DÉLIBÉRATIONS COMMUNES DE L'ÉGLISE DE VIENNE
Sig^nées U 'Blanc
SGCBÉTAIII9 DU GHAPITfiB ET COLLÈGE DE LÀ DIfE iGU8B CONGBHVANT
En Tan 1561 les Luthériens (a) vulgairement appelés Huguenots acommencèrent de régner fort en tout le royaulme de France, faisant plusieurs assemblées et presches la nuit aux bonnes villes, et de peu à peu acommencèrent à prescher de jour aux maisons et granges.
Et en Tan 1562, au mois d'apvril, acommencèrent de prescher publiquement mesmes aux églises, et en ce pays de Daulphiné. Pour mieux s'asseurer d'en estre maistres, et se saisir des villes, firent morir à Vallence monsieur de La Motte Gondrin, lieutenant général en ce pays de Daulphiné, en l'absence de monseigneur de Guise, pour le roy, et fut l'acommencement de may, furent maistres de tout ce pays, de Lyon et de la plus grande partie des plus bonnes villes de France. Les grandes cruaultés
(a) Les Luthériens et les Calvinistes furent appelés Huguenots dèd Tan 1560. Dans la suite ce nom fut affecté aux Calvinistes , et celui de protestans aux Luthériens. Le Blanc veut sans doute parler des Calvinistes et non des Luthériens qui n« parurent guère en France.
dont ils usoient rendirent les catholiques tous timides.
Le 2®may 1562, jour de dimenche, ils acommencèrent au matin et à Taprès diner de prescher à St-Mauris , et dès ledit jour, tant à St-Mauris qu'en toutes les aultres églises de Vienne ne se célébra aucune messe ny service divin jusques au jour de feste St-Michel en suivant, que le camp du roy conduit par M. le prince de Nemours et M. de Maulgiron, lieutenant par le décèds du sieur La Motte Gondrin, en l'absence dudit sieur de Guise, en ce pays de Daulphiné , vinrent du pays de Bourgogne et Lyonnois.
Le camp séjournât presque toujours en ceste ville dès le 27'* x^'^ jusques en apvril, et ce fust une payx tant en ce payx de Daulphiné qu'en France. Ce furent ung pillage aux pauvres popuUace, et gens d'église partout là où ils restèrent maîstres, ce saisissant des biens desdits ecclésiastiques et aultres qui estoient au service du roy, en faisant en leurs plaisirs.
Au dit temps de guerre , les églises ne furent pas ruinées par la payx que le roy fit avec eulx , il leur permit en toutes les bonnes villes d'y faire la cène, et prescher, toutesfois^hors des églises.
Durant que le camp séjournât en ceste ville faisoit assays bon vivre par la grande abondance des avivres qui arrivoient de tous costés.
En ladite année 1 562 fust grande abondance de bled et de vin, depuis ledit temps jusqu'à présent 1573 n'a esté si bonne sayson.
Au dit an 1562 lesdits Huguenots par trayson, et par
ung malheureux soldat firent morir ledit seigneur de
. Guise, pour un couple de pistoles , lequel estoit gou-
verneur général du roy et fidel serviteur de la Royne de France, que troblat fort toute ladite France.
Lesdits Huguenots , en plusieurs pays dej la France , usent de grandes cruaultés et omicides mesmes contre les ecclésiastiques.
En Tan 1564 fut bien peu de vin et en Tan 1565 , de sorte que la pinte de vin valloit en ceste ville, en certains temps desdites années, quatre sols la pinte, le bled froment valloit XXV à trente sols le bichet, l'avoine et la seigle XXIIII sols.
Les pidances acommencèrent d'être rares de toutes espèces.
En Tannée 1564, la peste de quoi Dieu nous préserve par sa saincte grâce, commença fort à régner en tout ce pays de France et fust presque universelle partout le monde en ladite année, et en Tannée 1565, mesmes guerres. Le roy Charles IX luy étant à Lyon en Tannée 1564 fut contraint d'abandonner cedit Lyon , et se retira en plusieurs villes de Daulphiné (a) (1) et fut contrainct d'abandonner aussi le Daulphiné à cause de la dite peste.
En juillet, aoust, septembre, octobre , novembre, la dite peste estoit fort grande en ceste ville de Vienne, de sorte que , en septembre , octobre et quelque peu des
(a) Le roy Charles IX se retira au château de Rossillon, à 3 lieues au-dessous de Vienne, il y donna l'édit qui fixe le commencement de l'année au i^^ janvier.
(1) Charles IX vint coucher à Roussillon, le lundi 17 juillet 1564; il y séjourna vingt-neuf jours , et en repartit le mardi 15 août , jour de la fête de l'Assomption, pour aller diner au château d'Anjou , et coucher à Jarcieux.
autres dits ïnois, ies pestifétéi^ étoient les pltis gMfids maistres dans li ville, et estoit totit à Tabandon lïieisl^ les uQâ parmy les aultres. Tous avivres estaût t^hers et régnât dans ladite ville à plusieurs reprises^ dès le moii de mars 1564 jusques en juing 1565.
