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J'ÉCRIS CE QUE /AI VU

Or, à ce moment Farin n'avait que huit ans. S'il a vu cette curieuse découverte, c'est que probablement il habitait la paroisse. En tout cas, le souvenir qu'il garda de ce fait prouve qu'il en avait été frappé et qu'il avait déjà, à un âge où d'ordinaire on s'arrête peu aux impressions, l'esprit d'observation qui le guida dans toute sa carrière, et qui est assurément la première condition de la science.

Il commença par être prêtre habitué et organiste de la paroisse Saint-Godard. A Noël i636, il était élu clerc

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matriculier de cette paroisse. Les fonctions de clerc matriculier variaient un peu selon les usages des lieux, mais en général ces prêtres étaient chargés de l'administration du temporel du clergé paroissial, et en étaient constitués les économes.

C'était une mission de confiance, si l'on en juge par le soin qu'on apportait à l'élection du titulaire. A Saint-Godard, Farin faisait en cette qualité, comme les registres nous l'apprennent, les distributions manuelles, tenait mémoire de certaines quêtes, prenait soin des fournitures de la sacristie, de l'entretien du mobilier et des affaires contentieuses du trésor. Saint-Godard, ne l'oublions pas, était alors une des paroisses les plus importantes de la ville, son clergé était nombreux ',sa population riche et ses ressources considérables.

La première fonction remplie par Farin, celle d'organiste, qu'il continua du reste toute sa vie, mérite d'abord notre attention. Il ne nous déplaît pas, nous l'avouons, de voir ce savant qui devait se consumer dans des recherches si laborieuses et doter notre ville de Thistoire la plus complète qu'elle possède, cultiver avec succès cet art profond, dclicat, idéal entre tous de la musique religieuse. Pour qui a lu attentivement les ouvrages de Farin, il ne peut y avoir de doutes sur les qualités de son cœur sensible, fidèle, ouvert aux nobles

* Farin, Histoire de Rouen, Saint-Godard.

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émotions et aux généreux sentiments. Farin, qui comprenait si bien la poésie des souvenirs, et qui s'adonna, comme toutes les natures tendres, au culte des Muses, était bien préparé à aimer et à goûter les grâces de la mélodie, et plus encore selon nous, les larges et religieuses études de l'harmonie, ses lois mystérieuses et ses profondeurs infinies. Nous aimons à le contempler, traduisant sur son orgue les aspirations de son àme, célébrant par ses accents la gloire et les grandeurs de ce Dieu au service duquel il avait voué sa vie, prêtant aux supplications et aux élans sublimes de la liturgie les puissantes ressources de son royal instrument.

Il faut le rappeler, à l'époque où Farin exerçait les fonctions d'organiste, la musique religieuse était, dans notre ville, en pleine prospérité. Jean Titelouze, chanoine et organiste de la cathédrale, illustrait depuis plus de quarante ans de son merveilleux talent, célébré à Tenvi par tous les contemporains, les offices de notre basilique. Il avait fait école. C'est lui qui avait formé tant de virtuoses et d'artistes épris du bel art religieux et qui devaient en perpétuer les pures et austères traditions. Ses élèves, comme André Raison et Nicolas Gigault, devenus des maîtres à leur tour, tenaient les principales orgues de Paris. Il n'est pas défendu de penser que Farin put suivre comme jeune clerc ses

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doctes leçons. Il devait en tout cas profiter des ressources qu'offrait alors notre ville à ceux qui voulaient se former à l'art musical. Tantôt c'étaient les puys de Sainte-Cécile qui réunissaient une telle affluence de musiciens que quatre grands théâtres dressés dans la nef de la métropole suffisaient à peine à les contenir; tantôt c'étaient des auditions d'artistes célèbres qui tenaient à honneur de venir, comme, en 1629, le célèbre Annibal Gantez, toucher notre grand orgue, Tun des pluscomplets delà France. Après Titelouze, notre cathédrale possédait des musiciens comme François de Minorville, Michel et Germain Yart, Jacques Boivin, Jacques Lesueur, François Lalouette, le secrétaire de Lullv, Michel Lamy et plusieurs autres dont M. Fétis n'a dédaigné ni les noms ni les œuvres. On trouverait difficilement une époque où la musique religieuse ait été plus dignement et plus sérieusement étudiée.

C'était le temps où Du Mont éditait chez Robert Ballard ses œuvres magistrales ; où Chambonnière et l'illustre famille des Couperin traitaient en France l'orgue avec le même respect, la même science, les mêmes succès que la grande race des Bach en Allemagne. L'influence des Couperin fut considérable parmi nous et dota la France d'une génération d'organistes et de clavecinistes dont il est superflu de célébrer le mérite. Sans aller aussi loin, les organistes de

Rouen trouvaient, je le répète^ auprès d'eux, des modèles accomplis.

En parlant des œuvres de Titelouze, Fétis s'empresse de reconnaître « qu'il y a beaucoup de talent dans ses pièces d'orgue, et ajoute que son style a de l'analogie avec celui de Froberger, » Froberger, l'élève de Frescobaldi, c'est-à-dire le plus savant organiste de l'Europe au commencement du xvue siècle, le roi de l'orgue avant Sébastien Bach.

Je ne prétends pas assurément que Farin procède de ces maîtres, mais il n'est pas téméraire de penser que leur influence et leurs exemples arrivèrent jusqu'à lui. D'ailleurs, nous avons, sur ce sujet, mieux que des conjectures à proposer, nous trouvons dans les archives de Saint-Godard quelques faits instructifs.

Remarquons d'abord combien, dans son Histoire de Rouen, Farin porte d'attention à tout ce qui touche aux orgues et à la musique religieuse. On est frappé du soin qu'il met à rappeler la date de la construction et de la réparation des orgues de chaque paroisse. Ces détails, sans importance pour la masse des lecteurs, s'expliquent par ses prédilections personnelles.

Je m'en tiens aux seules archives de Saint-Godard.

Elles nous apprennent que l'orgue ayant été ruiné par les Huguenots en i562, on s'occupa, en i632, de l'achat d'un nouvel instrument. Quelques paroissiens

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généreux donnèrent d'abord 1,000 livres, puis on tit une collecte abondante, et le trésor se chargea du surplus. On s'occupa de dresser le plan de l'instrument. Qui chargea-t-on de ce soin? Les registres nous l'apprennent formellement, ce fut le chanoine Titelouze. Avais-je tort de conjecturer que Farin avait été en rapport avec ce célèbre maître qui fut probablement le sien. Titelouze fit lui-même le devis, le dernier qu'il signa, car il mourait l'année suivante. Il devait s'élever à 5,ooo livres, plus 200 livres « de vin ; » on en confia l'exécution à Guillaume Lesselier et à Claude de Villers, facteurs à Rouen.

