‹ Fastes de la ville de Vienne, publ. avec des notesChapitre 55 sur 56 · SUR LE DAUPHINÉ · texte numérisé non relu

SUR LE DAUPHINÉ

Composés Van 14S6, par ordre du dauphin qui était pour lors à Romans ; il fut dans la suite ^oi sous le nom de Louis XL

Bataille de Verneuil,

L'an mil quatre cent vingt-quatre , le dix-septième d'aoust, fut la bataille de Verneuil, et là mourut environ trois cents chevaliers et escuyers du Dauphiné , et toute la fleur dont fut grand dommage. Les gens des trois états du Dauphiné, en mémoire perpétuelle de la vaillance et loyauté des Dauphinois ont fait fonder une messe , tous les jours , au couvent des Jacobins de Grenoble , qui se dit au grand autel et au-dessus des chaires , là ou se séent le prêtre diacre et soûdiâcre , ont fait peindre une grande image de Notre Dame ayant un grand mantel , dedans lequel sont peints lesdits nobles qui furent morts à ladite bataille, tous armés avec leurs cottes d'armes.

La pareille messe et pareille peinture a esté faite à S*- Antoine de Viennois au monastère.

Histoire de la Pucelle (TOrléans.

L'an mil quatre cent vingt-neuf , vint ladite pucelle, et par son moyen fut levé le siège ainsi comme inexpugnable que les Anglois tenoient devant la Cité d'Orléans.

L'an dessus dit , elle mena le roy à Rheims et la fut couronné le dix-septième jour de juillet comme par miracle (a).

La dessus dessusdite Pucelle estoit de Lorraine du lieu deVaucouleurs et fut amenée àmondit seigneur le Dauphin, par le chastellain dudit lieu habillée comme un homme ; avoit courts les cheveux et un chaperon de laine sur la tête et portoit petits draps comme les hommes de bien simple manière et parloit peu, sinon qu'on parla à elle. Son serment estoit au nom de Dieu. Elle s'appeloit Jeanne. Elle appeloit mondit seigneur le Dauphin , le gentil Dauphin et ainsi elle l'appela jusqu'à ce qu'il fut couronné à Rheims. Aucune fois l'appeloit l'auriflambe , et se disoit qu'elle estoit envoyée de par Dieu pour déchasser les Anglois et que pour ce faire il la falloit armer dont chascun fut esbahy de celles nouvelles et de prime face chascun disoit que c'estoit une trufiferie et a nulle chose qu'elle dit on ajoutoit point de foy.

Clercs et autres gens^ d'entendement pensèrent sur cette matière et entre les autres écritures fut trouvée une prophétie parlant en ceste manière: descendet virgo deorsum Sagltarii et flores virgineos obturabit.

(a) Ce fait est déplacé. Le roi Charles VII ne fut couronné à Rheims qu'après la défaite des Anglais et la levée du siège d'Orléans.

332 FÂBTES DE VIENKE

Avant que mondit seigneur le Dauphin voulsit mettre ny adjouter fay a ladite Pucelle comme prince sage mist en conseil ceste besongne, et furent les clercs mis ensemble > lesquels après plusieurs disputations furent de l'opinion qui s'en suit.

Premièrement que mondit seigneur le Dauphin attendu la nécessité de luy et de tout le royaume et considéré les prières continuelles du pauvre peuple envers Dieu et tous autres aimant paix et justice ne devoit point desbouter n'y mettre arrière ladite pucelle qui se dit envoyée de Dieu pour le reconforter et lui donner secours, nonobstant que les promesses et les paroles de ladite pucelle soyent par dessus œuvres humaines ; aussi mondit seigneur ne doit pas adjouter foi et légèrement croire à elle, mais en suivant l'escriture sainte la doit faire éprouver par deux manières, cest a sçavoir par prudence humaine en enquérant de sa vie, de ses mœurs, de son intention, comme dit S*-Paul : Probate opéra ipsius^ si ^r Deo mnt , et la seconde manière par dévoles oraisons requérir à Dieu; signe d'aucuns secours ou espérance divine par quoy on peut juger que ladite pucelle est venue de la volonté de Dieu; ainsi dit Dieu à Achaz qu'il demandât signe quand il plairoit à Dieu qu'il eut victoire en lui disant : Pete tibi signum a domino Deo tuo.

Mondit seigneur le Dauphin en suivant ladite délibération fit éprouver ladite Pucelle, de sa naissance, de sa vie , de ses mœurs , et de son intention et n'y trouva l'on que tout bien , puis la fit garder bien et honestement par l'espace de six semaines en la toujours examinant; et fut montrée à clercs , à gens d'église , à gens de grande prudence, à dévotion, à gens d'armes, à femmes hon-

Mstes, veuves et autres publiquement et secrètemeut* Ladite pucelle a conversé avec toutes manières de gens, mais en elle on a trouvé que tout bien comme humilité, virginité, dévotion, bonnes teté en toutes choses et simplesse.

