‹ Farruck le MaureChapitre 19 sur 33 · LES 3IF.MES , ISABELLE · texte numérisé non relu

LES 3IF.MES , ISABELLE

ISABELLE

Je compatis, Farruck, à vos justes douleurs; Sur vous, sur votre fille, oui , je verse des pleurs^ Et je ne pense pas qu'il soit rien sur la terre Qui puisse racbeter votre chagrin de père... Crojez au mien , Farruck , tenez , prenez cet or, Qu'il vous préserve au moins d'un misérable sort.

FAFvRUCR.

De l'or, encore de l'or, pour une fille morte, Ses jours pensez-vous donc ]es payer de la sorte; Gardez-le, ce n'est pas avec l'or, par malheur, Sénora, qu'on guérit les blessures du cœur! De mes maux en ces lieux si tout semble se rire; Si je n'ai plus d'enfant, du moins je puis maudire...

ISABELLE

Pardonnez à celui qui causa son trépas... Par pitié , par pitié, ne le maudi.ssez pas I

FARRUCK.

Lui ])ardonner à lui!... vous comptez sur vos charmes I A lui qui m'arraefea mes deux premières larmes!... A lui qui tout-à-l'heure... et c'est vous, vous encor, Vous qui m'eu suppliez eu me donnant de l'or!... Sans doute il est cruel pour une grande dame , D'épouser l'homme encor couvert d'un sang de femme.,

Vous voulez étouffer avec quelques dobras Mes pleurs , pour que le ciel ne les entende pas !.. . Lui pardonner à lui ! peut-être qu'il espère^ L'assassin de ma fille , avoir grâce d'un père Comme de sa maîtresse ou de son confesseur î

JUA^f.

D'entendre tout cela qui vous force ma sœur ?

FARRUCK, bas à Isabelle.

Un seul espoir encore ici bas me domine; Sénora , ce secret pèse sur ma poilrine, Il voudrait s'échapper, mais sans témoins que vous. Je puis goûter encore des momens assez doux , Vous pourrez obtenir, selon votre réponse , L'oubli de mes douleurs, et le pardon d'Alphonse.... Que je vous parle seul avant de fuir ce lieu , Sénora, par pitié, c'est mon unique vœu!

ISABELLE , à part. Qu'a-t-il donc à me dire? allons, quoiqu'il m'en coûte.

( A D. Juan. ) Laissez-nous seuls, don Juan , n'allrz pas loin.

[Don Juan sort.)

SCÈNK Vlîl.

ISABELLE, FARRUCK.

ISABELLE

J'écoule.

l'ARRUCK.

Noble dame , un beau jour, si le ciel vous disait :

« Enfant tu faisais mal quand cela te plaisait ;

« Il t'a plu d'immoler un homme à tes caprices ,

•' Tiens , voilà le tourment qu'il fant ([ne tu subisses. »

ISABELLE

Eh bien î j'obéirais... mais je ne comprends rien A cette question

FARRUCK .

Oh I VOUS comprenez bicrt, S il .ijonlaii » enfant l'indulgence est tarie , u Tn VHS te repentir de ta coquetterie I ». Isabelle ! eh bien donc , je te veux , je te veux! Rien ne peut ici bas te soustraire à mes vœux? Je t aiiuc et mon amour ne tut que ton ouvrage, Ton seul ouvrage à toi, subis-en donc l'outrage. Mon amour, je conçois , sied mal à ton renom , :Mais aussi , ne crois pas qu'il ra'éblouit ton nom î Esclave conmie moi, païenne ou catholique, Et tes appas brûlés sous le soleil d'Afrique, Je l'ensse aimée autant si tu l'eusses voulu I IMais un instinct amer, un désir absolu. Dit tout bas à Farruck , qu'il faut qu'il te possède. Que tu sois .^1 vengeance et qu'Isabelle cèdel

ISABELLE

Sortez , sortez Farruck I n'appelez pas sur vous , Impertinent esclave , un châtiment moins doux î

Si j''aj)pelais Alphonse...

FARRLXK.

Oui , je sais qu'on renomme Son bras pour bien tuer une bête de somme... Même une pauvre fille I

ISABELLE

Ah I sortez , sortez donc î

FARRUCK.

Mais à mui :s'il venait avec son espadon ,

Ce fier Tauréador. il sentirait , je pense ,

D'une genise à moi quelle est la différence I

Il faut donc . Sénora , que je m'en aille errant,

Etouffant dans mon sein \m foyer dévorant...

Que je tombe expirant sur le seuil de la porte;

Peu vous importe ji vou- , pourvu qup Farruck ."^orlc 1

il sortira , Furruck , il (]oil laisser finir L'hymen Je deux amans si bien faits pour s'unir I Il doit son sang à tous, à son seigneur et maître....

Tous lu devez au ciel.

FARRUCK.

Vous le croyez peut-être î ( Poussant un éclat de rire. ) Ah ! ah ! ah I Sénora , pauvre femme , entre nous , Vous ne voyez donc pas qu'on se moque de vous ? Woi vous quitter ainsi , moi , moi I sans espérance, Abandonner ainsi le vœu de ma vengeance I... Irai-je demander la justice à mon roi ? Mais le prince et sa cour se moqueraient de moi ! A des gens comme nous la justice fait faire Trop long-temps nnlichambre.... et l'on me ferait taire. Et je vous laisserais à mon rival vainqueur I... Je ne puis que haïr, mais c'est de tout mon cœur !... Je fais à votre amant un don de fiançailles , Ma haine , je le hais jusqu'au sang , aux entrailles !

ISABELLE

Ah vous m'épouvantez.... par pitié, Inissez-moi î

FARRUCK,

Je suis heureux , du moins , d'inspirer de l'effroi. —

Je suis seul avec loi , l'occasion est belle...

De n'en pas profiter, rends-moi grâce , Isabelle !

Vois-tu mon œil briller, ma main trembler d'émoi ,

liC sang à mon visage... et maintenant dis-moi

Ce qui peut m'arrêler ?

ISAr.ELLE.

Je palis.... je frissonne.

FARRUCK.

Di.s-moi donc quel prestige enloiirr ta pcii^onne ?

Ce qui relient mes bras pour ne pas l'enlacer. Et mes lèvres en feu pour ne pas t'embras^er !

( Il fait un pas vers Isabelle , Isabelle pousse un cri. )

ISABELLE

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