Tous les détails de cette construction nous ont été conservés. Pierre Hastin, maître charpentier, fit la plate-forme ; Guillaume Le Thuillier, maître menuisier, le buffet ; Etienne Mazeline, maître sculpteur, les sculptures. Commencées en i633, les orgues furent achevées en 1641, et le 9 septembre de cette année reçues solennellement. Elles furent trouvées parfaites, nous disent les registres, sur le rapport du père Isaïe Le Prévost, prêtre, organiste et religieux du couvent des Cordeliers de Rouen, Jacques Lefébure (aliàs Lefèvre), organiste delà cathédrale, Nicolas Roussel, organiste de Saint-Ouen, Pierre Mollet, organiste de Saint- Maclou. Ce fut Farin qui étrenna ce bel instrument, les registres de la paroisse nous l'apprennent. En

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vain réclama-t-il ses gages d'organiste, il lui fut répondu que « pour l'advenir ne sera payé aucun gage au dit Farin comme organiste, attendu qu'il est clerc matriculier. » Deux ans plus tard, il fait venir de la musique pour la fête de Saint-Godard, il paie pour cela 18 livres que le Trésor se refuse à lui rembourser. On était bien sévère pour lui, et les marguilliers de ce temps se montraient peu sensibles aux justes exigences de l'artiste. Il faut croire que la place de clerc matriculier était reconnue bien importante, puisqu'en septembre 1675, lorsqu'il fallut donner un successeur à Farin, l'élu, Thomas Vallée, ne pouvant, disent les registres, le remplacer comme organiste, fut obligé de payer sur ses propres gages le nouvel organiste, Martin Couture, prêtre habitué de la paroisse.

Avec quelle tendresse Farin soignait son instrument, les registres de la paroisse de Saint-Godard nous le révèlent. Il fatigue les administrateurs de ses instances, soit pour augmenter l'instrument d'un jeu de cornet, soit pour obtenir que le facteur Claude de Villers soit chargé d'en repasser en 1 648 tous les tuyaux, et de l'accorder à l'avenir toutes les veilles des fêtes solennelles.

En i663, Farin fut choisi à son tour comme facteur en titre des orgues de Saint-Godard, et reçut pour ses gages 20 livres, c'est-à-dire la somme précédemment attribuée à Claude de Villers.

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Ces humbles faits ont leur intérêt. Ils nous montrent l'historien de Rouen sous un côté aimable et touchant. Il m'est doux, quant à moi, de penser que Farin, langue de ses longues recherches et de ses travaux d'érudition, aimait à se délasser sur son bel instrument , et là, répandant devant Dieu les effusions de son âme éprise de tout ce qui était beau et vrai, songeait à ces jours éternels où la vérité est sans voiles et l'amour sans limites.

Il nous faut descendre en grande hâte, je le sens, de ces hauteurs sur le terrain historique et revenir aux événements qui marquèrent la vie de notre écrivain.

Le 5 juillet 1646, il avait la douleur de perdre son digne père, Pierre Farin, qui mourait dans une vieillesse avancée, et était inhumé à Saint-Godard, gratis, disent les registres, en considération de son fils. Cet homme de bien avait donné deux fils à l'Eglise ; car un autre de ses enfants, Gilles Farin, était prêtre-sacristain de l'église métropolitaine. Il est probable que son vieux père avait voulu finir ses jours auprès du clerc matriculier, dans sa maison hospitalière, où il trouva les soins pieux et dévoués de François, aussi bon fils qu'excellent prêtre. En 1648, il fut question de mettre en ordre les titres de l'église, Farin fut chargé de ce travail, en raison de sa capacité comme archiviste, et de sa charge qui comprenait les affaires contentieuses

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du trésor. D'ailleurs, il avait suivi avec un zèle tout particulier le célèbre procès débattu pendant près de quarante ans entre les curés de Saint-Godard et de Saint-Patrice, à propos du Vieux-Château-Fortifié. On sait que ces deux curés revendiquaient les maisons construites sur l'emplacement du Vieux-Château, comme faisant partie de leurs paroisses, et qu'un arrêt du Parlement de Paris, en date du 3i mars 1643, donna gain de cause à la paroisse Saint-Godard.

Ce procès donna lieu à un ouvrage de Farin, demeuré manuscrit et conservé dans les archives du département, signalé pour la première fois à l'attention de l'Académie par M. de Stabenrath (Séance du 3o juillet 1 841). Ce manuscrit porte pour titre: « Le Château- Fortifié, ou éclaircissements sur le chapitre de la Normandie chrestienne : Description du Vieux-Château de Rouen , établissement de la Cour du Parlement en iceluy, antiquités de l'église de Saint- Godard, et plusieurs autres remarques curieuses. » Il comprend, comme la copie également conservée, trentehuit pages d'une écriture fine et serrée. M. de Stabenrath a prouvé suffisamment l'authenticité de ce manuscrit et l'intérêt qu'il présente aux amis de notre histoire. Il fait remarquer qu'il ne paraît pas avoir été destiné à l'impression, car il règne, dit-il, « dans la rédaction des éclaircissements un laisser-aller qui per-

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met de juger Fauteur tout entier, avec ses passions; il était possède à un haut degré de l'esprit de parti et de corps. » Qui pourrait l'en blâmer en cette circonstance? Il remplissait de bonne foi et avec zèle une mission qui lui avait été confiée et qui lui paraissait, comme elle a paru à ses juges, assurément désintéressés, puisqu'ils habitaient Paris, fondée sur la justice et la vérité. M. de Stabenrath mentionne les dernières lignes du manuscrit, assez curieuses en effet: « Je pense, dit Farin, avoir donné assez d'éclaircissements au chapitre de ma Normandie chrestienne dont il est question, et que mon château est asse\ fortifié pour soutenir les attaques et les assauts des ennemis de la vérité. » Chose étonnante, ce travail que Farin dut commencer aux débuts de sa carrière, puisqu'il réunit les pièces nécessaires au procès de 1643, fut aussi le dernier qui occupa sa pensée. Il achevait son manuscrit du « Chàteau- Fortitié » un an avant sa mort, ainsi que l'indique une note écrite sur le verso de la dernière page. « Pièces curieuses et décisives de l'ancien château.... les quelles pièces, moy P. Farin pbre et cler de la par. de Saint Godard j'ay mises dans le sac du proceds du dit château, pour en donner une parfaite intelligence et poulies mettre au jour, si jamais on remuoit le dit proceds. Fait ce i5 juillet 1674. »

Le manuscrit de 1674 contient quelques pièces inédites que Farin avait rencontrées au cours de ses études, mais dans sa substance, il se retrouve dans la Normandie chrétienne.

Qui sait si le procès de 1643 ne fut pas le point de départ des travaux d'érudition auxquels notre clerc consacrera désormais ses studieux loisirs ?

Le premier ouvrage que fit paraître Farin est la Normandie Chrestienne, publiée à Rouen chez Lovys Du Mesnil, en 1659. Le Chapitre, toujours empressé à encourager les travaux littéraires et historiques, avait accordé, par une délibération du i5 mars 1659, la somme de 200 livres pour aider à l'impression du dit livre qui devait lui être dédié.

