‹ Fastes de la ville de Vienne, publ. avec des notesChapitre 13 sur 56 · MARTI · texte numérisé non relu

MARTI

EXCONTESSIVS VERVS

iEDILIS

Chez les Romains les édiles étaient des magistrats qui avaient l'intendance de la police et des bâtiments tant sacrés que profanes. Les colonnes de ce temple de marbre blanc, jaune et rouge, avaient deux [pieds et demi de diamètre, les bases, les chapiteaux de l'ordre corinthien et tout l'entablement étaient de marbre blanc. J'ai un morceau d'architrave qui, par son épaisseur, fait face en dedans et en dehors. Les dessous entre deux colonnes présentent un soffite admirable. C'est un pan-

neau rempli exactement de feuilles de chênes et sur chaque feuille est un gland. Ce panneau est encadré de fusarolles d'olives et de rais de cœurs.

5** Un troisième palais dont on voit les ruines et un morceau debout quoique bien maltraité. Il est dans la basse-cour de la maison de ville oii il sert de remise et de bûcher. Il n'en subsiste plus que deux arcs ; Tun au 1er vant est assez bien conservé en dedans et entièrement gâté par le feu en dehors ; l'autre est rempli de ma^ çonnerie. Les colonnes ont trois pieds trois pouces de diamètre et trente pieds de hauteur y compris bases et chapiteaux. Une fouille de six à sept pieds de profondeur, faîte en 1768, servit à en donner le diamètre. A mesure que l'on creusait on trouvait les colonnes plus mutilées.

L'arc qui est au nord a vingt-un pieds un pouce de largeur ou de vuide. On l'appelle à Vienne l'ancienne porte triomphale. Il parait qu'il a été construit longtemps après l'autre avec lequel ses pierres ne se lient point. On a coupé les ornements de la frise de l'autre arc pour l'y joindre plus exactement. Il est moins riche et d'une plus faible exécution.

L'arc qui est au levant a treize pieds dix pouces de largeur ; l'archivolte, neuf pouces cinq lignes ; l'architrave, deux pieds neuf pouces ; la frise, dont les ornements sont singulièrement beaux, un pied onze pouces. La corniche manque. On la trouva presque entière dans les fouilles faites pour reconstruire l'hôpital. On y trouva encore une pierre sculptée que je fis encastrer dans le mur du jardin de l'archevêché, Les pierres de ce monument sont d'un blanc roux, nos maçons les appellent pierres de Barbantane; elles sont tendres, faciles à tail-

1er, deviennent noires et s'endurcissent à Tair. Ces colonnes sont cannelées et engagées dans le vif. Les pilastres également cannelés répondent aux colonnes. Les trous que Ton aperçoit dans les tympans des arcs prouvent qu'ils étaient ornés de bas-reliefs. Lorsqu'on examine avec attention ce monument on voit qu'il était beaucoup plus étendu ; la disposition inégale des impostes, les naissances de plusieurs arcs, le prolongement de l'entablement du midi au nord, ne permettent pas d'en douter. Tout cet édifice est traité correctement dans l'ordre corinthien. Les rois de Bourgogne en firent leur palais, connu sous le nom de Palais des Grands chemins et par corruption le palais des Canaux, domus canalium. On a fait construire au-dessus une tour carrée appelée la Tour d'Orange, parce qu'on prétend qu'un prince d'Orange, fait prisonnier dans un combat contre les troupes du roi Charles VII, y fut renfermé. Ce fait n'est rapporté que par Chorier. Quelques prisonniers de marque faits dans ce combat, où le prince d'Orange commandait les ennemis, et renfermés dans cette tour, peuvent avoir donné lieu à cette tradition (a) .

La basse-cour de la maison de ville est fermée au midi par un mur antique de pierres de taille dures, terminé par une double corniche dont les moulures sont différentes ; ce mur était une dépendance du palais dont je viens de parler. Lorsqu'on est dans le cimetière de l'hôpital on voit sensiblement les vestiges d'un

(a) Mathieu Thomassin, auteur contemporain et présent au comjbat donné entre Colombier et An thon, dit positivement que le prince d'Orange s'enfuit et passa le Rhône à AnChon.

degré qu'il appuyait. Ce degré conduisait du palais aux bains qui étaient dans le lieu qu'occupe la maison de Charité dont on a baissé le sol, et des bains à Tamphithéâtre.