Quant à la seconde manière de la probation , mondit seigneur le Dauphin lui demanda quelle fit aucun signe pour qu'on dut ajouter foy à elle qu'elle fut envoyée de par Dieu. Elle répondit que devant la ville d'Orléans elle le monstreroit et non pas avant ny en aucun lieu , car ainsi lui avoit esté ordonné de par Dieu.

Les choses susdites faites, fut çonclud , attendu ladite approbacion faite par mondit seigneur le Dauphin en tant qu'il a esté possible et que nul mal n'a esté trouvé en ladite pucelle, vu sa constance et sa persévérance en son propos et ses instantes requêtes de soy armer et aller devant Orléans, pour y montrer signe de divin secours.

Mondit seigneur le Dauphin fit armer et monter ladite Pucelle et je ay oui dire à ceux qui l'ont vue armée qu'il la faisoit très bon voir et se y contenoit aussi bien comme eût fait un bon homme d'armes et quand elle es toit sur fait d'armes , elle estoit hardye et courageuse et parloit baudement du fait des guerres ; et quand elle estoit sans harnois, elle estoit moult simple et peu parlant.

Avant qu'elle voulsit aller contre les Anglois, elle dit qu'il falloit qu'elle les sommât et requist de par Dieu qu'Us vuidassent le royaume de France et fit escrire des lettres quelle même dicta en gros et lourd langage et mal ordonné. J'en ai leues les copies dont la teneur s'en

suit; et au-dessus desdites lettres avoit escrit: entendez les merveilles de Dieu et de la Pucelle.

1" Lettre au Roy d'Angleterre.

Roy d'Angleterre faites raison au roy du ciel, de son sang royal , rendez les clefs à la Pucelle de toutes les bonnes villes que vous avez enforcées en France. Elle est venue de par Dieu pour réclamer tout le sang royal. Elle est toute preste de faire paix, si voulez faire raison , par ainsi que rendiez France et pays et ce que lui avez toUu , et si ainsi ne le faites je suis chef de guerre en quelque lieu je atteindrez vos gens en France , s'ils ne veulent obéir je les en ferai yssir, veulent ou non, et s'ils veulent obéir je les prendrai à mercy. Elle vient de par le Roy du Ciel corps pour corps vous bouter hors de France , et vous promet la dite pucelle quelle fera si grand hahay qu'il n'y a mil ans qu'en France ne fut si grand. Si vous ne lui faites raison croyez fermement que le Roy du Ciel lui envoyera plus de secours que ne lui sçaurait mener d'assaults à elle et à ses bonnes gens d'armes.

2"* Lettre aux Gens d'Armes.

Entre vous autres archers , compagnons d'armes vaillans qui estes devant Orléans, allez vous en en votre pays de par Dieu et se ainsi ne le faites donnez vous garde de la Pucelle et de vos dommages vous souvienne bien brièvement; ne prenez mye votre opinion, car vous ne tien-

drez mye France qui est du roy du Ciel le fils Ste-Marie mais le tiendra le gentil Charles. Si vous ne croyez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle en quelque lieu que nous vous trouverons nous frapperons dedans à grands horions , si verrons lequel meilleur droit auront de Dieu ou de vous.

3"* Lettre aux Capitaines Anglais.

Guillaume La Poulô , comte de Suffort ; Jean , sire de Talbol et vous Thomas sire Descales, lieutenant du duc de Bethfort , soy disant régent de France de par le roy d'Angleterre , faites réponse si vous voulez faire paix à la Cité d'Orléans et si ainsi ne le faites de vos dommages vous souvienne.

4"® Lettre au Duc de Bethfort.

Duc de Bethfort qui vous dites régent de France pour le roy d'Angleterre , la Pucelle vous prie et requiert que vous ne vous fassiez détruire. Si vous ne faites raison au roy du Ciel, pourrez voir qu'en sa compagnie les François feront le plus beau fait qui onques ait esté fait en la chrestienté. — Ecrit le mardi de la grande semaine.

Lesdites lettres furent portées et baillées desquelles on ne tint pas compte et pour ce elle délibérât de tirer outre , mit sus un estendart et monta sur un grand cheval bien armée et habillée et avec les gens d'armes que monseigneur le Dauphin lui bailla , elle alla à Orléans où les Anglois avoient mis le siège très-fort

et selon cours de nature inexpugnable , mais par le moyen de ladite Pncelle et moyennant la grâce de Dieu furent assaillis moult vaillement les très fortes et men-pugnables batailles que les Anglois avoienk faites et tout le si^ levé au très grand •< dommage eï très^grande confusion des Anglois.