C'est en effet « à Très Illustres et Vénérables messieurs les doyen, chanoines et chapitre de l'Eglise de Rouen, » que Farin offrit son ouvrage. « L'Epistre dédicatoire, » et surtout la Préface de ce livre, nous sont une précieuse révélation des sentiments qui guidèrent notre auteur dans ses minutieuses et incessantes recherches, et animèrent toute sa vie d'érudit. Elles nous initient aussi aux soins, aux labeurs, à la méthode même qu'il apporta dans ses travaux. Il fait d'abord dans sa préface cette observation très-judicieuse qui indique un esprit élevé et pénétrant, et que bon nombre d'entre nous ont souvent répétée depuis.

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« On reprocha autrefois aux Grecs, dit-il, qu'ils estaient estrangers en Grèce, d'autant qu'ils sçavoient les histoires estrangères, et qu'ils ignoroient la leur. Je puis dire que les Normands sont estrangers en Normandie ; ils ont la curiosité de sçavoir tout ce qui se fait dans les provinces les plus reculées, et ne peuvent rendre raison de ce qui s'est passé autrefois dans leur pays; ils ne sçavent pas mesme le nombre ny le nom de leurs pères. » Si cette remarque était exacte du temps de Farin, pouvons-nous dire qu'elle soit sans application parmi nous ? A la vérité, un certain réveil s'est produit dans l'opinion à ce sujet, mais il s'en faut que le culte de l'histoire locale ait pénétré dans les masses, que dis-je ? dans les classes lettrées elles-mêmes. Elles ne cessent de montrer une indifférence obstinée pour la science, dont elles devraient être le plus avides, celle de leur propre histoire, de leurs traditions nationales, de la vie, des coutumes, des épreuves, des gloires et des actions de leurs aïeux. Farin comprenait toute la tristesse de cette lacune et s'efforça de la combler. Il était possédé de ce noble tourment de la vérité, passion des âmes élevées, et il la cherchait dans les plus humbles détails. Sa méthode, qu'il nous révèle, est celle des esprits les plus honnêtes, des plus consciencieux historiens. Citons ses belles paroles, elles font son meilleur éloge en même temps qu'elles nous fournissent un

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exemple et un enseignement dont nous sentons tout le prix.

« Si j'ay, dit Farin, une généreuse ambition de chercher la vérité, j'en ai encore une plus grande de la dire ; c'est pourquoi je n'ay pas seulement fouillé dans les archives et les vieux parchemins qu'on avoit ensevelis, mais aussi j'ay feuilleté plusieurs chroniques, chartes et registres irréprochables, et j'ay consulté plusieurs autheurs ridelles et authentiques qui me pouvoient apprendre quelque chose : de sorte que je n'ajouste rien du mien, comme on peut voir à la marge, et mesme j'ay si peu d'inclination à déguiser les choses que je serois fort empesché de feindre pour plaire. »

N'est-ce pas là, le langage du vrai savant, et qui honore tous ceux, petits ou grands, qui ont voué leur vie à la recherche et au culte de la vérité.

Dans son « Epistre » dédicatoire, on trouve à travers l'emphase et les métaphores outrées, encore trop communes à son époque, les mêmes sentiments. «J'ai crû, Messieurs, dit-il, que je rendrois un petit service à la Normandie, si jeluy remettois en mémoire ces grands hommes qui sont si connus dans le Ciel, et si peu connus sur la Terre. Ayant pris les belles vérités de cette histoire dans vos Archives que vous gardez avec tant d'amour et de fidélité, j'aurois tort si je les commettois à une autre protection qu'à la vostre. Ces vieux parche-

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mins qui n'ont jamais veu le Soleil, verront le jour sous vostre nom, et je me promets que vous les conserverez avec le même soin que lorsqu'ils estoient sous la clef, et qu'ils vous auront cette obligation, que des chaînes où ils estoient attachez depuis mille ans, ils passeront dans une pleine liberté par la faveur que vous aurez accordée. »

Ainsi, Farin entend sérieusement l'histoire. Il puise aux sources, travaille sur les manuscrits, compulse les archives; il est un érudit de première main, et ne doit pas être confondu avec ces chroniqueurs naïfs et crédules, amis du merveilleux, qui se contentaient de recueillir des traditions plus ou moins précises, sans se donner la peine de les contrôler.

Est-ce à dire qu'il soit sans défaut, et qu'il possède à proprement parler, le génie de l'histoire? Dieu me garde de l'affirmer. Je ferai plus tard mes réserves. Qu'il me suffise pour le moment de constater que nous avons affaire à un érudit de bon aloi et bien informé. Je n'analyserai pas la Normandie chrestienne. Une telle entreprise serait ici superflue; les érudits connaissent et possèdent tous ce livre.

Les protecteurs de Farin, témoins de son application et de son zèle, et mis sans doute au courant de ses études, avaient voulu les lui faciliter, selon toute apparence, en lui donnant un bénéfice, modeste quant à

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la renommée, mais d'un rapport assez avantageux. Farin, au moment où parut son premier ouvrage, était déjà prieur de Notre-Dame-du-Val.

Ce prieuré de Notre-Dame-du-Val, longtemps contesté entre l'abbaye de Fécamp et les archevêques de Rouen, a exercé les recherches du savant et toujours regretté M. Portier, dans sa Revue rétrospective. Nous fournissons plus loin une preuve incontestable qu'il s'agit du prieuré ou chapelle de Notre-Dame-du-Valde-Veules. M. l'abbé Cochet, dans ses églises de l'arrondissement d'Ywtot, nous a décrit avec un charme particulier, ce modeste bénéfice.

« Au fond du vallon de Veules, dit-il, sur le bord du grand chemin qui conduit à Fontaine-le-Dun, on voit une vieille chapelle dédiée à Notre-Dame de Bon- Secours. Elle porte depuis des siècles les noms de chapelle du Val, de Notre-Dame-du-Val ou du Val-de- Veules. Assise dans une verte prairie, entourée de jeunes ormeaux, elle semble une hôtellerie de l'âme. Elle est annoncéedeloinparunecroixdepierre, plantée en 1790. C'est probablement la dernière que le xvme siècle ait plantée dans nos contrées. Une tradition mystérieuse entoure le berceau de cette chapelle champêtre. On dit qu'elle fut autrefois fondée par un seigneur renversé par la foudre ou égaré en chassant le cerf dans la forêt de Fécamp. L'histoire, plus sévère dans ses origines,

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pense avec raison que ce fut une ancienne maladrerie, fondée vers le xnc siècle pour les lépreux de plusieurs paroisses. »

En effet, M. Renault, dans ses nouvelles recherches sur les Léproseries en Normandie, publiées par la Société des Antiquaires de Normandie en 1869, classe Notre -Dame-Ju-Yal au nombre de ces institutions charitables, et cite même un arrêt du 14 juillet 141 o, qui a trait au droit de présentation à cette chapelle. Une pièce des archives départementales (doyenné de Canville-Veules) la qualifie également de Leprosavia Beatœ Mariœ de Valle. Nous apprenons enfin, par les registres du Parlement, qu'il y avait encore quelques lépreux au prieuré du temps de Farin.