6® L'amphithéâtre était au pied du château Pipel et regardait le couchant. On voit encore dans la vigne des dames de Saint-Joseph une face circulaire de deux cent quatre-vingts pieds de diamètre, des massifs, de petites arcades multipliées en voûte pour exhausser et pour soutenir les gradins, quelques cryptes, des égoûts construits entre les gradins pour recueillir les eaux du coteau, des marbres brisés. Ghorier dit que de son temps on avait tiré de l'amphithéâtre des colonnes prodigieuses, des frises, des corniches, des chapiteaux et deux statues mutilées, dont l'une était colossale, représentant un jeune homme nu, comme les anciens peignaient leurs athlètes et leurs pancratiastes ; l'autre était une déesse vêtue à la romaine tenant une corne d'abondance. Le même auteur ajoute qu'on trouva encore au bas de l'amphithéâtre dans le lieu où est la maison de Charité les restes d'un bain magnifique, des piédestaux, la moitié des deux pieds d'une statue de bronze au bas desquels était gravé en lettres grecques le nom du célèbre Myron, muronôs. Tout cela n'est plus dans Vienne. On aperçoit sensiblement dans les deux gros massifs qui terminent la face circulaire de l'amphithéâtre deux rainures pour asseoir le degré qui conduisait aux gradins. On voit encore parmi les ruines deux grandes pierres taillées pour des marches. Si on ne jugeait de ce monument que par ce qui paraît on croirait que ce n'était qu'un théâtre, mais les combats gymniques qui se donnaient à Vienne, et qui

furent supprimés sous l'empereur Trajan prouvent que c'était un amphithéâtre. Sa position était des plus belles. On voyait de là le cours du Rhône depuis Givors jusqu'au-dessous de Condrieu, espace de plus de trois lieues. Ju$te Lipse assure que l'amphithéâtre de Nîmes n'était rien en comparaison de ceux de Vienne et de Lyon. Du Verdier prétend que l'amphithéâtre de Vienne est presque entier. Du Verdier se trompe, ou les choses ont bien changé depuis. Il est certain que les rois de Bourgogne avaient employé les pierres de l'amphithéâtre à la construction de deux tours. L'une sur le château de Pipet qui fut détruite avec les fortifications de ce château ; l'autre à la tête de leur palais des Canaux, dont les pierres ont servi aux fondements du collège de Vienne ; j'ai vu détruire les fondements de cette dernière tour lorsqu'on augmenta les bâtiments de la maison de Charité. Je vis les vestiges des bains dont parle Chorier; c'étaient des bains d'eau froide et d'eau chaude. On rompit en même temps les aqueducs qui conduisaient les eaux de ces bains dans la basse ville.

Il y a dans l'arène de l'amphithéâtre une petite place qui porte le nom de place du Cirou, et tout près de celle-ci une autre appelée la place de Jovenet, dans laquelle est une fontaine publique. Chorier dérive le nom de Jovenet, du mot latin Juventus, et selon lui cette place était destinée anciennement aux exercices de la jeunesse. La place du Cirou, dit le même auteur, a été ainsi nommée parce que dans un certain jour de l'année on y faisait la procession et l'on y allumait un cierge. Ces assertions de Chorier n'étant soutenues d'aucune preuve, elles demeurent dans la classe des conjectures.

D'autres ont pensé qu'au lieu d'un amphithéâtre, Vienne avait un cirque, et qu'on a dit d'abord en bas langage Circou, ensuite Cirou, Melchior de Fillon, procureur général au Parlement de Dauphiné, natif de Vienne, a réalisé cette idée et pour la transmettre à la postérité, il a fait graver ces vers sur un marbre blanc qui sert de linteau à la porte du jardin des dames de St- Joseph :

Hic ubi circus eram Phœbo sacer, semula Circe

•Insevit patriô culta vireta solo , Quique prius fueram pentatMi clarus arenis

Nunc me prxcipitem gymnicus egit agon ; Haud passa ereptum Circe genitoris honorent

Vult circum hic hortos esse, theatra, neinus, Sic quœ prima dédit circos Phœbo édita Circe,

Pro circo xistum reddit alumna patri.

