‹ Farruck le MaureChapitre 11 sur 33 · LES MÊMES , ISABELLE , BÉATRIX · texte numérisé non relu

LES MÊMES , ISABELLE , BÉATRIX

ISABELLE

Bonjour, mes bons amis... nous rentrons sans Alphonse.

JUAN

Il chasse dans le bois, ma sœur, je vous l'annonce , Et poursuit un gibier non sans quelque douceur, Mais qu'il n'atteindra pas,

ISABELLE

Alphonse est bon chasseur.

JUAN , à part.

Elle me fait trembler.

ISABELLE

Francisco , vos affaires ?

Votre frère est entré chez nos révérends pères ?

FRANCISCO

Oui , Sénora.

ISABELLE

Tant mieux... et vous , pauvre Félix , Votre mère va mieux , m'a conté Béatrix.

FÉLIX

Grâce à vous, Sénora.

ISABELLE , à Farruck gui semble Véç'iter.

Pourquoi Farruck le Maure , S'éloigne-t-il de moi ? Venez.,., plus près encore.

MIGUEL

Est-il heureux Farruck connaît-il son bonheur î

ISABELLE , à Farruck.

V^oulez-vous me servir ?

C'est pour moi trop d'honneur.

ISABELLE

Vous semblcz malheureux ?

FARRUCK.

jN'on , je suis misérabît

JUAV.

On dirait qu'un remords le poursuit et l'accable.

FARRUCK. , regardant Juan.

Je ne dis mes péchés qu'à Dieu seul qui m'absout.

ISABELLE, à part.

Quel homme singulier ! {Haut,) Que voudriez-vous ?

FARRUCK ,

Tout I

Mais ne deniande rien.

ISABELLE

Mais cncor.

FARRUCK , à part.

Quel manège

Pour séduire un esclave I oh î je connais le piège.

ISABELLE

Pourquoi repoussez- vous mes bienfaits,, mes présens = Ils pourraient adoucir. Farruck , des maux cuisans.

Qui peut s'en souvenir, lorsque je les oublie I

ISABELLE

Vous avez , m'a— t-on dit , une enfant fort jolie ? Son âge ?

FARRUCK .

Quatorze ans.

• ISABELLE

Le vôtre ?

FARRUCK.

Trente-trois.

JUAX.

Il ne perd pas de temps en paroles, je vois.

ISABELLE

Je voudrais bien , don Juan , connaître à fond son âme.

JUAX.

Ahl demandez-lui donc ce qu'il fit de sa femmcc

ISABELLE

Votre femme, à propos ? vous fûtes marié ?

FARRUCK.

Pardonnez, Sénora , je l'avais oublié.... Voici bientôt dix ans que la mort l'a saisie.

ISABELLE

Et qui causa sa mort?... on dit....

Ma jalousie.

JUAN

Ma chère Sénora ;, vos soins sont superflus.

ISABELLE, à Juan.

Que jugez-vous de lui ?

JUAN

Lui , brute et rien de plus.

ISABELLE

Il m'intéresse fort : '

JUAN

Mais c'est un vrai sauvage , De lui parler encor vous auriez le courage ? Voyez son regard dur .

ISABELLE

Je veux l'apprivoiser.

( A Farruch. ) J'adopte votre fille.

FARRUCK , surpris et adouci.

On ne peut s'opposer

{A pan.)

Qu'elle est belle en effet ! que sa taille est divine I

Près d'elle un feu secret dévore ma poitrine....

Eloignons-nous.

Restez,, un poids cruel, affreux , Semble vous oppresser, et se peint dans vos yeux !

Celle ardeur à celer tous sentimcns honnêles , Vous fait apercevoir plus méchant que vous n*êtes- Sous l'étoile fatale à jamais abattu , Rougiriez-vons. Farruck , tl'un refte de vr-rlti ? FARRLCK.

Le maître, Sénora, doit-il demander compte A l'esclave flétri, de vertus ou de honte?

ISABELLE

IMais de vos sentimens , Farruck , souvenez-vous Que vous êtes à Dieu comptable comme tous.

FARPvLCR,

Moi ! puis-je le penser et pour le misérable Tel arrêt , Sénora , serait-il équitable ? Est-il donc criminel, quand envers son prochain Le destin l'a privé du bonheur d'être humain? Sénora , si le crime est aux grands inutile , Il est trop nécessaire à la classe servile : C'est la ressource unie à tout sort riiîoureux , Et la seule toujours fidèle aux malheureux.

ISABELLE

Farruck, un noir poison circule dans vos veines. Contre lui je le vois mes paroles sont ^ aines : S'il est des malheureux que la nécessité Puisse vraiment réduire à cette extrémité, Il vaut mieux se tromper en croyant le contraire; Plus que la vérité l'erreur est salutaire. ( Elle laisse tomber son éi'enlail ^ Juan se haïsse pour le ramasser ) Farnick le prévient brusquement. ) Pourquoi ce regard sec , ce front plein d'âpreté ? Pourquoi donc renier en vous l'humanité. Reçûles-vous le jour, Farruck, pour le maudire. Pour mêler votre fiel à i'air que l'on respire ? La nature sur vous , épuisant sa rigueur, En animant votre être oublia-t-elle un cœur.'

FARRUCK, avec fougue en s' approchant.

Non, non, voyez plutôt à mon œil qui s'enûâme... Regardez, Sénora, vous y verrez une âme I

ISABELLE

Assez, éloignez-vous,

FARRUCR, hésitant.

Je vous obéirai...

ISABELLE

J'adople votre fille et je la doterai.

FARRUCiv , à part.

Ah I... j'étais ;on vassal I poignante raillerie... Tu le repentiras de ta coquetterie I De mon cœur, imprudente I en tes légers désirs, Tu crois faire un jouet pour tes menus plaisirs . Et puis comme un hochet qui devient parasite , Pour un autre hochet l'abandonner ensuite.... V.: , ta distraction, bien cher tu la paieras! Imprudente I imprudente I... ah ! tu ne sais donc pas Que le tigre en amour n'entend pas raillerie .

ISABELLE

Quel est ce bruit , don Juan ?

JUAN , à part.

Alphonse, je parie.

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