Dans son répertoire archéologique, M. l'abbé Cochet constate que l'édifice actuel garde des parties en tuf et un cintre du xne siècle, ainsi que des ogives du xme, et qu'il a été visité en 171 3, par Mgr d'Aubigné.

Ajoutons, avec M. l'abbé Cochet, «que cette chapelle est encore assez fréquentée par les habitants des campagnes. On y dit la messe tous les vendredis (1854) ; les paroisses voisines y viennent aux processions des Rogations. Le lendemain de la première communion on y amène les enfants, qui viennent faire leur consécration à la sainte Vierge. Toute l'année il y vient des pèlerin.», surtout au mois de mai. A cette époque, il

s'y tient une foire très-fréquentée, connue sous le nom de foire du Val. »

Nous avons découvert, dans le livre des provisions, conservé aux archives du secrétariat de l'archevêché, la date exacte delà nomination de Farin au prieuré du Val. C'est en i65o, le i3 novembre, que fut signée la provision archiépiscopale qui instituait François Farin, titulaire de la chapelle de Notre-Dame-du-Val, à Veules, doyenné de Canville, exemption de Fécamp, vacante par la démission de M. Guillaume Ameline. Farin avait été présenté à l'archevêque, par le seigneur du fief du Bosc Eude de Bérengeville, son parrain. C'est François Ier de Harlay, qui signa la provision de Farin. Nous aimons à penser que ce prélat, bienfaiteur et ami de tous les hommes d'étude, eût récompensé plus dignement notre historien, s'il eût encore vécu au moment où ses ouvrages furent connus du public.

Farin ne fut pas plutôt en possession de son bénéfice, que les religieux de l'abbaye de Fécamp lui cherchèrent querelle, et lui contestèrent même la légitimité de sa nomination. De telles discussions n'étaient pas rares au xvnc siècle et n'avaient rien de personnel. L'abbaye de Fécamp se croyait en droit de présenter à ce bénéfice, et ne voulait pas reconnaître de droit contraire. Farin mit en œuvre toute sa science d'archiviste, et obtint du Parlement un arrêt, en date du 12

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juin iô5q, qui déboutait l'abbaye de Fécamp de ses prétentions, et le confirmait dans sa paisible et légitime possession.

La fabrique de Veules conservait autrefois des lettres de Farin, écrites à ce sujet aux frères de la charité de Saint-Clair, établis dans la chapelle de Notre- Dame-du-Val. Qui croirait que ce prieuré, presqu'inconnu, a été l'objet d'interminables différends. Nous voyons que vingt ans après la mortdeFarin, LouisXIV, par un arrêt du Conseil, en date du 2qdécembre 1695, annexe les biens de la chapelle du Val à l'hôpital de Grainville-la-Teinturière, et qu'enfin, l'abbaye de Fécamp était rentrée en ij38 en possession de cette chapelle, puisque le pouillé de cette année la comprend au nombre des bénéfices appartenant à ladite abbaye. Le revenu de ce bénéfice est estimé en 1738 à 1,400 livres. En tenant compte de la différence des temps, on voit qu'il devait être pour l'humble fortune de Farin une ressource précieuse.

Notre écrivain, après la publication delà Normandie chrestienne en 1659, n'était pas demeuré oisif. Pendant les huit années qui suivirent, il s'était appliqué à de nouvelles recherches, et le sujet s'étant, comme il arrive d'ordinaire, étendu sous ses investigations, il préparait les matériaux d'un ouvrage plus considérable, qui allait devenir l'histoire même de Rouen. Nous

n'avons ici qu'à le laisser parler lui-même. Ses propres confidences au lecteur, dans la préface de son Histoire de Rouen, expriment mieux que nous ne pourrions le faire, la marche de cet important travail.

« Il me semble, dit Farin, qu'avant de commencer cette histoire, je ne sçaurais me dispenser de dire en peu de mots, de quelle manière je me suis engagé à l'entreprendre. La vénération que j'ay toujours eue pour les saints évesques qui ont fondé et gouverné l'église de Rouen, me porta il y a sept ou huit ans, à écrire leur vie sous le nom de la Normandie chrestienne. Cet ouvrage a esté mieux reçeu du public que je n'eusse osé l'espérer, ce que je n'attribue pas à ce que j'y ai mis du mien, mais à la dévotion des peuples envers ces glorieux saints. Comme je ne le pus composer sans m'instruire de plusieurs antiquitez et de points assez remarquables qui regardent la viJle de Rouen, et que même j'y en eus inséré quelques-uns, ce petit essay a depuis fait croire à mes amis que j'y estois fort versé et fort profond, et que si je continuais à m'y appliquer, je pourrais facilement donner l'histoire entière de cette capitale de Normandie ; ils m'en ont sollicité plusieurs fois, et insensiblement je me suis laissé persuader, et ay formé le dessein de tâcher de les satisfaire. Comme il estoit plus convenable a ma profession d'étudier particulièrement les antiquitez ecclésiastiques,

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j'avais commencé par l'histoire des archcvcsques, mais j\iv esté heureusement prévenu par un sçavant et vertueux Bénédictin qui l'a mise au jour, et qui l'a déduite si amplement, qu'on peut assurer qu'il a épuisé cette matière, et qu'il n'a rien laissé à dire aux autres ; ainsi j'ai esté obligé de tourner mes pensées ailleurs, et de traiter les autres parties de l'Histoire de Rouen, que ce religieux n'a point touchées. »

On voit avec quel respect et quelle bienveillance Farin parle ici de Dom Pommcraye. En vrai savant qu'il était malgré sa profonde modestie, Farin savait rendre hommage au mérite et aux travaux de ses confrères. Il ne connaissait pas cette passion des âmes vulgaires, l'envie; au contraire, en toute occasion, il se plaît à rendre justice à qui de droit. On fut loin d'en user ainsi à son égard, et pour ne parler que de son continuateur de 173 1, c'est à peine s'il prononce son nom dans la préface de son édition. Farin, fidèle à ses prois de bienveillance, ne tombe pas en parlant de ses prédécesseurs en érudition, dans cette manie de dénigrement qui caractérise d'ordinaire les compilateurs. Il semble, en effet, à ces tard venus, qu'ils ne peuvent conquérir leur place au soleil sans écarter dédaigneusement ceux qui les ont devancés, et c'est dans ce but qu'ils se donnent le malin plaisir de rechercher nonsculjment les fautes de leurs prédécesseurs, ce qui est

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légitime, mais de les étaler, de les grossir, de les généraliser, et d'en prendre occasion de leur contester, pour quelques taches inséparables des œuvres humaines, leur mérite et leur renommée. Hélas! ce n'est pas là malheureusement un travers chimérique, et tous ceux qui ont écrit en ont plus ou moins souffert.