On ne voit aucuns vestiges de ce prétendu cirque, nul auteur n'en a parlé, la tradition n'en a pas conservé le moindre souvenir.

V Le temple de Jupiter dont on voit la tête colossale sur l'imposte de la porte du Cloître qui conduit à l'Archevêché et à l'église cathédrale. On l'appelle la porte de la Bobe , à cause de cette tête qui est fort mutilée. Ce temple, magnifique par la beauté des marbres qu'on y avait employés , était entre le palais des Canaux et l'église cathédrale, dans l'endroit où l'on fait la rue Neuve de l'hôpital, et l'aile de l'hôpital qui joint cette rue. Dans les fouilles faites pour baisser le terrain qui était inégal et pour creuser les fondements, on trouva vingt-deux bases attiques , des chapitaux corinthiens d'un goût très-épuré, de marbre blanc, plusieurs grands morceaux de colonne de marbre bardille, d'un seul bloc et de trois pieds de diamètre. Un gros

bloc de marbre libidas taillé comme une borne meta, haut de trois pieds , et large de deux pieds dix pouces à sa base. Les entrepreneurs rompirent et firent enlever brusquement , pour en dérober la connaissance au public, une mosaïque composée des marbres les plus précieux, comme jaune antique, vert antique, porphyre, brèche d'Afrique et granit. Je Tappris, mais trop lard; j'y courus, le mal était fait. J'en tirai quelques morceaux. Ma plus grande douleur fut de n'avoir pas pu prendre le compartiment de ce beau et riche parquet.

Les premiers chrétiens de Vienne avaient construit et dédié , aux sept frères Machabées , une crypte dans un lieu appelé Paradis qui est occupé aujourd'hui par la chapelle de Maguelone. La porte du petit cloître do la cathédrale qui est près de cette chapelle est nçmmée, dans les anciens titres, la porte de Paradis, Porta Paradisi. Cette porte et la chapelle de Maguelone ne sont pas éloignées de cinquante pas du lieu où l'on a trouvé les ruines du temple de Jupiter. Quelques étymologistes croient que lo mot Paradis dérive ou a été formé de deux mots grecs îîAPA GHOS qui signifient contre, vis-à-vis, proche de Jupiter. Il est certain que les premiers chrétiens bâtissaient volontiers leurs églises proches , ou dans le lieu même ou avaient été les temples des faux dieux, afin que la vérité triomphât, où l'erreur et le mensonge avaient régné si longtemps. C'est peut-être dans ce temple de Jupiter que la flaminique de Vienne (la femme du premier prêtre ou sacrificateur) avait fait mettre, à ses frais, les statues de Castor et de Pollux, à cheval, et celles d'Hercule et de Mercure, des tuiles de Éronze doré, et des bases du même métal.

DD FLAMINICA VIENNE.

TEGVLAS ^NEAS AVRATAS

CVM CARPVSCVLIS ET

VESTITVRIS BASIVM ET SIGNA

CASTORIS ET POLLVCIS CVM EQVIS

ET SIGNA HERCVLTS ET MERCVRI

Vospiscus et Casaubon lisent carpisculis au lieu de CARPUSCULis. Cette inscription la plus belle et la mieux conservée de Vienne est encastrée dans le mur de la porte appelée le ban des Cloîtres. Elle n'est pas éloignée du temple de Jupiter. Les deux premières lettres de la première ligne signifient : decreto decurionum , et les trois sigles de la dernière ligne, de suo dedU,

S"" L'Obélisque appelé V Aiguille est à quatre ou cinq cents pas de la ville dans une petite plaine entre le Rhône et le grand chemin. Ce monument assez bien conservé et d'une belle forme (a) prouve l'intelligence de celui qui l'a construit. Les chapitaux sont encore dans le bossage. Ils paraissent préparés pour l'ordre dorique, ou pour un ordre composite. Les fondements sont de grosses pierres de taille dont les assises ont quinze à seize pouces de hauteur. Les assises sont posées en retraite , en sorte qu'elles forment de petits gradins d'environ trois pouces de foulée. Au-dessus de ce fondement s'élève un corps d'architecture carré ,