Et là en après ladite Pucelle fit une très-grande poursuite encontre les Anglois en recouvrant villes et chasteaux et depuis la prinse d'Orléans les Anglois ny leurs alliez n'eurent force ne vertu par ainsi le restoùrnement de France a esté moult merveilleux.

Bataille d'ArUhon.

Louys de Chalons, seigneur d'Arlay et prince d'Orange , homme et vassal du Dauphin comme dessus est déclaré , voyant le royaume bien au bas , et en petit estât, et que le roy Dauphin avoit petite puissance, voyant aussi que tous les nobles du pays de Dauphiné portant armes estoient demeurez à la bataille de Verneuil et que le Dauphiné etoit pour lors de petite et pauvre défense, mit en son damnable propos et dessein de conquérir et usurper le Dauphiné, et voyant qu'il n' avoit point de Port sur le Rhône pour entrer en Dauphiné, procura et fit tant sur la relaissée 'de feu M. Bertrand de Saluces qui estoit mort en ladite bataille de Verneuil , qu'elle lui remit et transporta tous les droits et actions qu'elle pouvoit avoir aux chasteaux d'Anthon , Colombier et S*- Romain où ladite relaissée n'avait point de droit.

Pt sous couleur dudit transport l'an mil quatre cent

vingt-huit, près de la fin du mois d'avril, ledit prince envoya ses gens d'armes à ladite relaissée qui estoit dedans ledit chastel d'Ânthon qui les mit dedans et s'en alla. Tantost après ledit prince y envoya deux cents hommes d'armes , lesquels passèrent par le port d'Anthon et fournirent le chastel de gens d'armes et de traits , puis prindrent ledit Colombier et S-Romain et le garnirent aussi de gens , paravant ledit prince avoit mise grosse garnison au chasteau d'Auberive près de Vienne. Après qu'ils eurent garnis ainsi secrètement lesdites places, ils les firent fort fortifier , puis coururent par les mandements desdites places et autres des pays voisins et prindrent -prisonniers , bêtes et autres biens de ceux du pays le firent forte guerre au Dauphiné qui dura jusques à la bataille d'Anthon.

Au Dauphiné n'avoit point de gouverneur car quand messire Mathieu deFoix, comte de Gomminge, gouver** neur du Dauphiné , lesquel estoit le compagnon d'armes dudit prince , sut que ledit prince vouloit faire guerre au Dauphiné laissa le pays et résigna sondit office à messire Raoul, seigneur de Gaucourt, lequel vint à Grenoble prendre possession dudit office; après ce qu'il l'eut prins, vinrent nouvelles que du tout la guerre estoit ouverte dont il fut bien esbahy , disant faudra-t-il que le pays se perde en mes mains, mise la chose en délibération qu'il estoit de faire , la chose estoit ainsi comme en désespoir, vu qu'on avoit souvent escrit au roy Dauphin qu'il y voulsit pourvoir et qu'il avoit rescrit que considéré ses grandes affaires qu'il avoit qu'on fit le mieux qu'on pourroit , vu aussi que le pays estoit dépourvu de gens à défense. Toutefois on délibéra qu'il estoit ex-

pédiant que ledit gouverneur incontinant se transportât à La Coste-Saint-André , près desdits ennemis , et qu'il menât avec lui messire Jean Girard , son lieutenant ; messire Jean Dury ; messire Louys Portier ; Jean de la Barre, thrésorier; et moi Conseiller Delphinal, et des nobles ce qu'il pourroit avoir et que Ton advisa au mieux qu'on pourroit sur la défense du pays ; et fut dit que , pour les avoir, falloit faire emprunt parmi le pays pour avoir argent promptement et puis on feroit une taille pour restituer.

Tout ainsi fut fait. Monseigneur le Gouverneur, après ladite délibération , s'en alla au royaume , au pays de Velay où estoit un capitaine appelé Rodrigues de Villandras du pays d'Espagne, lequel il amena avec ses gens et leur fut baillé argent pour passer et passèrent sur le pont du Rhosne à Vienne. Messire Humbert de Groslée, maréchal du Dauphiné , capitaine des frontières du Lyonnois et du Masconnois, fit amas de gens ce qu'il put tant du Dauphiné que d'ailleurs, lesquels avec les gens dudit Rodrigues mesdits seigneurs gouverneur et maréchal tout droit menèrent devant Auberive et y donnèrent l'assault. Ceux de dedans au commencement vaillament se défendirent puis eurent le cœur failly et se rendirent leur^ biens sauves. Après qu'ils eurent rendu la grosse tour l'on fust esbahy comment ils avoient estez si lâches de aussi tost se rendre , que ladite tour estoit forte et de grande défense et qu'ils estoient beaucoup de gens dedans bien habillés ; ils s'en allèrent un baston au poing.

