HISTORIEN DE ROUEN
S'il est un nom qui doive être cher aux amis des traditions locales, c'est assurément celui de Farin, le zélé et consciencieux auteur dt Y Histoire de Rouen. Rien de ce qui touche à sa mémoire ne peut nous être indifférent, et les recherches entreprises pour mettre en lumière sa vie modeste et presqu'ignorée sont assurées par avance de la sympathie générale. En effet, si les œuvres de Farin sont entre toutes les mains, il s'en faut de beaucoup que leur laborieux auteur soit aussi connu. Les plus érudits ne pouvaient donner même, avec assurance, le lieu et la date de sa naissance: « On tient, disent-ils, qu'il est né à Rouen, » et jusqu'ici la
preuve était à faire. Nous sommes heureux de venir enfin combler cette lacune et cTorTrir au public quelques détails sur cette vie si digne d'intérêt. Nous n'avons pas la prétention de faire l'histoire proprement dite du Prieur de Notre-Dame-du-Val. Son humble existence ne justifierait peut-être pas une entreprise de ce genre, et sa modestie répugnerait à un piédestal disproportionné. C'est une simple notice que nous avons en vue, laissant volontiers à de plus habiles ou à de plus savants l'honneur de tracer un jour une biographie complète de cet auteur.
Rendons d'abord justice à qui de droit. Si nous pouvons maintenant déterminer d'une manière précise le lieu et la date de la naissance de Farin, c'est grâce à M. Gosselin, dont la bienveillance, tant de fois éprouvée, égale l'érudition toujours sûre et puisée aux sources. C'est lui, cet infatigable chercheur, qui a découvert dans les archives du Parlement, bientôt sans secrets pour lui, cette date fortunée, et qui a daigné, avec un rare désintéressement nous la communiquer.
M. Gosselin s'était seulement trompé d'un an en nous indiquant l'année 1604. M. Nicétas Périaux, dans son Histoire sommaire et chronologique de la ville de Rouen, page 494, répète, d'après la note fournie par M. Gosselin, 1604. Nous avons été à la source et
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nous pouvons restituer, d'après les registres de baptême de la paroisse Saint-Denis, la véritable date.
François Farin est né le 17 mars i6o5,à Rouen, sur la paroisse Saint-Denis, de Pierre Farin et de Anne Doucet, comme le porte l'acte de baptême que nous croyons devoir publier:
« Le xvnc mars i6o5, Pierre Farin et Anne Doucet, sa femme, ont eu un fils nommé François par François Euldes, fils de Monsr de Berengeville, Conseiller en la cour de Parlement, et Jacques Du Buse fiis de Monsr Du Buse, conseiller en la Court, et Daml!c Ysabeau Turgot, fille de Mons"- Turgot conseiller en la Court. »
Pierre Farin, le père de notre historien, avait été employé dans la maison de M. Claude Eudes de Berengeville ', conseiller au Parlement, et il est qualifié dans un acte du tabellionage de serviteur domestique
1 Farin mentionne la sépulture de ce conseiller au chapitre consacré à l'église Saint-Sauveur (Tome 11, p. 3 16), en ces termes :
« Tout proche le tombeau de Messieurs de Brévedent, reposent Claude Eude Ecuyer, sire de Berengeville, Bacquepuis et Vieilmanoir en partie, Conseiller du Roy en sa Cour de Parlement à Rouen et commissaire aux Requestcsdu Palais, lequel mourut le 3o janvier 16 19 et Gilles Eudes Escuyer, sieur des terres susdites et trésorier de France en la généralité de Rouen, qui décéda le 14 décembre 1C45. Porte d'or à un lyon rampant de gueules. »
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en la maison de noble homme, etc., ce qui n'implique pas l'idée de domesticité telle que nous la comprenons aujourd'hui. On donnait cette appellation, selon M. Littré, aux individus attachés à une grande maison, même quand ils étaient gentilshommes et que l'emploi était important. Ce qui prouve que Pierre Farin avait une position supérieure à celle de domestique proprement dit, ou qu'en tout cas, il jouissait au plus haut point de l'estime et de la considération de ses maîtres, c'est qu'il fut choisi par eux pour être le parrain de l'un de leurs fils, comme nous l'apprend un acte de baptême, delà paroisse Saint-Sauveur, du 23 mai 1600. Ce simple fait est le plus bel éloge qu'on puisse faire du père de notre historien et de ses dignes maîtres. S'il était dans une condition inférieure, il a su la relever par son mérite et ses vertus jusqu'à obtenir de la part de son maître ce témoignage de confiance et d'honneur. Toutefois, nous inclinons à croire qu'il se trouvait, dans la maison de Bérengeville, plutôt comme intendant que comme serviteur.
Le frère du conseiller, Nicolas Eudes, chanoine de Rouen et curé de Foville, avait en 1 600 légué 1 20 écus à Pierre Farin, et cette somme servit sans doute à son établissement, car nous le voyons s'unir, Tannée suivante, à Anne Doucet, et se fixer sur la paroisse Saint- Denis.
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C'est de cette union, formée sous de si favorables auspices, que naquit, nous le répétons, le 17 mars i6o5, notre historien. Il eut à son tour pour parrain l'un des fils du conseiller, François-Eudes de Bérengeville, qui lui donna son prénom, et, comme second parrain, selon l'usage du temps, le fils d'un homme des plus considérables, Jacques Du Buse, fils d'un conseiller au Parlement ; pour marraine enfin, Mademoiselle Isabeau Turgot, fille de M. Turgot, conseiller en la cour. Ce brillant parrainage entoura le berceau de François des plus radieuses espérances. Nul doute que son enfance ne fut entourée de soins délicats et pieux, et que sa jeunesse ne répondit à de si heureux commencements, car nous le voyons jugé digne de l'honneur du sacerdoce. Dans quelle école et auprès de quels maîtres puisa-t-il l'instruction solide et étendue dont il donnera dans la suite des preuves irrécusables, nous ne pouvons le dire. On voit dans ses ouvrages, par les allusions ou les citations qu'on y rencontre, que Farin connaissait Homère, Cicéron, Tacite et Sénèque, c'est-à-dire les maîtres de l'antiquité, et l'on trouve dans les réflexions préliminaires qui ouvrent plusieurs de ses chapitres une science sérieuse de l'histoire. Ce qui est certain, c'est qu'il fut formé, non-seulement aux lettres humaines et aux sciences ecclésiastiques par des mains exercées, mais encore au goût et à la con-
naissance de l'art, le plus aimable et le plus élevé, de la musique, qu'il s'exerça à la poésie, et qu'il eut de bonne heure comme érudit une notoriété bien établie.
Nous avons dit que Farin était né sur la paroisse Saint-Denis. Nous en avions le soupçon avant que la découverte de M. Gosselin nous en eût donné l'assurance. Nous avions remarqué, en effet, à l'article consasacré à l'église Saint-Denis dans l'Histoire de Rouen, les paroles suivantes :
« L'an i6i3, comme ou faisoit les fondements de quelques pilliers, on trouva des ossements de jambes et des côtes d'hommes qui estoient de la moitié plus grandes que celles qu'on voit en ce siècle. On lesalloit voir par admiration, et on ne pouvoit dire autre chose sinon que quelque géant avoit esté inhumé en ce lieu.