Farin, nous sommes heureux de le constater, a su l'éviter. Il mentionne avec les éloges que nous venons de reproduire le travail de Dom Pommeraye ; il ne se montre pas sévère pour Taillepied, dont l'œuvre manque complètement de critique et de science. Voici comment il s'exprime sur ce bon Cordelier qui n'eut le malheur que d'écrire avec les défauts de son temps.

a II v a environ quatre-vingts ans qu'un religieux de Saint- François tâcha de l'écrire (cette histoire), et mit au jour ce qu'il en put remarquer, mais comme d'un ccsté il es>t juste de louer sa bonne volonté et son zèle, de l'autre on ne sçauroit nier que son ouvrage ne soit fort imparfait, fort défectueux et nullement proportionné à Téminence d'une ville capitale de province. » La critique existe sans doute, elle était nécessaire, mais convenable et modérée

Notre historien avait, ai-je dit, la modestie du vrai savoir. Sa préface nous en fournit une preuve manifeste. « Le père Taillepied, Cordelier, dit-il, et Monsieur du Chesne ont commencé avant moy ce tableau

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de la ville de Rouen ; j'y adjoute de nouveaux traits et de nouvelles couleurs, mais je ne prétends pas le pouvoir finir, ny luy donner sa dernière perfection, il faut plus de génie et plus d'art que je n'ay pas. Je ne doute point que dans la suite du temps, quelqu'un plus habile, plus laborieux et mieux fourny de mémoires que moy, ne retouche encor ce que j'ay fait, et ne traite selon toute leur étendue quantité de choses dont je ne parle qu'en abrégé. Bien loin d'appréhender cela, je le souhaite, et je ne serais point fâché que son ouvrage fust si ample et si beau qu'il obscurcist le mien. » Et ce n'était pas dans la bouche de Farin une vaine déclaration ou une simple précaution oratoire. Il pense ce qu'il dit ; on le sent à son accent. Il y a dans la parole d'un homme comme dans son visage un air, une expression, une physionomie qui ne trompent pas. Aussi nous croyons Farin quand il ajoute : « Je n'escris point pour acquérir de l'honneur, outre que je ne suis point capable de rien faire qui soit digne de l'estime des hommes, je croirois ne point agir en chrestien ny encore moins en Prestre, si je me proposois cette fin... Comme donc ce n'est pas cette vaine réputation qui est mon object, mais que c'est pour la gloire de Dieu et l'utilité du prochain, que j'ay entrepris cette histoire, si je me suis trompé en quelque chose, j'honorerai Dieu qui est la vérité première, et j'empècheray, autant qu'il sera

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en moy, que le prochain ne soit mépris, par la docilité que j'apporteroy à corriger mon erreur si on a la charité de me la faire connoître. »

Tels sont les sentiments qui animèrent Farin dans son œuvre capitale, Y Histoire de laville de Rouen. Cette œuvre lui coûta d'incessants labeurs.

Quand on pense aux matériaux immenses qu'il a dû recueillir avant de les mettre en œuvre, aux recherches, aux démarches, aux investigations auxquelles il a dû se livrer pour réunir et contrôler de si nombreux documents, on a peine à comprendre comment neuf années lui ont suffi pour mener à bonne fin ce vaste travail. Il en paraît lui-même comme étonné. Il nous dit en terminant son livre qu'il le regardait « au commencement comme un grand labyrinthe d'où il n'espérait jamais sortir. » Aussi, après avoir écrit sa dernière ligne, éprouve-t-il le besoin de rendre grâces au ciel, et laisse-t-il échapper cette exclamation partie du cœur : Lans Deo ! Il avait alors soixante-quatre ans. On ne peut se défendre d'une sympathique admiration en voyant ce vieillard consacrer, au milieu des occupations multipliées de son obscur et laborieux ministère, les restes de son ardeur à élever un monument à l'honneur de sa ville où il tenait lui-même si peu de place. Les personnages investis alors des dignités de l'Eglise et de la Cité ne se souciaient guères assuré-

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ment de lhumble clerc matriculier. Peut-être en le voyant traverser à pas pressés les rues de la ville, les bras chargés de manuscrits, souriaient-ils de la manie de ce bonhomme, et cependant la postérité a laissé dans le plus profond oubli les noms de ces puissants d'un jour, et le nom de Farin vivra dans notre pays tant qu'il y aura des cœurs amis des traditions et des gloires nationales.

L'Histoire de la ville de Rouen parut à Rouen, en trois parties ou volumes, chez Jacques Hérault fdans la cour du Palais) en 1668. C'était à proprement parler le premier ouvrage de ce genre en Normandie, aussi dut-il faire sensation. Les éditions successives qui en furent données prouvent qu'il eut du succès, et qu'il fut vite épuisé. Il venait d'ailleurs à un bon moment. Rouen était plus prospère que jamais. Farin nous l'apprend dansson épîtredédicatoire : « Jamais nostre ville ne fut danr un estât plus florissant, jamais elle ne fut plus remplie de peuples, plus superbe dans les bàtimens, plus réglée dans sa police, » Le goût des arts, des lettres et des sciences régnait dans toutes les classes de la société. Pendant que le Chapitre comptait des érudits tels que Dadré, Nagerel, d'Eudemare, Behotte, Ridel, Mallet, Lebrun, Pierre Acarie, Barthélémy Halle, Jean Lcprevost, des poètes comme François Métel de Boisrobcrt ; les abbaves des savants comme

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Dom Pommeraye ; des rangs du clergé inférieur sortaient des hommes comme Hercule Grisel et François Farin. Ai-je besoin de rappeler que c'était l'heure où le grand Corneille remplissait la France et le monde de ses accents immortels. Les femmes elles-mêmes, et des femmes telles que Jacqueline Pascal, prenaient part au mouvement littéraire dont notre cité était le théâtre. Si mon sujet me le permettait, il y aurait un tableau brillant à tracer de cet épanouissement merveilleux du génie normand au xvne siècle, et dût notre modeste historien n'y figurer que dans un rang secondaire, il y aurait du moins sa place.

Farin n'a pas seulement, selon moi, le mérite, et il n'est pas à dédaigner, d'avoir le premier écrit YHistoire de Rouen en des proportions qui n'ont jamais été dépassées depuis, mais il me paraît avoir bien compris la vraie mission de l'historien local. Il recueille tous les documents, interroge les monuments, contrôle les traditions, ne néglige aucune source d'informations. Chartes, archives, inscriptions, tombeaux, il comprend tout dans ses investigations, autant sans doute que le comportait la science historique de son temps, encore à son enfance. Aussi quelle distance entre Taillepied et lui ! Il a de plus, le sens de l'histoire populaire, celle qui ne consiste pas tant dans le récit des faits et gestes des rois, des guerriers, des diplomates, que dans l'his-

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toirc des institutions, des mœurs, des coutumes, des événements les plus modestes de la vie locale. Il l'entend bien ainsi dans son Epistre aux maire et eschevins de la ville de Rouen. « Si on s'arreste à voir les plans des villes, dit-il, tracés par la main du graveur ou du peintre , il me semble qu'on doit avoir beaucoup plus de curiosité pour les discours qui nous en dépeignent l'origine et les antiquitez, l'accroissement et le progrès, les divers événements, les usages et les coutumes particulières, la fondation et la forme des lieux sacrez, le négoce et les employs des habitans, et la police qui s'y observe à l'égard du gouvernement ecclésiastique et civil.... » Que si il n'a pas rempli complètement toutes les parties de son programme, il faut en accuser bien plus l'état de la science historique de son temps que lui-même. Assurément, il n'a pas tout dit sur l'Histoire de Rouen, il a laissé bien des lacunes et commis des inexactitudes, mais on peut affirmer, sans crainte d'être contredit par aucun esprit sérieux, qu'il a fait plus et mieux que ses contemporains en érudition nationale.

