LES MÊMES , ALPHONSE , DON JUAN
ISABELLE , se réfugiant dans les bras d'Alphonse. J'ai peur, Alphonse....
ALPHONSE
Eh bien I qnoi donc se passe ?
Qu'aYez-\ ous Isabelle ?... Ah I répondez, de grâce...
ISABELLE
Dieu! quels yeux il avait I
ALPHONSE
si ma fureur savait I. .
ISABELLE , vivement.
Mais ce n'est rien.
Farruck était ici ?.
Oh , non , non !
ALPHONSE
L'insolent vous a donc onlragée ,
Sénora ?
ion , non pas
ALPHONSE
Oh vous seiiez vengée.
[ Il se rapproche de Farruck. ) Le Mauve; en le touchant ta main souille un bienfait. Force-moi d'oublier le mal que je t'ai fait , Et je te frapperai , non pas avec ma lame , L'Africain , comme on frappe un corps qui porte une ame , f Mais avec un bâton , comme un porc à l'engrais Qui se rue au manteau d'un noblc^ portugais I
FARRUCK.
Tout autre <[u'un sot noble «itirail mieux su , je gage, Qu'un porc peut, s'il le veut , lui cracher au visage.... Scnora , malgré vous, bénissez mon amour : Il arrête mon bras , il lui sauve le jour I
JUAN
Que dit-il ?
ALPHONSE , tirant son poignant.
Scélérat I
ISABELLE, se jetant entre Alphonse et Farruck.
Ciel ! arrêtez Alphonse I...
FARRUCK , tirant un poignard.
Eh bien , qu'entre nous deux '*ine lutle prononce !
LSABELLE.
Farruck , je vous supplie !...
Oh ! je vous vois venir I Vous tremblez maintenant de me le voir punir I C'est pour lui , pour lui seul , que vous jetez des larmes ! Mais qu'un jour je sois là , faible , chélif, sans armes, Suppliant mon pardon, et grelottant d'effroi, Vous diriez : le combat n'est pas douteux pour toi , Alphonse, saigne-le , vas, mon cœur s'y résigne.... Encore craindrez -vous que je ne l'égratigne !... Et bien donc , monseigneur, le vainqueur du taureau , Craignez-vous aujourd'hui d'attaquer un pourceau. Qui porte un nom de no!)]e, est-il, je l'imagine , Dispensé de porter un cœur dans la poitrine I
( Grand mouvement d^ Alphonse . ) ISABELLE , à Alphonse.
Sa fille est morte I... oh ciel î ils me irlaccnt d'effroi :
o ALPHONSE.
Que me demandes-tu ?... de me batlic avec toi ?
Je donne un gand , le Maure , à tous ceux (jue j'offense ;
Mais ce gage d'honneur n'est pas pour toi, je pense.
Ah\ Dieu sait si je vole avec empressement I Le sang d'un ennemi , le verser noblement I Mais c'est du sang humain que répand mon épée I M'affronte devant tous qui la saurait trempée
Dans un sang noir !
FARRUCR.
Sang noir !... un sang noir ! innocent î, ( // s'ouvre une veine du hras avec son poignard. ) Du sang noir, as-tu dit !... tiens , est-il noir mon sang ?
Ciel !
FARRUCR.
Que Dieu qui m'entend vous garde repentance ! A ous méprisez en moi jusques à la vengeance!... .Te m'attache à vous deux ; comme un serpent , trop bas Pour m'attaquer au chef, je rampe entre vos pas, Je corromps vos plaisirs , et sur votre passage Pas une fleur n'échappe au venin de ma rage I Adieu I dès aujourd'hui je jouis de vos pleurs... Unissez-vous I je signe un contrat de malheurs I Et tôt ou taid, beau noble à l'âme vile, atroce, Je vous apporterai votre préser.t de noce. -