‹ Farruck le MaureChapitre 15 sur 33 · ISABELLE, ALPHONSE · texte numérisé non relu

ISABELLE, ALPHONSE

ALPHONSE

Ah ! si ce que j'ai fait est une chose impie, 11 n'est rien , croyc z-moi , que mon amour n'expie ! Et que vous prononciez le plus fatal arrêt , Tenez, voici la main qui Texécuterait.

ISABELLE

Selon moi, don Alphonse, à son aise en préjuge, Je ne condamne pas , moi , je ne suis pas juge. Quoiqu'il en soit pourtant , le dévoûment est beau , De se faire mourir par la main d'un bourreau !

ALPHONSE

Bourreau, moi ! non c'est vous , dont le plaisir infâme Est de briser mon cœur , et de m'arracher l'âme Ah que votre mépris , pour ce cœur est amer î Eh bien de tous les nonis qui hurlent dans l'enfer Accable ton amant , qu'il soit ignoble , esclave , Isabelle je t'aime , et mon amour me lave ; Le pur feu du soleil me rend ma pureté... Cher ange Immolez-moi , si je l'ai mérite ; Je meurs purifié parla main qui se venge, Ennobli , racheté, par le rr^ani d'un ange !

ISABELLE

N'attestez pas l'amour lorsque la vérité N'atteste autour de vous que votre cruauté î N'attestez pas l'amour.., .

ALPHONSE

Si, je l'atteste encore I Et toujours , oui toujours I cher ange je t'adore I Situ me pardonnais I... Isabelle en retour Non, je ne pourrais pas te donner plus d'amour I Tu détournes les yeux, tu gardes le siieuce.... Pour un moment d'erreur un siècle de souffrance I Mais un refus amer ne doit pas ra'étonner , Qui ne m'aima jamais ne peut me pardonner.

ISABELLE

Je ne t'aimai jamais !.. oui , je suis implacable , Si je t'eusse aimé , moins tu serais pardonnable.... Ah I que pour me venger par un juste retour , Dieu te voue aux tourmens que je souffre en ce jour I Ton cœur d'an vain désir n'était pas à l'épreuve; C'est toi qui n'aimais pas... va , j'en ai là la preuve.

ALPHOXSE.

Je ne vous aimais pas I vous me connaissez mal.. .

Yous me jugeriez mieux si j'avais un rival !

Ah ! j'en ressens déjà la flamme sur ma joue —

Si j'avais un rival I ce serait je l'avoue

Une épreuve terrible et fatale à-la-fois

Pour mon rival ou moi... peut-être pour tous trois î

Je ne vous aime pas , Isabelle , Isabelle....

Vous le savez trop bien , je vous aime cruelle ,

C'est avec tout mon sang , c'est avec passion î

Je vous sacrifierais l'honneur , l'ambition I....

Je me jette à tes pieds , pardon fille céleste,

Le ciel sait mon amour... que fa'.it-il que j'atteste ?

Tu me pardonueras.. ..

ISABELLE

Quand ils sont à nos pieds , Les vains I ils croiraient, tous leurs crimes expiés ! ALPHONSE.

Eh bien , venge-toi donc ! punis-moi comme u» trnitre , Comme un vil scélératl.,

ISABELLE

Je le devrais peut-être.

Alphonse , si , fidèle à mon ressentiment , J'écoutais aujourd'hui les vœux d'un autre amant ; Que ferais-tu , dis-moi ?

ALPHONSE

Je Tai dit, Isabelle :

Si la vengeance est sainte, elle est aussi cruelle ! Je te tuerais.... Moi— même ai dicté mon arrêt , Eh bien , prends ce poignard , tiens frappe , je suis prèl.

ISABELLE

Tu m'aurais tuée ?

Oui. Tu dois faire de même.

ISABELLE prend le poignard et le jette. Non , je ne l'aime pas !... tu vois bien que je t'aime I

ALPHONSE

Ah I tu m'as pardonné I ^

ISABELLE

Fuyez vite à présent ,

(^ar Dieu ne souscrit pas au pardon complaisant

Ah î laissez-moi rougir jusqu'au fond de mon ame. Quand elle aime, bon Dieu ! quelle est faible une femme

ALPHONSE

Dieu ! tu m'as pardonné !

ISABELLE

Mais de votre action Qu'à tout prix l'Africain ait satisfaction!... Jurez-le-moi.

ALPHONSE

Pourquoi ?

ISABELLE

Marie est morte.

( On frappe. ) Comte, j'irai demain frapper à votre porte.

C'est Farruck.

ISABELLE

Réparez ce que vous avez fait , Alphonse, que Farruck s'en aille satisfait!

ALPHONSE

Il sera satisfait , cher cœur, je vous l'assure.

ISABELLE

Je pardonne à ce prix.

ALPHONSE

A ce prix, je le jure.

[Isabelle sort.)

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