Après que ladite tour fut rendue Monseigneur le Gouverneur en fit abattre la pluspart, l'autre demeurant y est encore en signe que la place et le seigneur ont

esté rebelles à leur prince et inféaux et de ce doit onavoir souvenir et mémoire perpétuelle.

De ladite place d'Àuberive Monseigneur le Gouverneur et Monseigneur le Maréchal avec ladite compagnie s'en allèrent par toutes les places que les Bourguignons tenoient et les prindrent toutes jusques au chastel de Colombier qui estoit très-bien fortifié et y avoit bonne garnison; la mirent le siège et dedans peu de temps après donnèrent plusieurs assaults , flnablement ledit chasteau fut prins et tous ceux qui estoient dedans. Ce fut le samedi dixième de juing mille quatre cent trente.

Le prince partit de Bourgogne à grand et nobles armes, tant pour renforcer ces gens qui estoient déjà en Dauphiné, comme pour le conquester et passa le Rhône au port d'Anthon ledit jour, ignorant que ledit Colombier fut prins, et quand il fut dedans le chasteau d'Anthon , il se fit appeler Dauphin de Viennois et donna les offices du pays, des chasteaux et villes et aultres biens dudit pays, il disposa à son plaisir et les distribua de bouche à ceux qui estoient avec lui , en soy moult glorifiant et disant qu'il les feroit tous riches, mais sa gloire ne dura guère Dieu mercy.

Mesdits seigneurs, gouverneur et mareschal désirant tirer à Anthon, pour mettre le siège devant et pour déchasser ceux qui y estoient, ignorant que le prince y fut arrivé, y envoyèrent Dauphin le hérault, pour sçavoir comme estoit des Bourguignons; quand il fut là, il trouva ledit prince , il fut prins et détenu et par lui il sçut comment Colombier etoit prins , pour ce il fit sonner ces trompettes et a toute son armée que moult faisoit beau voir, à belles bannières et estandarts desployés, démarcha

dudît Anthon pour tirer audit Cîolombier eu belle bataille, bien ordonnée et envoya deux gentilhommes devant pour sçavoir comment il estoit de Colombier, lesquels furent prins et interrogés où estoit le prince , et respondirent qu'il estoit près de là au rivage d'un bois , où il faisoit des chevaliers pour donner la bataille; lors mesdits seigneurs, gouverneur et mareschal mirent deslibérations qu'ils dévoient faire et plusieurs grandes difficultés y eust de donner bataille sans Tavis et commandement du roy Dauphin, mesment considéré qu'ils estoient peu de gens au regard des ennemis et si bataille se perdoit, tout le pays seroit perdu sans nul contredit et puis après tout Languedoc et Lyonnois , par ainsi le demourant du royaume seroit aussi en branle d'être tout perdu; et puis fut dit au contraire qu'attendre la licence et secours du roy ce estoit nyant, vu que le prince estoit si près et en si grandes armes, d'autre part de ne donner bataille et de laisser aller par le pays l'armée du prince et défendre les places que ce ne seroit que guerre guerroyable pour gaster le pays et à la fin le perdre et pour ce fust délibéré et conclud de courir sur les dits Bourguignons et de les surprendre et par celui moyen et à Taide de Dieu on viendroit au dessus et seroit sauvé le pays , vu que le prince avoit très-mau^ vaise querelle et venoit contre son titre , ses promesses et ses serments et contre les apointements qui paravant avoient estes prins avec lui de non faire guerre ne donner dommage au pays. Geste conclusion prinse Rodrigues dit : mes gens sont estrangers et de diverses nations et ne me auserois pas bien fier en tous, pour ce je vous prie que me fassiez cet honneur que j'aye l'avani-garde et à

l'aide de Dieu je m'y porterai tellement que vous en serez bien contents; mesdits seigneurs , gouverneur et mareschal eurent considération auxdites paroles dudit Rodrigues et a ce qu'il estoit estranger et avoit libéralement octroyé de venir au secours du pays lui passèrent sa requeste dont il les remercia et en fut très joyeux. Ce fait, fust crié que incontinent chascun fust monté et habillé et chascun se mit en bon estât et puis on but légèrement après fut dit publiquement que si il y avoit personne qui èust peur qu'il se retira lors chascun respondit qu'il avoit bon cœur, puis leur fut dit vous serez tous riches en ceste journée , le prince d'Orange nous vient assaillir en nostre pays, a son très grand tort et nous avons juste et raisonnable cause de nous défendre, Dieu nous aidera , pour ce ne soyez esbahys s'ils sont plus que nous; l'avant-garde, la bataille et les aisles , selon le peu de monde qu'il y avoit furent très bien ordonnés et chascun avoit très grand cœur et joyeux de bien faire son devoir et ainsi se despartirent dudit lieu de dolombier pour aller au devant dudit prince qui desjà estoit en une grande plaine entre Anthon et Colombier, faisant ses chevaliers, comme dit est, et quand il vit les Dalphiniens, il n'en fit pas grand compte vu le petit nombre qui estoit au regard de ses gens et ne tenoit pas mains que quand viendroient à l'assemblée, Rodrigues et ses gens ne s'enfouissent et que du demourant tantost en viendroit au dessus.