Moururent beaucoup de gens dand ladite vîU© de Vienne, tant des grofe que d'un fort grand nombre pôptilace, mesmes moururent aussi beaucoup d'ecclésia^ti^ quês on l'église St*MaUris, St-Pierre, St- André et aultî^es églises.
En Tannée 1563 le roy Charles IX donnât pardon aux turbullents Huguenots qui restoient tousjours rebelles contre luy , estant conduits par ung Goligni admirai de France, soiis le prétexte de faire prescher l'évangile audit royâulme, promettants aux communs populats, pour les séduire qu'ils seroient exants de toutes tailles, pentions, servis
Lesdits Huguenots cétant rafraîchiz dans leurs maisons et remplis tousjours d'inquiétudes n'estant comptents des troubles et guerres par eux inventés, et faicts aux dites années acommencerent de se tourner, relever et à prendre les armes sous lé nom de la niaison de Borbon, roy de Navarre, et sous la conduite duditCioligîii, se saisissant de plusieurs villes en France et mesmes en ce pays de Daulphiné, comme de Vallence et de Romans, lesquelles demeurèrent quelques mois en leur subjection.
En ceste ville de Vienne estant de peu de couragô et mal àdvisés , ils firent les catholiques et léè Huguenots accord ensemble de ne se quereller ny demander rien, les ungs avec les aultres en bonne paix ,
eûsemble les ecclésiastiques , proiïi'ettait àâêiilé , potti^ éviter de mettre gens d'aWAes dàûs la Ville, et ce fùist à la rëcjiieste des bourgeois de ladite vilie, lesquels pour lés gtaûds mécliaticétés et grands troubles qu*îls âVaiéht faite en ladite ville auxdits premiers trouble*, craigûânt qu'on les mit en prison.
Mais lesdîts Huguenots étant i'emplis de méôhancôté ne cessèrent tacitement de donner intelligence à plusieurs Huguenots estant en armes près cette ville, de leur donner moyen et intelligenôe d'entrer en cesté ville, de sorte que ung samedi matin , quatrième jour d'octobre, feste de Saint-François, 15B7, ils entrèrent eneeste Ville par la porte Saint-Martin , avec promesse de ne s'y arester pas. »
Mais eux estant dedans, ils s'en rendirent maistres et ne voulurent sortir, disant qu'ils y esloient pour le roy, et qu'ils ne voulôient fâcher tant ecclésiastiques qu'aultrès, leur permettant de rester en ladite ville pendant qu'ils firent le contraire, car eux estants malsires, ils contraignirent les ecclésiastiques à s'absenter de la ville tacitement, et plusieurs auitres de ladite ville, y exerçant toute cruaulté, pillant gens d'église et plusieurs auitres de la ville.
Et furent maistres de ladite ville dès ledit quatrième jour d'octobre jusques à my novembre que M. le prince de Nemours vint d'Italie avec une grande armée pour le roy, qui les en déchassat par une nuit et s'en re^ tournèrent à Vallence où ils demeurèrent bien des années les plus forts.
Eux estant audit Vienne ils mirent le feu en plusieurs lieux en l'église St-Mauris, de sorte qu'ils la
ruynèrent et bruslèrent tout ensemble. Toutes les vitres fondirent, les cloches et les horloges.
Et le semblable firent en toutes les autres villes, de mesme aux Carmes et à St-André où ils preschoient et bruslèrent et abbattirent plusieurs maisons des ecclésiastiques principalement des Gordeliers, Jaccobins, etc.
La plus grande partie des ecclésiastiques se retirèrent durant lesdits troubles dans la ville de Lyon, que fut aux secondes guerres desdits troubles.
On acommença à faire le divin service à St-Mauris et dans la chapelle neuve, laquelle ne fut pas découverte, (a) sur la fin de novembre 1567.
Geste ville demeura longtemps troublée à cause de plusieurs grands compagnies qui vinrent du Languedoc, tant à Vallence, la Goste-St-André que aussi Annonay.
Au dit accord fait par ceux des habitants dudit Vienne avec les Huguenots , fut accordé que le chasteau Pipet demeurerait à la garde et conduite des catholiques dont en estoit et fut eslu pour capitaine messire Glande d'Orgeoise, chanoine dudit St-Mauris, lequel avec plusieurs de ladite église le garda fort vaillemment par l'espace de trois semaines estant les Huguenots maistres de la ville, que M. de Maulgiron vint en armes de Lyon, et ravitailla , et y eut un gentilhomme appelé capitaine GoUas qui le gardât avec plusieurs soldats fort vaillemment jusques à la venue dudit seigneur prince de Nemours.
Le chasteau de la Bastie, par ledit accord, fut remis
(a) La chapelle neuve : peut être la chapelle de St-Théodore qui joint le doyenné ; c'est la dernière chapelle construite dans la cathédrale par un Virieu. On l'appelle aussi la chapelle de Virieu.
en garde aux Huguenots de la ville, que fut la cause qu'ils y firent venir les aultres Huguenots ce quatrième dudit octobre.
