, exalté.
J'en veux ma part... loule ma part... que disje?... toute ma part... Je les veux toutes pour moi... vos douleurs... vos ciières douleurs... Toutes, vous entendez?... Seule à souffrir?... Mais c'est monstrueux ce que vous diles là... Ah!... non... mille fois non. (Caressant.) Je veux que vous soyez heureuse?
l'amante
Ah! comment puis-je ôlre heureuse, maintenant... puisque...
L amant
Puisque?...
■ L amante Puisque vous ne m'aimez plus...
l'amant Dieu du ciel!... Je ne vous aime plus, moi?.
l'ajuame Sans doute...
l'amant
Moi?... Pourquoi me dites-vous cela?...
Je vous dis cela, parce que vous ne m'aimez plus.
l'amant
Mais... c'est fou... c'est... c'est... profondément fou... C'est... de la... folie... de la vraie... de la pure... folie... Je ne vous aime plus?... Savezvous bien que c'est un blasphème... que c'est... de la... folie?... (Sur un mouvement «Je lamante.)... Certainement... je maintiens le mot... de la folie... C'est insensé... Mais d'oii peut vous venir... cette... folle... idée que... moi... moi... je ne vous aime plus?...
l'amante Elle me vient de tout.
l'amant
De tout... de tout... Ce n'est pas assez... C'est trop vague... Précisez... Je vous demande de préciser...
l'amante Vous n'êtes plus le môme avec moi...
l'amant Je proleste...
l'amante Je sens que je vous ennuie...
l'amant Je proleste... je proteste...
l'amante Vous vous êtes remis à fumer...
Mais... j'ai toujours fumé, mon cher cœur... Rappelez-vous... N'ai-je pas toujours fumé?
l'amante
Pas comme maintenant... Autrefois... vous n'auriez jamais osé fumer... après...
l'amant PermcLlez... ah!... permeltez...
l'amante Et puis... vous êtes moins soigné...
l'aaiAîJT, slupcflé.
Ça... par exemple...
l'amante
Vous vous laissez aller... Vous vous négligez...
l'amant
Pardon... Pardon...
l'amante
Il y a des détails qui n'échappent pas à une femme délicate... et qui aime...
l'amant
Oh! je ne m'attendais pas à ce reproche... Voilà un reproche vraiment... inattendu... Moins soigné ?... Toutes vos récriminations... 'aurais pu... les... accepter... peut-être... Mais jelle-là?... Moins soigné?... (Amer et vexé.)... Alors, v^ous me trouvez sale?...
Qui vous parle de cela?
174 FAUCES ET MORALITES
Non... mais vous me trouvez dégoûtant?...
Voilà bien... vos exagérations !...
Enfin, qu'y a-t-il de changé en moi?... Je vous avoue que c'est très humiliant... Je suis humilié... humilié au delà de tout... très... très humilié... (Digne.) Pour mon honneur... pour notre amour... j'exige que vous précisiez... je l'exige. .. Car enfin, je suis très humilié...
l'amante Je n'ai pas à préciser...
l'amant C'est plus facile... parbleu!..,
l'amante
Ce sont des choses... des nuances... des riens... qui se devinent plus qu'ils ne s'expliquent...
l'amant Des nuances?... Moi qui ai la prétention... la
réputation justement établie, d'être l'homme des nuances... C'est inconcevable... C'est extrêmement humiliant...
(Un silence.)
l'amante D'ailleurs... vous ne protestez pas...
l'amant
Comment... je ne proteste pas?... Vous êtes tout à fait extraordinaire, ce soir... Mais si... je proteste... je proteste de toutes mes forces...
l'a3iante
Non... Et voilà où je sens que vous ne m'aimez plus... Autrefois... vous auriez bondi...
l'ajiant Mais j'ai bondi... je bondis encore .
l'amante Pas comme autrefois.
l'amant C'est trop fort...
l'amante
Maintenant, tout vous est indifférent... Tenez... cet après-midi... j'ai cru que j'allais mourir.
L AMANT, avec un profund étonnement.
Mourir?
Et vous n'avez rien compris...
l'amant
Mourir... cet après-midi?... Jamais, je ne vous ai vue si gaie... si charmante... si heureuse... si amoureuse... Souvenez-vous... dans le petit salon... voyons dans le petit salon... les rideaux fermés... le divan... mes caresses... ingrate... tes baisers... oublieuse...
l'amante Qu'est-ce que vous dites?
l'amant
Je dis que je vous tenais dans mes bras... Et quand ma main s'égara sous les dentelles. Ah ! que vous étiez belle... consentante et pdmée !... je dis...
L AMANTE, pudique.
Taisez-vous... Vous êtes ignoble!...
l'amant Et vous pensiez mourir?... de bonheur, alors ?
l'amante Oh île fat!...
l'amant
Alors, de quoi pensiez-vous mourir, cet aprèsmidi?
l'amante
Vous le demandez?