Quand nos gens furent prêts a coup subitement et à grands cris frappèrent dedans les gens du prince tant qu'ils les rompirent et mirent en desarroy et adonc le prince honteusement s'enfouit et fust poursuivi jusqu'au

port d'Anthon ou il passa et laissa sur la place sa bannière et son estendart, et toute son armée de laquelle y en eust plusieurs morts et en especial le comte de. . . . et la compagnie des Allemands qu'il menoit fust la plus maltraitée en morts et des vifs la pluspart fut emprisonnée et les autres s'en fouyrent. Ladite desconfiture , par la grâce de Dieu fust faite l'an mil quatre cent trente le unzièsme jour de juin, estoit dimanche et la fête de la Trinité et de Saint-Barnabe apostre» en bon jour bonne œuvre.

De la on alla à Anthon ou on ne trouva pas grande résistance. Ladite bataille fust faite entre Anthon et Colombier et plus près de Colombier que d'Anthon. Du costé du prince d'Orange avoit environ huit cents chevaliers sans les autres gens. Les notables faits prisonniers ont payez de grandes rançons. La journée fust très bonne pour les gens de notre part et bien a etez raison.

Rodrigues fit porter en son pays la bannière du prince. Son estendard grand et bien pompeux, la moitié rouge , la moitié perse, au plus haut duquel a un soleil d'or qui estend ses rays au long de l'estendard jusques au bas, fut porté à Grenoble et la est encore en la chapelle de messeigneurs les Dauphins. Les autres estendards et bannières des capitaines pareillement y demeurèrent. L'estendard du seigneur de Salneuve blanc et rouge fut porté audit Grenoble et mis en la grande église. Les autres furent portés en d'autres lieux.

Le prince d'Orange fit une très grande dépense pour mettre en exécution son mauvais et damnable propos et tout perdit en une heure, et qui pis est, son honneur. Il estoit de l'ordre du duc de Bourgogne lequel lui fust osté

parceque honteusement s'en estoit enfôuy et condamné de ne jamais n'avoir bannière ni estendart jusqu'à ce qu'il les aye recouvrez en justes et raisonnables et honorables batailles. Mais jamais ne le fera car il est vieux, et pour ce porte en sa devise ce non plus » parce que M. de Bourgogne lui ayant dit qu'il falloit qu'il retournât à Anthon en Dauphiné pour recouvrer ce qu'il avoit perdu , il lui repondit « non plus » et depuis a porté celui mot.

Avec ledit prince avoit les plus especiaux et vaillans de Savoye et, qui pis est, des terres qui sont de l'hommage des Dauphins. Ils n'y allèrent pas sans le congé et vouloir de leur seigneur le duc de Savoye qui estoit consentant de ladite entreprinse et avoit contracté pache et convenance avec ledit prince.

Tantost après ladite bataille mesdils seigneurs gou-^ vemeur et mareschal avec leur armée s'en allèrent en la principauté d'Orange et d'assault de bonne et juste guerre conquirent la ville et le chastel et toutes les autres places de la principauté.

. De ladite bataille d' Anthon s'en est suivi un gage de bataille l'an mil quatre cent trente-un entre un gentilhomme de Bourgogne nommé Louis de Maulpré appelant et un autre gentilhomme de Dauphiné nommé Pierre Pellerin , défendeur et appelle la journée audit gage devant mondit seigneur le gouverneur eslu a ce par les dites parties fat tenue à Vienne le dixiesme juillet Tan que dessus et là se trouvèrent environ de sept à huit cents autres chevaliers et escuyers tant du royaume de robéissaoce du roy que du Dauphiné dont les Ànglois et les Bourguignons furent bien esbahys car ils ne cuydoient pas que attendu les pertes que le roy avoit

faites l'on put encore trouver si notable et belle compagnie en l'obéissance du roy , laquelle chose depuis porta grand profit au roy Dauphin et pour la cause que je fus présent en ai fait un traité et procès-verbal.

