‹ Fastes de la ville de Vienne, publ. avec des notesChapitre 16 sur 56 · OU DE PROVENCE · texte numérisé non relu

OU DE PROVENCE

- DEPUIS 407 jusqu'à 1057 (650 ans)

Les Bourguignons , peuple du Nord , venus des bords de la Vistule , entrèrent dans les Gaules sur la fin de 406 ou au commencement de 407, sous la conduite de Gondioc, leur général. Leurs conquêtes furent rapides. Ils s'y établirent et formèrent successivement un grand royaume qui comprenait ce qu'on appelle aujourd'hui le Dauphiné, le Lyonnais, le duché de Bourgogne, la Franche-Comté , la Savoie , la Suisse , jusqu'à la rivière d'Ourth (1), une partie de la Champagne et la Provence jusqu'à la Durance. Cette monarchie dura environ cent vingt ans , sous cinq rois , qui sont : Gondioc , mort en 463, Chilpéric, fils aîné de Gondioc, que Gondebaud, son propre frère, fit égorger à Vienne avec ses deux fils.

(l) La Reuss, rivière de la Suisse, en latin Ursa.

Î^ASTES DE VIENNE 79

La femme de l'infortuné Chilpéric fut jetée, avec une pierre au cou , dans le Rhône , mais ses deux filles furent réservées et élevées à. Vienne et à Genève, La première, appelée Ghrone , prit le voile. La seconde, appelée Clo tilde , fut mariée à Clovis , roi des Francs, en 493, Cette vertueuse princesse , élevée dans la religion catholique , porta cette religion sur le trône de France , et des droits qui firent tomber le royaume de , Bourgogne dans la maison de son mari. Gondebaud la tenait si étroitement réservée et la faisait observer de si près que l'ambassadeur de Clovis qui la recherchait en mariage fut obligé , pour la voir et pour lui remettre une lettre de son maître , de se déguiser en pauvre. Il ne l'accorda au roi des Francs que parce qu'il craignait qu'il lui déclarât la guerre, A peine fut-elle partie pour se rendre en France qu'il lui fit courir après. Mais Clotilde qui avait laissé ses équipages et précipité sa marche, était déjà hors du royaume de Bourgogne. Clovis déclara la guerre à Gondebaud, vers Tan 500, le battit et le poursuivit jusqu'à Avignon où il se renferma. Un traité, adroitement ménagé, le tira du danger où il se voyait réduit. Gondebaud, délivré, reprit bientôt les armes. Il assiégea et surprit Vienne , y étant entré par un aqueduc qui lui fut indiqué par un vieux fontainier qui avait été mis dehors parmi les bouches inutiles. Il y fit égorger Godegisèle ou Godegesile, son frère cadet, qui s'était retiré dans une église d'ariens avec un évêque de sa secte. Depuis cette expédition son règne fut tranquille , il s'appliqua à policer son royaume. Il donna à ses sujets des lois plus humaines, afin que les Gaulois et les Romains ne fussent pas

opprimés par les Bourguignons (a). Vienne souffrit beaucoup dans les deux sièges où périrent Ghilpéric et Godegisèle. Cependant, malgré ces troubles et ces révolutions, on continua d*y cultiver les sciences ; Claudien Mamert, prêtre chantre de la cathédrale , frère de saint Mamert, archevêque, et son grand vicaire, et Sapaudus, natif de Vienne, tinrent le premier rang parmi les gens de lettres. Le dernier enseigna la rhétorique à Vienne et à Autun. Sidoine Apollinaire était fort lié avec lui et avec Claudien Mamert, son parent. La dixième lettre du cinquième livre des œuvres de Sidoine est adressée à Sapaudus. On trouve dans le sixième livre des Mélanges de Baluze, publié Tan 1713, p. 535 , une belle lettre de Claudien Mamert à Sapaudus.

Sigismond, fils aîné de Gondebaud, lui succéda (b) ; ayant été défait en bataille rangée par les rois des Francs, il tomba entre les mains de Clodomir , roi d'Orléans qui le fit tuer avec sa femme et ses enfants , et ensuite jeter dans un puits , usage assez fréquent chez les Francs à l'égard de leurs ennemis. ^

Godomar , frère de Sigismond , qui avait été assez heureux pour se sauver après la défaite de son frère, fut élu roi de Bourgogne en 523. Clodomir lui déclara la guerre l'année suivante et marcha contre lui. Les armées se rencontrèrent à Veseronce entre Vienne et Bellay. Godomar se sentant trop faible usa de ruse, il tourna le dos au fort de l'action et feignit de fuir.

(a) Jpse vero (Gundebaldus) regionem omnem, qux Burgundia nunc dicilur, in suo dominio resiauramt, Burgundionibus leges miliores imlituit ne Bomanos opprimèrent, — Hist. franc,

(b) An 523.

Glodomir le poursuivant avec trop de chaleur fut pris et EQis à mort. Godomar régna en paix depuis cet événement jusqu'à 532 qu'il fut attaqué par Clotaire et Ghildebert. La guerre commença par le siège d'Autun, au bout de deux ans, c'est-à-dire en 534; Godomar perdit , contre les rois Francs , une bataille où il fut pris et enfermé dans un château où il mourut. Les rois francs partagèrent entre eux ses états et le royaume de Bourgogne demeura éteint jusqu'en 561.

Pendant ces vingt-sept ans, la Bourgogne fut gouvernée par des maires du palais, par des ducs et par des comtes. Le duc, ou plutôt le comte Ancemond eut le gouvernement de Vienne où il était puissant. C'est lui qui a doté le premier les monastères de Saint-Pierre, de Saint- André-le-Haut et de Saint-André-le-Bas.

L'an 562, Gontran, fils de Clotaire P% prit le titre de roi dé Bourgogne, parce que, dans le partage des états de son père , il eut une partie de ce royaume, savoir : le duché de Bourgogne, le Dauphiné, la Savoie et la moitié de la Provence. Gontran mourut le 28 mars 593.

Childebert, fils de Sigibert, roi d'Austrasîe, avait été adopté par le roi Gontran , son oncle , institué son héritier en 537 et déclaré majeur en 585. Ce prince prit possession du royaume de Bourgogne, en 593, d'abord, après la mort de Gontran, mais il posséda la Bourgogne plutôt comme une province unie à la France que comme un royaume séparé. Childebeft mourut en 596. Thierri ou Théodoric, second fils de Ghildebert. succéda à son père, l'an 596. Son siège était à Orléans pour la France et à Chalon-sur-Saône

pour la Bourgogne. Il mourut à Metz, Tan 613. Ce second royaume de Bourgogne dura 52 ans.

Après la mort de Thierri aucun prince ne porta ce titre de roi de Bourgogne , et le royaume de ce nom devint comme une province unie à la monarchie française. Il fut démembré et morcelé dans la suite plus d'une fois par les partages usités entre les enfants des rois qui voulaient de tout et partout. D'autres révolutions étant survenues avec le temps, on vit successivement trois royaumes se former des débris de l'ancien royaume de Bourgogne : celui de Bourgogne transjurane, celui de Vienne , celui de Provence ou d'Arles.

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