SUAS
Mais non...
CARLOS
Ils sont heureux, ta bien paisiblement , Comme un couple amoureux qui s’ennuie.
JUAN
Ah ! vraiment,
Dans notre vieux manoir quelle est calme , la vie 1 Du chemin coutumier pas un jour ne dévie;
Dona Syma , ma soeur, passe son temps, je crois, Eu tristesse , en prière, en pleurs aussi parfois... CARLO*.
Comment diable...
JUAN
On dirait qu'un poison la dévore, Depuis cet incendie où ce brigand de Maure La saisit dans ses bras avec un rire affreux ,
Et puis l'abandonna mourante hors de ces lieux. CARLOS.
Ce Farruck?
Il n’osa consommer sa vengeance ;
Son crime, il l'expia, dit-on , sur la potence. CARLOS.
Mais où périt ce monstre ?
JUAN
On ne le sait encor.
J'ai vu ma sœur pâlir au doute de sa mort.
CARLOS
J’appris très vaguement, Lopez, cette aventure. Conte- la-moi.
JUAN
L’histoire est triste, je vous jure.
Trois jours avant l’hymen... lorsque tu partis, toi, Alphonse était absent pour affaires, et moi ,
Sans doute, je dormais... Pour ma soeur amoureuse, Elle veillait... Soudain une lueur affreuse Parait aux quatre coins du léger bâtiment.
Qui de ma sœur, alors, formait l’appartement;
Le vent semble servir la flamme qui dévore...
Sur le toit qui croulait on vit surgir le Maure,
Et ma sœur disparut... Ce fut deux jours après Qu’on nous la ramena mourante en ce palais... CARLOS.
Que fît Alphonse ?
JUAN
Ah! lui, dans sa fureur soudaine, Il eût tout immolé... mais sa fureur fut vaine.
Il fut sombre, un affreux soupçon le dévora...
Un serment de ma sœur bientôt le rassura.
CARLOS
Dona, depuis ce temps...?
JUAN
Oui , sa santé s'altère.
CARLOS
De ce chagrin profond quel est donc le mystère? SCAN.
Don Alphonse est pour elle affectueux époux : Dehors toujours chasseur, chez lui toujours jaloux, Poussant, au moindre mot, les choses à IVxtrême... Pour moi , je suis resté fidèle à mon système :
Sans peine, et quoi qu’en dise une sourde rumeur, Peu jaloux de l'hymen , amoureux et dormeur.
Me marier? jamais ! Si cela devait être.
Si l’on m’y forçait , moi , je resterais mon maître , Et je ferais toujours, heureux ou malheureux ,
Dans les bras de l’hymen des rêves amoureux !
CARLOS
Dis-leur mon arrivée. Au revoir, je le quitte;
Je reviendrai ce soir leur faire ma visite.
Sans adieu... mais ta sœur parait de ce côté,
Je vous laisse...
JUAN , regardant venir sa serar.
A ce soir... Toujours l’air attristé ; Afin de l'alléger, arrachons-lui sa peine;
D'être consolateur, oui, je me sens en veine.