Je n'entrerai pas dans l'examen de l'Histoire de la ville de Rouen. Ce vaste travail qui demeure, malgré ses imperfections, le répertoire le plus complet, le plus méthodique, le plus judicieux de nos antiquités et de

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nos traditions locales. Tous les écrivains de notre province sont unanimes à reconnaître le mérite et l'utilité de cette œuvre magistrale.

M. l'abbé Cochet passant en revue les chroniqueurs normands écrivait en 1 85 1 avec autant de vérité que de verve : « Voyez toutes nos villes de Normandie aux deux derniers siècles, partout vous trouvez des prêtres et des religieux, écrivant une histoire que l'imprimeur aurait dû faire connaître ; mais à qui il ne manque qu'un peu d'or pour briller dans le monde.

Si le père Lelong pouvait parler du fond de la tombe, il nous dirait combien de manuscrits, de chroniques, d'annales, d'antiquités, de mémoires venant du clergé lui ont passé par les mains. Sa grande bibliothèque historique, le plus riche des répertoires français, n'est qu'un catalogue de prêtres et de moines. C'est un vaste champ dont chaque sillon a été tracé par une main cléricale.

Prenons pour exemple le diocèse de Rouen. Mettons de côté Dom Coquelin au Tréport, Dom Bodin à Neufchâtel, l'abbé Miette à Caudebec, et ne parlons que de notre métropole.

Rouen a eu ses chroniqueurs dans tous les temps, mais ils ont brillé surtout à l'apparition de l'imprimerie. Eh bien ! voyez alors, c'est le cordelier Taillepied, l'archidiacre Nagerel, le frère Ignace, et surtout le

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prieur Farin qui a attaché son nom à toutes les institutions, à tous les monuments, à toutes les pierres de sa ville natale. Son livre est un vrai panthéon rouennais, où il faut toujours puiser et qu'il faut citer toujours.

C'est la Genèse de tout ce qui n'a pas dhistoire particulière, et après une révolution dont le torrent a emporté l'ancien monde, le vieux Rouen n'existe plus que dans Farin »

M. Frère a dit de son côté que l'histoire de Farin est « une publication hors ligne, et qui n'a pas encore été remplacée ', »

Le Père Lelong, dans sa bibliothèque historique de la France cite quatre fois l'œuvre de Farin, qu'il range ainsi au nombre des plus sérieuses et des plus recommandables.

Notre cadre biographique ne comportant pas l'analvse de {'Histoire de Rouen, si connue d'ailleurs et si justement appréciée par tous les érudits, nous ne nous permettrons que la critique littéraire de l'œuvre de notre historien.

Nous ne faisons nulle difficulté de l'avouer. Farin a peu de style, ou du moins un style peu châtié. Ses narrations et descriptions sentent l'abus des métaphores, la pompe déclamatoire en usage encore dans la pre-

» Introduction aux éloges de la ville de Rouen, page x.

mière moitié du xvue siècle. La Normandie Chrestienne fourmille de naïvetés, de comparaisons forcées, d'images de mauvais goût. Ne lui demandez pas de vues d'ensemble, de jugements critiques, d'aperçus philosophiques. C'est un annaliste plutôt qu'un historien, un érudit plutôt qu'un savant. L'Histoire de la ville de Rouen, qui marque un progrès réel dans sa manière d'écrire, est plus sobre, mieux conduite que son premier ouvrage, mais elle est à proprement parler sans mérite littéraire. Exceptons toutefois la Préface, qui décèle une plume plus maîtresse d'elle-même et plus exercée. Evidemment Farin n'est pas un littérateur. Il n'a en vue que de secouer de l'oubli les traditions et les documents qui lui paraissent intéresser la cité. Toutefois, on sent de temps à autre percer l'émotion de son âme. Il se complaît dans certaines descriptions, il trouve devant des souvenirs augustes et chéris l'éloquence du cœur. Il avait la passion de la patrie, de sa grandeur, de ses monuments, de son glorieux passé, et par moments, cette passion donne des flammes à sa parole.

Par un instinct supérieur au goût et aux procédés ordinaires de son temps, il aimait « les vieilles chartes » qu'il appelle « les plus fidèles témoins des choses passées. » Il avait des idées larges et généreuses. Il félicite le maire et les échevins de la ville de Rouen d'être ap-

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pelés à leur charge « par le choix et le commun suffrage des peuples, et l'on scait, ajoute-t-il, pour l'ordinaire que ce choix est judicieux et qu'il s'adresse au plus digne, optimum quemque electio invertit iTacite). » Il parle de la justice en penseur et en chrétien. « La justice, dit-il, a pris sa naissance avec le monde, et a toujours esté nécessaire pour terminer les différends qui naissent entre les hommes. C'est un rayon de la toute puissance de Dieu : c'est le bras droit des monarques, la seureté des provinces, et pour dire en un mot, c'est un beau feu qui éclaire, qui entretient la paix et qui réduit toutes sortes de personnes à leur devoir. » Il comprenait le devoir sous sa forme même la plus austère. Dans sa Normandie chrestienne, il félicite saint Ouen de ce qu'il a n'estoit pas de ces sages condescendants qui s'accomodent à l'humeur des princes pour entrer en possession des plus riches bénéfkesdu royaume. Il n'estoit pas de ces esprits rafinés qui trouvent des raisons pour colorer leurs vues, et qui font dire à la théologie tout ce que leur dicte l'intérêt et la fortune. » Il lui met dans la bouche des maximes de la plus haute sagesse que n'auraient pas désavouées les orateurs les plus apostoliques et les plus courageux de son temps.

