‹ Fastes de la ville de Vienne, publ. avec des notesChapitre 41 sur 56 · TETE COIFFEE EN CHEVEUX · texte numérisé non relu

TETE COIFFEE EN CHEVEUX

TROUVÉE, l'an 1737, A SAINT-ROMAIN-EN-GALLES, PRÈS VIENNE, DANS UN TOMBEAU EN PIERRE CREUSÉ EN FORME d'aUGE (i\

La sépulture a toujours été libre chez les Romains. On enterrait les corps entiers ou on les brûlait, cela dépendait de la volonté du défunt, et de ce qu'il avait ordonné. Plularque observe que Numa Pompilius défendit qu'on brûlât le sien. Sylla fut le premier de la famille des Cornéliens dont on brûla le corps. C'est depuis ce temps-là, c'est-à-dire depuis les guerres civiles, que cette coutume commença à devenir générale. Elle se perdit peu à peu sous les empereurs chrétiens et cessa entièrement sous l'empereur Gratien.

La loi des douze tables défendit d'enterrer et de brûler les corps dans la ville. Il y avait des endroits hors des murs destinés à brûler ceux du commun à peu de frais ; pour ceux des personnes riches ou constituées en dignités, c'était toujours dans le champ de Mars. On enveloppait le corps d'une toile d'amiante qui est incombustible, afin

;l) La tète dont il est question se trouve lïgurée sur le manuscrit.

que les cendres ne fussent pas confondues avec celle du bûcher. Pour le peuple on mettait le corps sur un gril de fer, sous lequel était un vase appelé ustrinum pour en recevoir les cendres qui, malgré cette précaution, étaient toujours un peu mêlées avec celles du bûcher ; on lavait, avec du lait et du vin, les os que le feu n'avait pas entièrement consumés. On les enfermait dans une urne d'une matière plus ou moins précieuse suivant l'opulence ou la qualité du défunt. Les plus communes étaient de terre cuite. On les plaçait dans le tombeau de la famille avec une inscription sur l'urne ou au-dessous.

Les tombeaux étaient placés sur les propres terres des défunts ou le long des grands chemins. Les vestales furent les seules à qui la république accorda le droit de sépulture dans la ville, et si quelquefois elle l'accorda à d'autres, ce fut rarement et pour de grands services rendus à l'état. Les empereurs s'attribuèrent ce privilège. Les familles illustres avaient leurs tombeaux particuliers appelés Columbarium, C'était un sacrilège d'usurper ou de se servir du tombeau d'une autre famille, et il y avait la peine d'une amende considérable décernée contre les usurpateurs.

Lorsqu'on ne brûlait pas les corps, on les lavait dans de l'eau chaude, on les embaumait avec des parfums et on les mettait ordinairement dans une bière de terre cuite, et si c'étaient des personnes de distinction dans un tombeau de pierre (a) ou de marbre, dans lequel on

(à.) Sepvltus intelligitur quoquo modo condiius, humatus vero humo contectus, Plin. Nat. HisL lib. VII, cap. liv, édit. 1669, apud Hackios.

mettait des pièces de la monnaie courante, des lampes, de petites figures de divinités, des fioles, sur l'usage desquelles on dispute beaucoup aujourd'hui.

La coutume de brûler les corps était si générale du temps de Tacite qu'il remarque comme une chose singulière que le corps de la fameuse Poppée (a) fut embaumé à la manière des rois barbares. Corpus non igni abolitum , ut romanus mos , scd regum externorum consuetudine , differtum odoribus condiPu/r,

Les Romains ne prenaient pas de grandes précautions pour s'assurer de la mort des corps; après leur avoir fermé les yeux et la bouche, ils appelaient plusieurs fois le mort par son nom, à haute voix (b) pour connaître s'il était véritablement mort, ou s'il n'était point seulement tombé en faiblesse ou en léthargie, ensuite on le livrait aux libitinaires pour faire les funérailles suivant la volonté du défunt. Nous en avons un triste exemple en la personne d'Aviola. Ce consulaire étant sur le bûcher reprit ses sens, mais la vivacité des flammes empêcha de lui donner des secours et il fut brûlé vif, et quoniam subveniri non potuerat^ prœvalente flamma^ vivus concrematus est.

Le corps trouvé à Saint-Romain-en Galles, in Galllâ, était dans un tombeau de pierre selon la coutume des Gaulois qui ne brûlaient pas les corps. Il était entier.

(a) Seconde femme de Néron. (Ecriture différente de celle du manuscrit.)

(b) aniniamque . . .

Condimm, et magna supremum voce ciemus. Virgil. ,Eneid. m.

mais ce n'était plus qu'un squelette. Les seuls cheveux étaient bien conservés et paraissaient embaumés. On vovait deux tresses aux deux côtés de la tète et une derrière. Les cheveux étaient couverts d'une gaze très-fine. Peut-être était-ce un réseau ou la couronne virginale, corona pudicitia! , que les anciens mettaient sur la tête des vierges; quoique cette tête fut entièrement décharnée, il n'y manquait pas une dent ; les dents étaient si peu usées que les chirurgiens en ont conclu que c'était une jeune personne. On trouva à côté du corps deux petites fioles. Le tombeau ne portait aucune inscription. Le couvercle manquait, ce qui fait présumer qu'il avait été fouillé.

Le réseau qui couvrait la tête et plusieurs morceaux d'une étoffe de soie qui enveloppait le corps dénotent une personne de distinction. Héliogabale fut le premier empereur qui porta une robe toute de soie qu'on nommait alors holosérique, parce que la soie venait du pays des Sères qu'on appelle aujourd'hui le Kataï. La soie était si rare alors qu'on la vendait au poids de l'or, et plus de cinquante ans après Héliogabale, elle était encore fort chère puisque la femme de l'empereur Au rélien lui demandant la permission de porter une robe de soie teinte en pourpre, il lui dit, en la refusant, qu'il se garderait bien de peser le fil avec l'or, absit ut auro fila pensentur.

On demandera peut-être si ce corps était le corps d'un chrétien ou d'un payen. Trois choses me déterminent à croire que c'était le corps d'un payen ou d'une payenne : la situation du corps qui regardait le ciel, les fioles du

genre de celles qu'on appelle lacrymatoires, et le grand nombre de tombeaux des payens qui environnaient celui-ci.

Les chrétiens lavaient aussi les corps et les embaumaient ; il les enveloppaient de linges très-fins ou d'étoffes de soie, ils les laissaient exposés trois jours et veillaient auprès en prières. On observait de poser le corps sur le côté, le visage regardant l'orient ; on le mettait sous terre ou dans des caves où on les rangeait simplement, de là les catacombes. Quoique les chrétiens regardassent la mort comme un bien qui les délivrait des misères de celte vie et qu'ils crussent fermement à la résurrection, ils étaient très-exacts à rendre les derniers devoirs à leurs parents et à leurs amis, c'était plutôt un devoir d'humanité qu'un acte de religion. Les funérailles, dit Saint-Augustin, sont plutôt une consolation pour les vivants qu'un soulagement po*ur les morts, 2^ompx funeris, agmina exsequiarum, sumptuosa dlUgentia 'S'epulturœ, monumentorum opulenta constructio, vivorum '^^nt quallacumque solatia, non adjutoria mortuorum.

REMARQUES

SUn LES

Page 1