Sur le Comté de Vienne

J'ai mis peyne de quérir et visiter plusieurs et diverses anciennes escritures tant de vostre chambre des comptes estant en ceste cité de Grenoble que ailleurs par lesquelles j'ai trouvé que avant ce que votre pays eut la dignité delphinal et se nommât Dauphiné en iceluy avoit plusieurs et divers titres de seigneuries comme les Comtes de Viennois et d'Albon et la baronie de la Tour qui duroient deçà la rivière du Rhosne depuis Lyon jusqu'à la chapelle S*- Vincent qui est sur le chemin tirant audit Grenoble entre votre ville de Voreppe et votre château de Gornillon et s'étendoit aussi ledit Comté de là ledit Rhosne au royaume de France. Ladite chapelle S -Vincent fait limite entre Viennois et Graisivaudan.

Item avoit audit Dauphiné au pays des montagnes le comté de Graisivaudan , le duché de Champsaur^ les comtés d'Embrunois et Gapençois, la principauté de Briançonnois, le marquisat de Sésanne et la baronie de M<mtauban.

De là le Rhosne au pays qui s'appelle maintenant en général le pays de Savoye s'étendoit ledit pays de Dauphiné et avoit la baronie de Coloigny et de la Vaulboyn^, de Faussigni et de Mauléon> sous lesquels «omtés et ba-

roni€s et seigneuries dessus déclarées avoit plusieurs grands et notables hommages et autres droits.

Lesdits comtés de Vienne et d'Albon estoient les plus grands et les plus notables dignités et les plus anciennes de toutes les autres dessus nommées.

Est cy à sçavoir que anciennement le seigneur desdits comtés et seigneuries s'appeloit en son surnom Dauphin et portoit en ses armes le poisson Dauphin et estoit aussi seigneur de la comté d'Auvergne et après lui , il laissa deux flls le plus aisné fut seigneur des comtés de Viennois et d'Albon et s'appela comte Dauphin de Viennois et d'Albon, et l'autre s'appela comte Dauphin d'Auvergne.

Longtemps après entre les successeurs desdits frères il fust question desdites armes et pour ce fut appoincté que le comte Dauphin de Viennois à l'occasion dudit comté estoit le plus notable et ancien porteroit en ses armes le Dauphin vif ayant les aureilles rouges et le comte Dauphin d'Auvergne porteroit le Dauphin mort ayant aureilles blanches. Lesdits comtes Dauphins de Viennois et d'Albon et leurs successeurs tant par succession , par mariages que autrement, acquirent depuis les autres seigneuries et est à sçavoir que la plus noble et la plus ancienne cité du Dauphiné et qui première fut chrétienne en Gaule en deçà les monts, est la sainte cité de Vienne et pour ce premièrement en parlerai.

Guignes ou Hugues III, flls de Guignes II dit le gras et petit fils de Guignes P"" dit le vieil, comte de Graisivaudan fut le premier qui porta le nom de Dauphin de Vienne ; il mourut l'an mil quarante- trois. Ledit Dauphin Guignes III fut le premier qui mit sus la dignité Delphinal ; il s'appela Dauphin de Viennois en ses lettres avec les

autres dignités dessus nommées et ses successeurs se sont ainsi . nommés et tout le pays, comprises lesdites dignités, se commença appeler Dauphiné. Ledit Dauphin Guignes III estoit aussi comte d'Albon. (a) Et le comte de Mauriennequi s*appeloit Humbert Blanches mains, fut le premier qui s'appela comte de Savoye pour ce qu'il tenoit son pays en grande sûreté à ceux qui vouloient passer les monts , son pays s'appela en latin Salva via et en francois Savoye. (1)

Juridiction des Comtes séculiers.

Elle se bornait dans Vienne aux halles des Boucheries ' et de la Matterie, aux maisons qui y avaient leurô entrées et leurs sorties, à la place du Bacon , platea Petasonis , aux rues orbes ou culs de sac qui ont une entrée sans issue , à la place du marché aux bœufs ( le Gharneve ) . Pendant la foire des Gomtes séculiers qui durait depuis la S*-Martin jusqu'à la S*®-Gatherine, ils avaient toute la leyde et les clefs de la ville. L'archevêque avait aussi une foire de quinze jours, elle commençait le vendredi immédiat après la fête du corps de Dieu.

(a) Le Dauphin Guigues III quitta le nom de comte de Graisivaudan pour prendre celui de comte d'Albon. Ses descendants l'imitèrent , et le titre d'Albon succéda à celui de Graisivaudan qu'ils ne prirent plus.