En avril présente année 1573; se sont découvertes plusieurs trahisons que les Huguenots vouloient faire en plusieurs villes du Daulphiné , comme à Grenoble ,
Vienne, Romans et aultres leur intention et trayson
furent découvertes dont plusieurs furent punis par justice et aultrement.
En ceste ville, entre tous les aultres malheureux Huguenots , il y en avait un nommé Jacques Gabet, juge royal dudit lieu lequel estoit ung des plus malheureux Huguenots de toute la France, estant des premiers séditieux, ayant esté de la faction d'Amboise (a) ayant fait toutes les premières entreprinses contre le roy dans toutes les guerres par eux faictes, ayant tray ceste ville de Vienne, contre sa promesse par deux foys, la première en may 1562 et la seconde en octobre 1567 et jusques en avril 1573 qu'il s'est efforcé la réduire et la rendre aux Huguenots, ce qu'il n'a pu faire.
Ledit Gabet par ses meschancetés dont il usoit toujours, luy estant à Ghatonnay, faisant entreprinse de se saisir de ceste ville de Vienne, fut prins par les soldats de ceste ville, le vingt-cinquième apvril et se voulant rebeller, en l'amenant fut tué par les soldats à coups d'arquebusades, au grand contentement des habitans de cette ville tous loyaux serviteurs du roy.
(a) La conjuration d' Amboise de 1 an 1 560 fut le premier coup d'essai de la révolte des Calvinistes. La cour était à Amboise , ils s'y rendirent secrètement de toutes les parties du royaume, pour enlever le roy et massacrer les Guises. Cette conjuration fut découverte, et on en prévint l'etfet.
202 FABTES DB VIENNE
Bn l'An 1B72;, à la Tousfeaikit et premiisr jour tiie no^vembre^ Thyvers acommencat en ceste ville et contitmM bien fort avec grand frois continuellemeint nageant de jour en jour. Huit jours ^pTè% Nobel acommencat à faire pins grand neige que auparavant avec grand frois plus continuel durant et continuant jusqu'à la Saint- Vin cenl, de sorte que les gens ne la pouvoient endurer et ne oon^ tittua :ung pen de doulceur de (émps que.;4...... quatrô
jours que le froit retomat une grande neigè% La règle dm bonnes gens mriens fut exprimentée. Le jour de la leste Nostre-Dame de la Gbandeleuse^ parce que le soleil piarut nn peu le matin, Youts torna en sa quabarîie pour quarante jours et plus de soixante, de sorte que Thyvers dura jusqnes au vingt-huitième d'apvril , hormis quelques peu de jours entre deux, de sorte qu^ l'ioti ne pou*vait oblyer sa robbe forrée, ayant -souvente foie tant de nege en apvril que en mars et mesmes que la dinianche de OuaiBimodô, cinquième apvril, le froid en plus commençât de se reprendre et dura jusques au vingt4iuitième jour, en 'sorte que le lundi apvril vingtième dudit moite , les vignes de tout ce pays et ciroonvt)isins et pailout le pays de France et autres pays, par ouï dire ,
gelèrent et en beaucoup de pays ftoits les blèds.....
Le froment le 25""® jour du mois d'apvril 1-573 valut at marché ciùquante-cinq sols le bichet et la seigle quarante-cinq et quarante-quatre la plus belle. Le bon vin vault à présent à six et sept frans la sominéè.
Le Blaxc , Secrétaire.
Le 23"*' jour du mois de may le froment vallut -au marché dessoubs Tasle^ le plus beau quatre francs deux
sols. La seigle vallut audit jour que dessus trois francs six sols.
Juillet 1573
Le 23"' jour du mois de juillet, le vin s'est vendu bien cher, n'ayant point de vin parmy la ville et s'est vendu le pots deux sols, le moindre et le meilleur dix liards sans être cryé , encore on n'en pouvait presque trouver à ce prix.
La cause a esté d'une infortune qui est venue sur les vignes d'une gelée fort rude et a été en beaucoup de lieux le semblable qui a causé ceste grande chereté en la présente année que dessus.
L'année commençoit alors au 25™' de mars , on l'appeloit l'année de rin(5ài*tiatldn du Sauveur. Les vignes gelèrent donc deux fois, sçavoir : le 20 avril 1572 et dans le mois dé mars suivant aptes le 25 de ce mois. ^
Plus en cette année (1573) le vin s'est vendu à couvert. Le bon vin quatre sols et demi le pot et le mo^en au que la maison de là ville a faict.
le pot et a continué ce prix depuis vendanges....
au mois de décembre courant les vins qui d*en bas
qui les ont ung peu ràvallé , a commençât au mois de septembre derfaier 1573, la plus grand chereté. )f>
Nota. ---J'ai corrigé plusieurs fautes de chYOûologie et plusieutB erreUïs de noms dans la narration de Le Blanc. Cela est étonnant d'un homtûe contemporain des faits. On peut pardonner les erreurs de noms à uû chroniqueur ignorant, mais on ne lui pardonne pas les anachronismes sur des faits qu'il a vus. L'hiàtoire est bien à plaindre d'avoir de semblables auteurs.
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