Mais oui... je le demande... (Avec énergie.) Je le iemande...
l'amante
Vous le savez bien...
l'ajiant Je vous jure!...
l'amante Ne jurez pas... Ce n'est pas bien de jurer.
nS FARCES ET MORAMTÉS
l'amant
Je vous jure... j'ai beau chercher... j'ai beau me souvenir... Que s'est-il passé cet après-midi?
l'ajiante
Mettons qu'il ne s'est rien passé... A quoi bon vous parler de ça?... Vous ne voyez rien... vous ne sentez rien... J'aurais dû vous cacher les blessures de mon âme... Que vous importe mon âme?
l'a^iant
Voyons... voyons... voyons... Ne nous embrouillons "pas... Il ne s'agissait pas de votre âme... cet après-midi... il s'agissait de,..
l'amante V^oulez-vous bien vous taire?...
l'amant
En vérité, ma chère amie, je ne comprends rien à tout ce que vous dites... Vous êtes étrange, ce soir...
Etrange... c'est cela... Je suis étrange... Ah! il ne vous manque plus maintenant que de m'insulter...
l'amant
Allons, bon... Je ne vous insulte pas... Je dis que vous èles étrange... ce soir...
l'amante
Et vous... qu'êtes-vous donc?... Que vous importe de heurter, toutes les minutes, mes sentiments les plus intimes... mes délicatesses?...
J'ai heurté vos...
Vous m'aimez?... Ah! le beau trait de courage... On dirait vraiment qu'il faut de l'héroïsme pour aimer une femme jeune, riche, belle, reclierchée...
l'amant 11 ne s'agit pas de ça...
l'amante
Et vous vous croyez quitte envers elle, qui vous a tout sacrifié... quand vous lui avez dit... entre deux bouffées de cigare... que vous l'aimiez!
Permettez!... ça n'a pas de rapport.
l'amante
Vous tn'aimez?... Mais vous êtes-vous jamais préoccupé de mon bonheur?
l'amant Certainement...
l'amante
M'avez-vous... ne fut-ce qu'une seconde... donné voire vie toute entière... à moi qui vous ai tout donné... plus que ma vie... ma réputation... mon repos... mon iionneur?... (Sur un mouvement de l'amant.) ... Oui, mon honncur.
l'amant Mais... chère amie...
L amante, lui coupant la parole.
Avez-vous seulement pris soin de m'éviter en galant homme... en homme qui sait ce que c'est que la pudeur d'une femme... et le respect d'un foyer... les froissements inséparables d'une situation telle que la mienne?... Non, jamais... J'ai
flatté votre vanité... votre orgueil... et vous m'avez affichée... Naturellement!
Oh! c'est trop fort)... Voilà bien l'illogisme des femmes...
Vous ne m'avez peut-être pas affichée?... Osez dire que vous ne m'avez pas affichée?
l'amant
Laissez-moi parler... Vous ne me laissez pas parler...
l'amante
Les restaurants... la foire de Neuilly... les loges au théâtre?... Que sais-je?... Et vos amis... que vous ameniez chez moi... que vous mettiez au courant de notre vie secrète?... (Dénégationo de l'amant.) Alors, comment appelez-vous cela?...
l'amant
Soyez juste... Rappelez- vous... Mes amis... les restaurants... le théâtre... mais c'est vous... mon cher cœur... c'est vous qui vouliez... qui exigiez...
l'amante
Moi?
l'amant
Oui... vous... par amour... Oh !... par amour ..
l'amante
Eh bien! c'est complet... Vous n'avez aucun sens moral.
l'amant
Réfléchissez... faites appel à vos souvenirs... Combien de fois, au contraire, n'ai-je pas été obligé de calmer vos audaces...
l'amante Mes audaces?... Le mot est joli...
l'amant, rectifiant.
Vos chères audaces... Combien de fois j'ai tenté d'atténuer vos élans... de vous montrer les dangers de vos généreuses imprudences...
l'amante C'est odieux!...
l'amant
Je ne vous les reproche pas... comprenez-moi bien, chère, chère aimée; au contraire... j'en étais fier... j'en étais ivre... je me disais : « Quelle grande âme!... Quelle grande âme libre!... Elle
m'aime assez pour braver l'opinion... les préjugés... la sottise mondaine... » Vous étiez sublime ainsi...
l'amante
Vraiment?... En vérité, c'est admirable... Votre inconscience passe l'imagination... Alors vous croyez que j'avais l'impérieux besoin de crier à tout le monde : « Voilà mon amant... Regardez bien ce monsieur qui est là. . . c'est mon amant. . . » Comme c'est naturel, n'est-ce pas?... Comme c'est féminin?,.. (Avec colère.) Et c'est ainsi que vous m'estimez?... Pour qui me prenez-vous donc?.., Suis-je donc une fille?
l'amant
Mais qu'est-ce que vous dites?.,. Qu'est-ce que vous dites?... Où allez-vous chercher tout ce que vous dites?
l'amante
Parbleu!... c'est clair... j'étais une fille pour
vous... une de ces misérables créatures, dont vous
ne preniez pas toujours la peine de m'éviter le
contact blessant... Je comprends maintenant...
ah!... je comprends... Que c'est mal... que
C est lâche!.., (Elle se cache la figure dans les mains et
sanglote.) Quelle honte!...
l'amant, éperdu.