(l) Charvêt fait suivre cet article d'observations qu'il a intitulées : Remarques,

Il n'existe que cinq lignes , le reste a été détruit, ainsi que les articles ayant pour titres :

Origine des Cqnsul$ de Vienne ;

De Mistralia^

L'Empereur Sigismond à Lyon et à Paris,

L'an mil quatre centquinze l'Empereur Sigismond, dernièrement mort, allant au royaume de France mettre paix entre le roy et les Angloys fut à Lyon ; et la avoit entreprins avec le comte de Savoye Amé , dernièrement mort, de le faire duc audit Lyon et estoient les choses toutes prestes, mais les oflBciers du roy et ceux de ladite ville ne souffrirent point que la chose se fit ainsi. J*étois présent et vis la contradiction et pour ce ledit Empereur retourna en Savoye à Chambéry et fit duc ledit comte. Puis de la je m'en allois à Paris ou je vis l'entrée dudit Empereur qui fut moult notable. Après peu de jours il voulut visiter la Cour de parlement , et on le fit asseoir au plus haut des présidents , puis demanda audience. Messire Guillaume de Saigne qu'il menoit avec lui, lors avoit en ladite cour procès pour la sénéchaussée de Beaucaire auquel messire Guillaume en plaidoyant entre autres choses, on lui opposa qu'il n'estoit pas chevalier, ès-armes. Lors soudainement ledit Empereur fit venir a lui ledit messire Guillaume et incontinent se dressa et tira l'épée que l'on tenoit devant lui , en frappa ledit messire Guillaume en le faisant chevalier, et lui va dire, on ne t'opposera plus que tu ne sois chevalier. De cet exploit la cour fut scandalisée et disoient plusieurs que c'étoit mal fait et mettoient en avant la contradiction faite audit Lyon.

De IVDIGE. Judex comitum Viennae habet in dicta civitatedistrictuetmandamentoejusdem, merum et mixtum

imperium et omnimodam jurisdictioûem, régit, exercet, et administrât justitiam.

De GORREARIO. Ad officium correarii spectat exequi mandata et sententias judicis, exigere débita dicti comitaf us, facere aresta et incarcerationes criminorum et débiter um flscalium ipsius comitatus.

De GARDERIO. Ad officium garderii spectat, abillis qui sunt in salvagardia comitum recipere tributa ànnualia débita dictis comitibus ratione salvagardiarum et justiam eis facere de offendentibus et injuriantibus; investit etiam garderius de possessionibus, et rebùs moventibus de domino dalphinali in dicta civitate Vienna et mandamento ejus.

Origine du mistral et du juge séculier archiépiscopal dans Vienne^ -suivant les mémoires de Tbomassin,

Un archevêque dévot qui ne se vouloit point mêler d'avoir ni tenir jurisdicti on temporelle, bailla l'administration de ladite jurisdiction temporelle au doyen et Chapitre de Vienne, et par expresse convenance que l'un des chanoines de ladite église prendroit ladite administration de ladite jurisdiction temporelle en bénéfice perpétuel et pour ce, que les comtes de Vienne avoient un officier qui s'appeloit Mistral des Comtes, ledit archevêque voulsitque celui qui âvoit l'administration de ladite jurisdiction temporelle s'appela aussi mistral de ladite jurisdiction de l'église et qu'il eut les deux parts des profits qui viendroient de ladite jurisdiction temporelle et la tierce part demourat aùxdits chanoines, et depuis,

ladite jurisdîction temporelle de l'archevêque demourat audit mistral jusqu'en l'an mil trois cent dix-huit que le Pape Jean ÎXII osta et abolit ledit nom de Mistral et le (a) dit office de Mistralie avec toutes ses jurisdictionSjhonneurs, coutumes et tous autres droits, appliqué et uni perpétuellement àlamense de l'archevêque et depuis les archevêque? ont usé de ladite jurisdiction, temporelle, et pour ce que l'archevêque avoit d'autre part sa jurisdiction spirituelle qui se administroit par son officiai, il fit un juge qui s'appel oit juge séculier de Yienne, pour différence de la Cour spirituelle.

Ce narré est peu exact, Thomassin confond l'ordre des faits et des temps. Voyez mes remarques sur la juridiction temporelle de l'église de Vienne, folio 724 de mon histoire de la sainte Eglise de Vienne. (1)

Échange fait entre le Dauphin Charles de la maison de France et Ame comte de Savoy e.

L'an mil trois cent cinquante-quatre le 5"' jour de janvier, le comte de Savoye céda audit Dauphin, les châteaux de Toulvon, de Voiron avec leurs mandements , les Àvenières, Tisle de Creis, Chabons, Bocsozel,LaCôte-

(a) La môme année, 1318, le Dauphin acheta la mistralie des comtes(, de Guigues de Beauvoir qui la tenoit en fief. Dès lors l'office de mistral fut supprimé^ on lui substitua un juge.

(1^ Gharvet a ajouté , dans cette partie, un article intitulé : Remarquas sur le Comté de Vienne, Cet article , qui paraît avoir 3 pages , est tellement endommagé , qu'il nous a été impossible de le compléter.

St-Ândré, la Vulpilière» Dolomieu, la Bastie des Abrets, Jonage, Omacieu, Faverges, Faramans, Eclose, St-Jeande-Boumay, Maubec, les Eparres, St-Alban, Ghaiseneuve» Chatonnay, Serpaize, Formont, Villeneuve-de-Marc, Ghandieu, Meyzieu, la Palu.

