‹ Fastes de la ville de Vienne, publ. avec des notesChapitre 42 sur 56 · RUINES D'UN BAIN ANTIQUE · texte numérisé non relu

RUINES D'UN BAIN ANTIQUE

DÉCOUVERT, L*AN I748, DANS L^ENCLOS DES CAPUCINS DE VIENNE (l).

Vienne renfermait plusieurs palais dont j'ai parlé dans la description topographique de cette ville sous les Romains. Un de ces palais était situé sur la hauteur de Vienne, dans le lieu où Ton voit aujourd'hui le couvent des Capucins. JLes Viennois l'avaient fait construire et il leur tenait lieu de maison de ville, œdes publica, qua^n prœcelso civitatis Viennensium vertici sublimitas in immensum fastigiata sustulerat, Ghorier dit que ce palais était encore lorsqu'on y établit les capucins, environné de fortes murailles dont les moins épaisses étaient de cinq pieds. Elles formaient un pentagone et le côté qui regardait le couchant était fortifié en chacun de ses coins d'une tour solide de quinze pieds de diamètre, mais elles avaient été ruinées et elles n'étaient pas à moitié de leur ancienne hauteur. Il n'çn subsiste plus aucuns

(1) Gharvet a figuré, sur le manuscrit, des lignes indiquant le tracé des ruines du bain antique.

vestiges. Les capucins ont tout détruit pour se loger, et des tours ils en ont fait des cellules.

Sous le pontificat de saint Mamert, qui vivait dans le 5"® siècle, la ville de Vienne fut afifligée de plusieurs fléaux. L'an 469, le peuple étant assemblé dans l'église métropolitaine, la nuit qui précédait le jour de Pâques, le feu prit au palais dont je parie. Le peuple effrayé et tremblant accourut, les uns pour éteindre le feu , les autres pour veiller à la sûreté de leurs maisons. Saint Mamert, plein de confiance en Dieu , demeura seul au pied des autels, perstitit tamen coram festivis altarïbus invictus autistes, sanctus Mamertus, et il arrêta, par ses prières, par ses larmes et par la vivacité de sa foi, les progrès de Tincendie, miracle dont le félicita Sidoine Apollinaire dans une lettre qu'il lui écrivit à ce sujet où il lui dit: « Dans l'incendie qui semblait menacer toute la ville de Vienne, l'ardeur de votre foi a surmonté la vivacité des flammes, et sous les yeux d'un peuple saisi de crainte, la présence seule de votre corps faisait fuir les flammes du côté qui vous était opposé ; il est arrivé par un miracle frappant et inoui, que le feu, insensible par sa nature, a su vous respecter et vous obéir. Vous nous avez appris par ce prodige que l'incendie le plus furieux et le plus opiniâtre s'éteint plutôt par l'eau des larmes que par celle des fleuves. »

Adon et Sidoine ne sont point d'accord sur la manière dont se comporta saint Mamert dans cet incendie. Le premier fait demeurer le saint prélat dans l'église, perstitit tamen coram festivis altarihus. Le second le représente devant le palais incendié, objecta solo tui

corporis, Sidoine, ayant vécu du temps de saint Mamert, son assertion doit l'emporter sur celle d'Adon qui est venu plus de trois siècles après. On pourrait concilier ces deux auteurs en disant que saint Mamert resta d'abord dans l'église, mais que l'incendie augmentant, il sortit. La tradition a confirmé le sentiment de Sidoine. On voit %n l'église cathédrale de Vienne, dans la chapelle de sainte Christine, une peinture représentant l'embrasement de ce palais. Saint Mamert est debout devant le palais, les bras tendus vers le ciel ; les flammes semblent fuir sa présence.

L'an 1746, un citoyen de Vienne acheta une petite vigne qui joignait la terrasse des Capucins au nord et la donna à ces religieux qui l'qnt arrachée. C'est en remuant ce terrain pour lui donner une surface plus unie qu'on découvrit les ruines du bain dont je parle. Les charbons, le plomb fondu, mêlés parmi les ruines et les pierres calcinées prouvent l'incendie rapporté par Adon et par Sidoine.

La situation de ce bain qui était fort vaste est conforme aux règles que prescrit Vitruve. Il regardait dans sa longueur le couchant, balnearia occidentem hybernum spectent. Il était défendu des vents du nord par une colline élevée que les Romains avaient fortifiée ; ils l'appelaient Sospolium et nous mont-Salomont. Les proportions qu'exige ce célèbre architecte y étaient exactement observées. Sa longueur du midi au nord était de quarante-cinq pieds, la galerie non comprise, prseter scholam labri et alvei, et sa largeur de 30 pieds. La galerie avait douze pieds de diamètre. Elle était spacieuse et commode. Elle régnait tout autour du

bain de Teau froide et elle était couverte. Le toit était supporté par des colonnes de marbre brèche violette dont quelques morceaux étaient encore debout sur leurs bases.

Le canal avait deux pieds et demi de profondeur et trois pieds de largeur. Il était enduit d'un ciment extrêmement poli ; on y descendait de la galerie par deux degrés formés par une double assise de pierres de taille exactement jointes. Dans l'espace vide et découvert du carré long que formait le canal était un bassin de 33 pieds de longueur sur neuf de largeur. On voyait, aux quatre angles du canal, quatre petits déversoirs creusés dans l'épaisseur des pierres de taille qui empêchaient l'eau du canal de monter et de se répandre au-dessus de ses lèvres. L'eau qui coulait par ces déversoirs était portée au bain par un aqueduc qui prenant sa naissance à Gemens, à une lieue à l'orient de Vienne, amenait dans ce bain les sources fécondes de ce lieu. On a voulu réparer le bassin, mais inutilement, il était entièrement calciné. Les mosaïques et les fondements carrés qu'on trouva auprès du canal étaient sans doute les chambres, les étuves et les poêles, laconicum sudationesque sunt conjungendœ tepidario.

On découvrit, vers le même temps, un autre bain antique, sous le château de la Bâtie, dans un jardin ; le bassin était semblable à celui-ci, mais plus petit.

REMARQUES

RUR UNE

Page 1