(A) Le dessin que le Comte de Gaylus , dans ses Antiquités étrusques, gauloises, etc., en a donné, d'après le frère Ange Martel, jésuite, est fort mauvais. Ce monument , qui est gracieux à la vue , svelte et bien proportionné; paraît, dans ce dessin, lourd et écrasé.

dont chaque angle en dehors est orné d'une colonne engagée. Chaque face est percée d'une arcade de sept pieds dix pouces six lignes de largeur, sur quinze pieds deux pouces huit lignes de hauteur. Les murs, construits de grosses pierres de taille dures , ont deux pieds d'épaisseur. Ils portent un plancher ou plafond des mêmes pierres, au-dessus duquel est un glacis, qui sert de base à l'obélisque. On voit aux quatre angles de ce glacis quatre petits piédestaux engagés qui portaient des statues ou des ornements. Plusieurs auteurs qui n'ont vu ce monument qu'en passant, ou qui en ont parlé sur des mémoires infidèles, disent que l'obélisque est porté par une voûte, — cependant c'est un vrai plancher dont voici la scénographie. Les clefs des arcades saillent beaucoup en dedans et en dehors , ce qui soulage l'assise de l'architrave dont les pierres forment en dedans tout autour un encorbellement de -deux pieds de saillie. C4et encorbellement soulage aussi l'assise de la frise composée de longues pierres dont une sert de poutre dans le milieu et reçoit en coupe les autres pierres qui d'un bout portent sur l'architrave. Il paraît vraisemblable que l'assise de la corniche est construite de même, mais dans un sens contraire, pour, en croisant, donner plus de force. Ce qui me confirme dans ce sentiment, est qu'en 1754, en présence de son Altesse royale , madame la markgrave de Brandebourg Bareith et de M. son époux, je fis introduire dans les joins une lame de fer très-mince et on trouva de la résistance partout. Ce monument , depuis le rez-dechaussée jusqu'au sommet de l'obélisque, a soixantehuit pieds onze pouces de hauteur. On ne peut trop

regretter qu'il soit si négligé. L'eau pluviale le pénètre et s'écoule par les joints du plancher et de la corniche* L'obélisque n'est point terminé , il y manque fort peu de chose. Il est à propos d'observer que l'obélisque ne porte point sur les murs du corps d'architecture, mais sur le plancher, ce qui le prouve est que l'obélisque n'a à sa base que onze pieds quatre pouces de diamètre et que le vuide du corps d'architecture est de douze pieds un pouce six lignes. Le corps d'architecture, depuis le rez-de-chaussée jusqu'à l'obélisque > présente treize assises de pierres de taille, et l'obélisque , vingttrois. Nous n'avons ni titre, ni mémoire qui nous fasse connaître la destination de ce monument. Chorier croit que c'était un cénotaphe ou sépulcre vuide dressé à la mémoire d'Auguste. Plusieurs savants ont adopté son sentiment. Les quatre faces du corps d''architecture, et les tympans des arcades sont remplis de trous inégaux et fort scabreux. Quelques-uns ont cru qu'ils avaient été faits pour arracher les goujons qui liaient les pierres de taille ; d'autres pensent que les faces et les tympans étaient ornés d'inscription et de bas-relief, et qu'en les arrachant de force cela a fait éclater les pierres. Il est certain qu'anciennement ce monument était dans la ville.

Q"" La porte triomphale. On ignore le lieu où elle était. On sait seulement qu'elle était au midi de la cité, et que dans la suite elle porte le nom de Gratien , porta Gratiana, parce que cet empereur la rétablit ou l'embellit, La tradition de Vienne est que le grand arc muré qui se voit à l'entrée de la maison de ville était la porte triomphale, ainsi nommée , parce qu'elle joignait un ancien

FASTES DE VIENNE 7t

arc de triomphe, mais , comme il est démontré que cet arc était une dépendance d'un ancien palais , cette tradition ne peut se soutenir. Au défaut du vrai et du certain, cherchons le vraisemblable. La dénomination latine de l'église de Notre-Dame-de-la-Vie , Nostra Domina viae veteris , peut faire conjecturer que la rue qui passe devant cette église était terminée au midi par la porte triomphale. Cette rue était l'ancienne grande route , elle répond assez droit à la rue de la Porte-de- Lyon qui est au-delà de la Gère , sur laquelle les Romains avaient construit un pont. On voit encore dans la cour des Clémentines une petite portion d'un arc prodigieux engagé dans la maçonnerie , et des massifs qui appuient cette conjecture , suivant laquelle la grande route aurait été au milieu de la cité.