11 dit en plein dix-septième siècle « que les monarques doivent estre des objets d'amour plutôt que de

crainte, puisqu'ils sont les images de Dieu : que les richesses estoient les biens des particuliers, mais que l'honneur estoit le trésor des Roys ; qu'ils dévoient avoir de la tendresse pour leurs subjets, et mesme qu'ils estoient obligés de quitter leur félicité pour entrer quelquefois dans leurs misères ; enfin que Dieu n'avait point acception des personnes ; qu'il avait chargé le roi d'un diadème, mais que c'estoit afin qu'il fut le plus homme de bien de son Royaume, et que cet appareil de grandeur qui l'environnait n'estoit qu'un faux éclat, que tromperie et que vanité. »

Quand Farin parle « du bien public, des pauvres, de la charité, » c'est toujours avec l'émotion d'un cœur généreux. La Normandie chrestienne est remplie, à ces différents points de vue, de passages très-signilicatifs. Il s'y mêle quelquefois des allusions transparentes aux événements présents. Il est impossible de ne pas voir un reflet des émotions populaires qu'avaient excitées à Rouen les édits fiscaux de 1639 et l'expédition du maréchal de Gassion dans l'exclamation suivante : « Heureux siècle où l'on ne voyoit point de vexations, point d'imposts, point de violences; heureux monarque qui n'avoit point à ses côtés ces harpies et ces griffons abominables qui ont inventé des mots nouveaux pour colorer leurs rapines effrovables. » Mais, s'il lui échappe quelquefois des plaintes et des ressouvenirs amers, il

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s'attache de préférence à louer ce qui est bien, et à donner à son langage des formes et une onction évangéliques. Aucun de ceux qui ont lu attentivement ses ouvrages ne me démentira ; les sentiments qui y dominent, ce sont la bonté, l'amour de la justice, le souci du bien public, la reconnaissance envers les services rendus, le culte du pays.

Ce digne prêtre enfin aimait pardessus tout l'église. Tout ce qui la touche le trouve ardent, plein de zèle et de dévouement. C'est elle qui le préoccupe avant tout, ce sont ses intérêts, son histoire, ses joies et ses douleurs qui lui inspirent ses accents les plus vifs et les plus chaleureux. On voit qu'il la chérit comme un fils, du plus profond de ses entrailles.

Quoiqu'il en soit et malgré toutes ses taches, l'œuvre de Farin est devenue populaire, et jusqu'à ce que, selon son touchant désir, « quelqu'un plus habile et mieux fourny de mémoires ne retouche ce » qu'il a fait, a ne traite selon toute leur étendue quantité de choses dont » il « ne parle qu'en abrégé » et qui « en un ouvrage plus ample et plus beau n'obscurcisse » le sien, son histoire demeurera l'histoire classique de la ville de Rouen.

Les travaux d'érudition n'absorbaient pas notre clerc matriculier au point de lui faire négliger les devoirs de sa charge. Les registres des comptes de la fabrique

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de Saint-Godard, dépouillés par feu M. l'abbé Lanchon, de pieuse mémoire, et dont nous avons eu les notes sous les yeux, sont remplis de mentions qui le concernent.

Toutes les fois qu'il s'agissait de procès ou d'affaires contentieuses, on recourait à ses connaissances d'archiviste ; toutes les fois aussi qu'on entreprenait des travaux d'art, on demandait son avis, on envoyait même l'affaire à son rapport. C'est ainsi, entr'autres faits, qu'en 1664, il fit un rapport au Conseil pour demander le remplacement de Besoche par Le Vieil pour l'entretien des vitraux de l'église. Ni Besoche ni Le Vieil ne sont pour nous des inconnus. Jean Besoche était maître verrier de Saint-Maclou, ainsi que Guillaume-le- Vieil l'ancien, et Hyacinthe Langlois a conservé leur souvenir dans son bel ouvrage sur la peinture sur verre. On ne pouvait confier à de meilleures mains le soin des trésors de peinture sur verre dont se glorifie à juste titre l'église Saint-Godard. L'un des descendants de Guillaume-le-Vieil, Guillaume-le-Vieil le jeune a loué dans son docte traité les vitres merveilleuses de Saint- Godard, a On admire particulièrement, dit-il, la vivacité des vitres de Saint- André, et encore plus de celles de Saint-Godard. La beauté éclatante du verre employé à celles-ci a donné lieu dans Rouen, à l'aspect d'un vin rouge velouté, dédire ce proverbe : Il est de la couleur des vitres de Saint-Godard.

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Les peintures de deux vitraux de cette église, dont un au-dessus de la chapelle de la Sainte-Vierge, connu communément sous la dénomination de l'arbre de Jessé, sur lequel sont peints les rois de Juda, dont elle est descendue et dont Jessé est la tige, et l'autre, au dessus de la chapelle de Saint-Nicolas, représentant la vie de saint Romain, sont regardées comme les plus belles qui soient en France; les connaisseurs croient y reconnaître le crayon de Raphaël ou plutôt celui de Lucas Penny (Il Fattore), son élève, qui fournit en grande partie les cartons de celles de la Sainte-Chapelle de Vincennes. »

Farin comprenait la valeur de ce trésor artistique, et il a fait preuve de tact et de goût en désignant Le Vieil l'ancien au choix des maryuilliers.

Il semble que Guillaume-le- Vieil (le jeune) se soit souvenu de ce goût de Farin et ait voulu lui rendre hommage dans son livre lorsqu'il dit :

<i Ce qui m'a surpris, c'est que l'auteur de l'histoire de cette ville célèbre, qui, par une continuité de ce goût (il fait allusion au goût des Rouennais pour les verrières qu'il vient de célébrer), est entré dans des détails assez étendus sur la beauté des vitres peintes de ces églises, paraisse avoir négligé autant ses recherches sur les noms de ceux qui les ont peintes, qu'il a apporté d'application à nous transmettre ceux des particuliers qui les ont fait peindre. »

Ce léger reproche est fondé. Quant à l'application de Farin à recueillir les noms des bienfaiteurs des églises, elle est évidente et tient au système qu'il avait adopté. Il s'en ouvre dans la préface de son Histoire de Rouen. Ce passage est curieux à plus d'un titre :

« Je demande encore cette grâce, dit-il, que si dans le dénombrement que je fais des sépultures, des épitaphes et des fondations, je fais aucunes fois mention de personnes de familles assez médiocres, et qui n'ont éclaté dans le monde ni par leur noblesse ni par les grands employs, on ne s'en choque pas aussitost comme si j'avilissois la dignité de l'histoire ; je le fais par raison et même par quelque sorte de justice, encore que ceux qui consacrent leur bien à Dieu et qui le mettent dans le trésor du Ciel par des fondations et des aumônes, ne le fassent pas ou du moins ne le doivent pas faire afin qu'on parle d'eux après leur mort, car cette intention ne seroit pas bonne, et ruineroit le mérite de leurs bonnes œuvres, il est toutes fois juste de conserver leur souvenir et de leur déférer un honneur qui leur est dû d'autant plus légitimement qu'ils Pont moins prétendu. Si donc des personnes de condition commune et ordinaire se sont montrez libérales et même magnifiques envers les hôpitaux et les églises de Rouen, et ont en cela surpassé les grands seigneurs

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qui bien loin d'enrichir les lieux sacrez souvent les dépouillent, se servent de tout leur crédit pour en posséder les revenus, et au lieu de les employer en des œuvres de piété selon l'intention des fondateurs sur laquelle Dieu les jugera, en abusent honteusement pour en accroistre et entretenir leur faste et leur luxe, j"av rendu justice à ces premiers en tachant de conserver leur mémoire, et en tirant de l'obscurité de l'oubly des actions de vertu qui peuvent édifier la postérité. » Ou je me trompe fort, ou il y a là une critique trop justifiée de certains abus du xvne siècle qui ont dû frapper une âme droite comme celle de notre historien. Ces belles et antiques abbayes, ces riches bénéfices, dont la haute noblesse convoitait les revenus, souffaient plus qu'on ne peut imaginer de l'état d'abandon où les laissaient leurs titulaires, plus occupés de les pressurer « pour entretenir leur faste et leur luxe » que d'entrer dans l'esprit de leurs pieux fondateurs en travaillant à leur prospérité ou en employant leurs revenus à des œuvres de charité. Farin avait raison, et il faut voir dans ses reproches le cri d'un cœur vraiment sacerdotal, plutôt qu'une récrimination de caste ou de parti.

