SCÈNE VI
D, JUAN , assoupi dans le bosquet, FARRUCK, FRANCISCO, MIGUEL, FELIX et autres Vassaux.
FÉLIX
II n'en démorJra pas I
FRANCISCO
\ it-on plus mauvais goût ?
Une beauté qu'on prône et qu'on aime partout.
Et c'est bien pour cela , suis-ie forcé moi-même , De prôner ce qu'on prône et d'aimer ce qu'on aime ?
MIGUEL
Dédaigner Se'nora, peste , quelle rigueur. .. Quant à moi , je l'avoue, elle me tient au cœur.
TOUS , riant.
Ah ! ah ! ah !
MIGUEL
Comme à vous... comme à tous nos villages, Comme à tout Evora , comme à tons ces rivaçes. Ah ! peut-on s'empêcher , Félix , à son aspect D'un mouvement subit d'amour et de respect !
FÉLIX
Farruck peut dédaigner les charmes d'une humaine, Devant votre patronne il se prosterne à peine,
FARRUCK , ai>ec amertume.
Adorer Sénora , dont l'orgueil n'a payé Vos respects qu'en mépris , votre amour qu'en pitié. Je n'ai pas par du vent les oreilles charmées Et je méprise , moi , toutes les renommées. Un seul nom prononcé partout dans le pays , Et la bouche béante et les yeux ébahis ,
N'obtient jamais de moi qu'un dédaigneux sourire : C'est un fardeau de plus qui m'oppresse.
FÉLIX
Beau sire , Oh! si vous l'entendiez , là, devant vous soudain, Vous vous repentiriez de votre amer dédain I
MIGUEL
Que diriez-vous , Farruck , si cet être céleste En s'adressant à vous de la voix et du geste, Vous disait de ces mots ^ de ces mots enchanteurs, De ces propos si doux , de ces riens si flatteurs , De ces choses enfin qui peuvent tout séduire... Qu'aux seuls gens de sa classe il est permis de dire : Que diriez-vous , l'ami , si cette douce voix Ne s'adressait qu'à vous ? si cet œil à la fois Si noble , mais si doux, si tendre et si sévère, Se fixait sur vous seul , et si sa main légère , Si blanche et si mignonne avec ses beaux rubis, Vous touchait par mégarde un coin de vos habits? Eh bien I tout comme nous vous seriez....
FARRL'CK.
Insensible.
FELIX
Ah, parbleu , c'est trop fort
MIGUEL
Non , ce n'est pas possible î Un ange devant vous , votre sang à sa voix Ne bouillonnerait pas jusqu'au bout de ses doigts ? Yotre cœur d'Africain serait calme ?
FARRUCK.
MIGUEL
Peut-être.
Tous ne seriez pas homme.
Oh I... si je devais l'être.
MIGUEL
Quoi ?
FARRUCK.
Si j'étais séduit par votre Sénora , Si dans mon cœur jamais , cette fleur d'Evora Epanche imprudemment le poison de ses charmes...
MIGUEL
Eh bien donc ?
FARRUCK.
Comme à vous les respects et les larmes Ne me suffiront pas !
MIGUEL
Il est extrême en tout.
Bien prend à Sénora d'être peu de son goût , Car malgré son haut rang il irait le lui dire.
FARRUCK.
Vous me faites pitié.
FÉLIX
Fiez-vous au beau sire , Moi je crois qu'il en lient. Je me rappelle un jour Que passant par le bois je trouve en un détour Sénora, qui par là se promenait tranquille , Et plus loin j'aperçois Farruck , seul , immobile, Il la suivait des yeux puis tout son corps tremblait. Et dans son œil en feu le désir qui brillait, Est un signe certain...
Félix il faut te taire I {à part.) De ce que je ressens j'ignore le mystère. Mais leurs discours ont mis la flamme dans mon sein.
MIGUEL
Pourtant s'il a dit vrai , nous pouvons croire enfin...
FARRUCK.
Qui vous rend donc si vains que vouloir me connaître P Ce que j'éprouve , Dieu le comprend seul , peut-être.
Au elîinalqui lui sied l'oiseau porte son nid ,
C'est l'instinct qui commande et la bête obéit.
Mes besoins et mon sang me guident sur la roule ,
Mon sang me parle , à moi , c'est mon sang que j'écoute :
.Te ne pense pas moi , j ai des sensations ,
Et mes désirs à moi valent vos passions I
:ii[GUEL.
Il se corajjrend lui seul.
FÉLIX
C'est tout au plus encore.
Je n'ai pas entre nous grand peaciiant pour le Maurt.
FfiA-VCISCO.
Ma foi , ni moi auu plu?.
JUAN , s éi/eillant, Ahl
FÉLIX
Mais j'entends quelqu'un .
FRANCISCO
C'est notre jeune maître. Il dormait.
MIGUEL
C'est commun.
JUAN
Que iaisiez-vous donc là , paresseux ?
MIGUEL
A l'ouvrage
Nous allions , monseigneur.
JUAN , se le^'ant.
Les êtres sans courage I Ils s'amusaient I quand moi , privé de traversin, Je faisais de la terre un douloureux coussin I Allons , lâches, parlez... qui vient ? c'est Isabelle.
MIGUEL
C'est notre Sénora.... Jésus dieu ! qu'elle est belle I