10** Le Panthéon; il était dans le lieu même qu'occupe aujourd'hui l'église de Saint-Sévère. Il n'en subsiste aucuns vestiges.

Il'' Outre la grande route dont je viens de parler qui conduisait de Vienne à Lyon et en Provence, les Romains en avaient fait une autre qui conduisait à Grenoble et en Italie. Elle joignait la route de Provence au bas du mont Crappum, dans le lieu appelé aujourd'hui Saint - Gervais , elle passait sur Beaumur, où l'on en aperçoit les vestiges dans la gorge de Saint - Marcel , par Beaurepaire , d'où l'on allait à Grenoble, par Saint-Marcellin, le Royannais , Gap, Chorges/ Embrun, et de là en Italie. Il en est fait mention dans V Itinéraire d'Antonin et dans la carte de Peutinger. La grande route , qui conduit aujourd'hui de Vienne à Lyon et en Provence, n'est

pas fort éloignée de celle des Romains, s'il est permis d'en juger par les milliaires qui subsistent à Vienne, à Ghanas et à Solaise. J'ai découvert les milliaires de Vienne et de Ghanas.

Le milliaire de Vienne fut découvert en 1752, au bord du Rhône, environ soixante pas au-dessous de la porte du pont, dans les fondements d'une maison que l'on réparait. Je le fis tirer à mes frais. 11 est actuellement dans la maison de Monsieur le Marquis de Rachais. J'en ai rapporté l'inscription. G'est une colonne de huit pieds trois pouces de hauteur et d'un pied six pouces de diamètre à sa base qui s'est un peu éclatée ; elle est terminée par une espèce de cône renversé, préparé, sans doute, pour quelque ornement. Ge milliaire ne porte aucun chiffre parce qu'il était le premier milliaire ou le milliaire d'or, avantage dont jouissaient les métropoles.

Le milliaire de Ghanas, terre limitrophe de celle de Saint-Rambert où passe aujourd'hui la grande route , est dans le cimetière de la paroisse de Ghanas, debout portant une croix. Le diamètre est semblable à celui de Vienne, mais comme il a été coupé par le haut, il n'a que cinq pieds de hauteur. Les lettres de la première ligne de l'inscription manquent; je les ai rétablies.

IMP CMS T JE

LIO HADRIA

NO ANTONINO

AVG PIO PPP M

TRIB P VII CSIIII

Imperatori Cœsari TUo jEUo Hadriano Antonino Auguste ^ pio, patri patriœ pontifice maximo , tribunitia potestate septimOy consule quarto, tredecimum milliarum.

Le milliaire de Solaise , connu depuis longtemps , est dans un carrefour de cette paroisse située entre Lyon et Vienne, et limitrophe de Saint-Symphorien, où passe le grand chemin. Il est debout, élevé sur quatre marches modernes. On voyait au-dessus une croix qui a été cassée. Les proportions sont égales à celui de Vienne, mais il n'est pas terminé par un cône renversé.

TIBERIVS CLAVDIVS DRVSI F

CiESAR AVGVSTVS

GERMANICVS

PONT MAX TRIB POT Ul

IMP iTl COS m

Tiberius Claudius Drusi filius

Cœsar Augustus, Germanicus, pontifex

maximus , tribunitia potestate tertio

imperator tertio, consul tertio

pater patriœ

milliarum septimum.

12'* Les Romains avaient construit deux ponts sur le Rhône. Le premier près la porte de Mauconseil. Chorier le dit , mais on n'en voit aucuns vestiges et il est le seul qui en parle (a). L'enthousiasme de la

(a) Antiquités de Vienne, p. 103-153.

patrie a souvent trompé les auteurs. Le second dont on voit encore les ruines était composé de cinq arcaçles larges et hautes. On l'avait réparé plusieurs fois, mais il tomba entièrement en 1651, et il n'a pas été relevé depuis. Saint-Adon , archevêque , attribue à Tibérius Sempronius Gracçhus sa construction.