Notre clerc matriculier aimait les arts, il en goûtait les charmes et les splendeurs. Comme il pratiquait la musique, il voulut cultiver aussi ses sœurs les Muses.

Il est peu d'âmes bien douées qui riaient été, à certains moments de la vie, possédées du noble et doux tourment delà poésie. Qui n'a senti le besoin de chanter, ne fût-ce qu'un jour ? Qui nJa tenté de parler le langage supérieur des vers? Que ceux qui sont sur ce point sans péché jettent à Farin la première pierre, car lui aussi, lerudit, l'historien, a sacrifié aux Muses. 11 nous a laissé dans la Normandie chrestienne des stances de sa façon. Quand on pense qu^l imprimait ces essais dans la patrie du grand Corneille, et presqu'au moment où ce génie donnait au monde le Cid, on le trouvera bien téméraire ou bien naïf. Encore une fois, qu'on lui pardonne. Il s'exerçait d'ailleurs à paraphraser quelques cantiques sacrés, et ne sortait pas de l'enceinte du temple. Ses vers, ai-jc besoin de le dire, sont à peine dignes de la critique. Ce n'est pas qu'il ne rencontre quelquefois des images heureuses et des accents émus. Témoin cette traduction de l'épitaphe de Maurille :

Semez peuples de Rouen une moisson de fleurs Mais plutôt arrosez le tombeau de vos pleurs, On pleure justement quand on pleure son père. Mais Maurille est vivant, donc ne le pleurez pas. Puisqu'il naît dans le Ciel tout rempli de lumière Célébrez sa naissance au lieu de son trcpas.

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Ou encore, cette invocation à Dieu en faveur de Rollon, premier duc de Normandie.

O grand Dieu, portez-le dans le chœur de vos anges, Honorez ses travaux d'un bienheureux séjour. Afin que pour jamais il chante vos louanges Enivré des douceurs de votre saint amour.

Mais à côté de ces vers et de quelques autres qui peuvent soutenir la lecture, ses essais poétiques sont informes et au-dessous du médiocre. Sa pièce la plus longue est une sorte d'hymne au Saint-Sacrement. On y retrouve la manie des subtilités métaphysiques qui avaient cours dans les sermons du xvie siècle et aussi au commencement du xvne. Que d'exemples n'en pourrait-on pas citer dans les orateurs sacrés contemporains de Farin ? Notre clerc veut établir en vers « les Merveilles du Saint-Sacrement, rapportées aux dix ordres de la nature, appelez catégories, savoir : la substance, la quantité, la qualité, le rapport, l'action, la passion, le lieu, le temps, la situation, l'avoir. » C'était à faire envie au bon évêque de Belley, Camus, qui lui, du moins, s'exprimait en prose. Je vous laisse à penser comment la poétique de Farin put suffire à pareille tâche.

Mais c'est trop nous arrêter à cette partie si minime de son œuvre. Nous n'en avons parlé que pour montrer

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tous les côtés de cette âme si pieuse au demeurant, et si digne de sympathie.

C'était en effet un bon prêtre que Farin. Content de ses fonctions de clerc matriculier et d'organiste, il y était fort appliqué. On peut suivre presque jour par jour, dans les divers registres de la fabrique de Saint- Godard, l'emploi de son temps. Il administrait les sacrements, faisait les inhumations dans les dernières années, avec autant d'assiduité qu'aux premiers jours, et ses mains affaiblies par l'âge retrouvaient encore leur vigueur pour chanter sur son orgue les louanges de Dieu. Il ne paraît pas avoir été infecté en rien par les erreurs du Jansénisme, alors en crédit auprès de quelques membres de notre clergé. Ses livres, la Normandie chrestienne surtout, respirent la plus tendre dévotion au Saint-Sacrement de l'autel, à la Sainte Vierge et aux saints patrons. Nous n'avons trouvé dans ses écrits aucune proposition équivoque, et nous sommes en droit de conclure à sa parfaite orthodoxie.

Les années s'accumulaient ainsi sur sa tête, lorsque 1 eut la douleur de voir mourir en avril 1674, son frère, Gilles Farin, le sacriste de la cathédrale. Ce coup dut lui être très-sensible. Il recueillit la modique succession de son frère, inventoriée dans les archives du chapitre. Gilles possédait une mandole, ce qui donnerait à penser qu'il cultivait comme François la mu-

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sique. L'heure du repos allait sonner aussi pour notre clerc matriculicr; et nous mettons fin à ce travail par ce mot qui est le dernier de toute vie ici-bas. Farin, après être parvenu à une vieillesse assez avancée, mourut le dimanche 8 septembre 1675, fête de la Nativité de la Sainte Vierge, vers quatre heures du matin. Ce fidèle serviteur de Marie put célébrer dans les Cieux cette douce solennité, dont il avait salué l'aurore sur la terre. Il fut inhumé solennellement le lendemain g septembre, par le clergé de Saint-Godard, qui accompagna son corps au cimetière de la paroisse, où il repose, en attendant la résurrection bienheureuse, confondu avec la foule des morts, sans qu'aucun monument paraisse avoir conservé son souvenir. Farin était âgé de soixante-dix ans : il les avait, on peut le dire, laborieusement et dignement employés au service de Dieu, des âmes, de la science et de la patrie. Modeste et humble dans sa vie, il ne reçut après sa mort aucune glorification. Nous avons cherché en vain parmi ses contemporains un mot d'éloge sur son œuvre, sur ses travaux, sur sa personne. Assurément, ce prêtre zélé, ce savant conscientieux n'a pas reçu ici-bas sa récompense. Celle que lui a réservée sans doute le divin Maître n'en aura été que plus magnifique.

La ville de Rouen s'est souvenue tardivement de son historien, en donnant il y a quelques années son nom

à Tune de ses plus modestes rues. Ce chétif hommage ne peut être qu'un commencement de réparation et de justice.

Que du moins sa mémoire demeure toujours en honneur parmi nous ! Que son œuvre trouve un jour un nouvel éditeur qui en corrige les imperfections, en comble les lacunes, en achève le dessein, et en fasse d'une manière définitive la digne et complète histoire de la ville de Rouen !

Rouen. — Imp. E Cagniard

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