Ah! VOUS pleurez encore... Mon Dieu! Mon Dieu!... Je ne sais plus que vous dire... que vous répondre...
l'amante
Ne répondez rien, allez... ce sera plus digne...
l'amant
Je suis bouleversé... abasourdi... Vous dénaturez à plaisir toutes mes paroles... tous mes actes.
l'amante
Ai-je mérité d'être traitée ainsi par vous?... Par vous!... C'est trop cruel...
l'amant
Ecoute-moi... (il la prend dans ses bras et doucement la mène près du banc où il l'a fait asseoir.) Ecoute-moi. ..
ah! je t'en prie... écoute-moi...
(Il risque des caresses.)
l'amante
Non... non... je ne veux pas... plus jamais... Vous ne le méritez plus... c'est odieux...
l'amant
Ne pleure pas... Cela me torlure de t'entendre pleurer...
l'amante
Ah! qu'est-ce que cela vous fait?... Qu'est-ce que cela peut bien vous faire?...
l'amant
Eh bien... oui... j'ai eu des torts envers toi... ma sublime amie... Je ne les connais pas... mais j'en ai eu sûrement... de graves torts... d'immenses torts... Oui, je l'avoue... Mais c'est fini... Je m'en repens, va !... Je t'en demande pardon...
L AMANTE, d'une voix voilée par les larmes.
Il vaut mieux que je meure.
l'amant
Ne parle pas ainsi... Je te le défends... Mourir?... Tu n'en as pas le droit...
l'amante
Si, si. II vaut mieux que je meure. Oh! mainlenant... mon bonheur est brisé... à jamais... vois-tu?... Je ne suis rien pour toi... Un amour
iS6 FARCES ET MORALITÉS
propre... une vanilé... un plaisir, peut-être!.. Mais je ne suis rien pour loi... Mon âme n'est rien pour toi...
l'amant Ton âme?...
l'amante
Oui, mon âme... méchant... ma pauvre âme... Qu'est-elle pour loi ?...
l'amant
Ah! ton âme... Ne blasphème pas... Ton ânv est tout pour moi...
L amante, d'une voix faible et douce;
Rien... rien... plus rien...
l'amant, d'une voix profonde.
Tout... elle est tout... Elle est ma vie... toute ma vie... toute ma joie... elle est tout...
l'amante
Tu ne penses pas assez, mon clu'ri, que je suis une femme...
L amant
Tais-toi... je ne pense qu'à cela. .
l'amante
Une femme... comprends... C'est un enfant quelquefois., un tout petit enfant...
l'amant la berçant.
Un tout petit bébc...
l'amante
Un tout petit bébé capricieux... sensible... et malade....
l'amant
0 bébé... bébé... cher bébé!...
l'amante
Elle a besoin qu'on la berce, qu'on la console... qu'on chante à son âme... des choses douces... et qui caressent...
l'amant
Jeté bercerai,., je te consolerai... je chanterai
des choses à ton âme... Oh oui ! va... des choses...
l'amante Souvent?...
l'amant ;
Toujours... toujours!...
188 FAIICES ET MORALITÉS
l'amante
Et puis... je suis sûre que tu me crois inintelligente?
l'amant
Oh! comment peux-lu?...
l'amante Que tu me crois bête?...
l'amant Toi?....
l'amante
Si, si... lu me crois bêle... Est-ce que tu nip crois bote?...
l'amant
Tiens!... (il l'embrasse longuement.) Chère... chère adorée... Bêle?... Mais tu es mon soleil... mon intelligence... mon tout. . tu es mon tout... mon cher tout... (gaiement.) mon cher petit tout tout...
l'amante Parce que... si tu me croyais bête?
l'amant Tu es ma force... ma chère force... Je ne vis
qu'en toi... que par toi... que pour toi... Sans toi... je ne suis rien... je ne suis rien... rien... Loin de toi... je suis perdu. . je suis comme une pauvre âme en peine... comme un voyageur... la nuit... dans une forôt... comme un chien... égaré dans une foule... comme... comme..
l'amante Dis encore... encore... Cela me fait du bien...
l'ajiakt
Il n'y a pas un jour... pas une minute... pas une seconde... oii tu ne me sois présente... Le jour, la nuit... et le soir... dans mes rêves... dans ma pensée... dans mes travaux... Pas une minute... tu entends... où ton cœur... ton âme...
l'amante Encore... encore!...
l'amant
Ton cœur. ..ton âme... tes yeux... et tes mains... tes chères mains... tes chers yeux...
l'amante C'est bien vrai... cela?... Jure...
1Î;0 FARCES ET MORALITES
Oui, oui... je te le jure!... Tes lèvres... donne tes lèvres...
l'amante, à demi-pâmée.
Oh! chéri... chéri... Plus jamais... dis... plus jamais de peine à ton pelit bébé?...
l'amant, bredouillaat.
Tais-loi... .le te le jure... Plus jamais... Ton âme... ta bouche... ton...
(Silence, baisers.)
RIDEAU