Apud Viennam urbem Gallix in Hispaniam ulteriorem transiens (Tib. Semp. Gracçhus) platomam miro opère construœit, et pontem super Rhodanum, ab utroque littore, castris miro opère fundatis super duœit,

Sempronius Gracçhus était mort longtemps avant que les Romains eussent subjugué les AUobroges; il y a donc erreur dans Adon, ou il entend parler de quelque autre Gracçhus descendant de Sempronius.

13** J'ai vu les ruines de cinq bains antiques:

Le premier , dont je parlerai plus au long, était audessous de la Terrasse des Capucins ;

Le second, sous le château de la Bâtie, dans le jardin du sieur Ghulliat ;

Le troisième, dans la basse-cour de la Charité ;

Le quatrième, dans le cimetière de Saint-André-le- Haut, entre le château Pipet et le temple de Mars ;

Le cinquième, au-dessous du chemin de Beaumur, près la maison du vigneron de l'archevêché , entre cette maison et le ruisseau de Saint-Marcel.

Dans la fouille des terres que Ton fit, en 1759, pour reconstruire l'hôpital , on découvrit cette inscription gravée sur une pierre dure polie ;

GERMANIGO CE....

TIB AVG F DIVI AVG

DIVI IVL PR

Je lis ainsi ce fragment :

Germanico Cœsari Tiherii Augiisti filio, dlvi AiigiisH nepoH^ divi Juin pronepoti.

L'inscription suivante , qui est encastrée dans le mur de la cour de TAbbaye royale de Saint-André-le-Haut, autorise cette leçon :

DRVSO C^SARI

TIB-AVG-F-DIVl AVG-

NEPOTI DIVI IVL-

PRONEPOTI TRIB-

POTEST-ïl COS-ÏÏ

On voit, à Sainte-Colombe , dans les vigne^s , entre le faubourg et St-Romaiii , une élévation de lerre, appelée le Mh^au (Le Miroir). La tradition de Vienne est qu'il y avait dans ce lieu un palais, d'autres disent un temple, * ^ dont les murs étaient incrustés , en dehors , de marbres extrêmement polis. J'y en ai trouvé des morceaux précieux;, sciés pour le placage.

Il ne reste plus dans ce lieu qu'un tertre formé par les ruines de ce monument qu'on applanit insensiblement par le remuement des terres.

Du Verdier , historiographe , dans son Histoire d^ Fnmce, parlant de Vienne, dit : que les étrangers, en leurs voyage imprimés , parlent de quelques livres manuscrits, où sont décrites toutes les antiquités de Vieillie et des environs , çt que l'tiote de la Coupç

d'or y OÙ ils ont autrefois logé, leur montrait ce livre. J'ai eu , entre les mains , un manuscrit des antiquités. On me le présenta comme une chose fort précieuse. Je crus d'abord que c'était un des manuscrits dont parle Du Verdier, mais après l'avoir examiné , je vis que ce n'était qu'une compilation des Antiquités de Le Lièvre, de Jean Dubois , de Ghorier et un misérable recueil de contes populaires.

Les R. P. Capucins de Vienne possédaient un gros in-folio rempli de planches, où Vienne et ses dehors étaient représentés. Un jeune étudiant qui n'en connaissait pas le prix , le mit en pièces et s'en servit à la garde-robe. J'ai vu quelques planches de ce livre collées contre la muraille de sa cellule. On n'aperçut le mal que lorsqu'il était sans remède.

J'ai ouï dire à M. Didier, doyen de Vienne, avec lequel j'étais fort lié, que M. Thibaud, incorporé de la cathédrale , faisant ses études à Paris , avait trouvé, chez un marchand de vieux livres, les antiquités de Vienne avec des planches. Il les marchanda, on lui en demanda six livres. M. Thibaud en offrit deux livres et se retira, comptant les avoir au moins pour trois. Etant près de son logis , des réflexions trop tardives' lui firent connaître l'importance de ce livre , il revint promptement sur ses pas pour le prendre , mais un inconnu l'avait enlevé.

Vienne a eu sous les Romains et sous les Bourguignons un autel des Monnaies. Lorsque Jules César eut chassé de Vienne les Allobroges dont il se défiait pour les remplacer par des Romains , la

colonie fit frapper une médaille en grand bronze (a) qui représente deux têtes adossées avec cette légende :

Page 1