Le Dauphin céda audit comte de Savoye tout le Faucigni , tout le territoire de Gex, les fiefs et arrière-fiefs qu'il possédait dans le Genevois , Miribel , Montluel, le bourg de St-Ghristophe, Peroge, Gordans, Varay, Salonay, St-Moris d'An thon, les fiefs et seigneureries de Villars, de Ghatillon, de la Palud, de Charnay et de Yarax.

Le comte de Savoie avait alors un grand crédit à la Gour de France par le moyen du duc de Berry qui avait épousé sa fille. Lorsqu'il fallut exécuter l'échange il éleva des difiBcultés. On était convenu que la rivière de Guier séparerait la Savoye du DaUphiné , le comte prétendit que le Guyé mort et non le Guyé vif devait faire cette séparation. Ce qui fut donné au comte de Savoye valait chacun an 25 mille florins d'or et ce que le comte céda ne valait chacun an que mille cinq cents florins.

De Parrochiis et territoriis comitatus Vienne.

De consuetudine antiquissima ad comités spectat in XXII parochiis terri torii et dy trie tus Viennae , jus et facul tas percipiendi messes seu jus messonandi videlicet a quolibet tenente animalia aratoria duas cuppas siliginis, et a quolibet non tenente hujusmodi animalia, et a qualibet muliere vidua unam. Vide papirum signatum.

T fol. XXVIII, XXXVII, LIIII, LVIIII.

PrsBdicta territoria et parrochiae sunt haec, Saînt-Clar, Lambalans, Essurdoz, Reventin, Brutin, Cryers,Royotin, Famoirens , Sanferrers , Entraroyes , Roissieu , Sainte- Colombe , Montclar , la Femays , la Chapelle d*Illins , Villeta, Montions , Faisins , Charantonay , Myons et Lemoyles.

Habent etiam comités certa territoria extra civitaten

in quibus habent omnimodam jurisdictionem illa

territoria sunt de Gharavella, de Trecino, de petra Sasty et de Campo Merlo.

Item ad dominos comités omnimoda jurisdictio in terri torio de Acu {de V Aiguille) pertinet et facultas percipiendi singulis annis tempore vindemiarum , seu racemorum maturorum in vinetis dicti territorii unam corbelliatam racemorum quae ascendere consuevit ad très vel quatuor summatas vini vel circa et de singulis sileribus unum manipulum silerum, (Osier).

De Eœecutionibus.

FactaB per ofBciarios Comi taies Vienn» , juxta inquisitionem anno 1 275. «

Primo, quomodo quidam, homicida fuit positus in quodam sacco ligatus, et cum gentibus armatis ductus ad pontem Rhodani supra pylam , deinde prsecipatus in Rhodanum.

De quodam qui violavit quandam mulierem, qui fuît ductus per villam supra equam, deinde fuit condemnatus ad capitis abscisionem.

Testis signatus per A dicit quod vidit mistralis comi-

25$ FASTES Dti VIENNE

fun fecit Ûeri qtiasdam furcas.

^ Testis signatus per D dicit quod comités eômmaniter

faciebant suspendi ad nlmum de monte Roserio.

Advertatur quia furcae qu® sunt in isto monte Rosier snnt furcas comitum quia terri torium de mont Rosier est dominorum comitum.

Furcae vero curiae temporalis sunt in territorio montis Salomonis prope quandam capellam vocatam Sancti Maximi, loco dicto Forcke Renarh

Testis signatus par C. dicit quod vïdit qûod olfieîarii comitum secularium fecerunt fieri Viennae pilloricum versus mercatum bouum , et in eo posuerunt quendam latronem.

Testis signatus M. dicit quod vidît amputari sex auriculas latronum per officiarios comitum.

Testis signatus per J. deponit quod ipse tanquam ofBciarius comitalis fecit amputari auriculas cuidamiatroni, ad pontem Arpot extra civitatem.

Testis signatus per L. qui erat ofBciarius comitalis deponit quod ipse ampulavit auriculas cuidam qui f uratus fuerat quoddam fossorium apud Macellum, et hoc fecit supra pontem Rhodani, post inhibuit sibi ne de cetero intraret villam Viennae.

Testis signatus per A. M. qtii erat officiarîus comitalis deponit quod fustigavit quemdam qui f uratus fuerat cames in macello , per villam usque extra portam Sancti Martini, carnes suspensas ad collum portans, et ibi ipsemet ampulavit auriculam ipsi latronî.

Testis sîgnatus per N. qui erat pro mistrali comitum deponit quod ultra dicta auriclas ipse fecit signari latrones cum ferro calido et adulteros troctare per villam.

FAST£S DX VISNN£ 2S3

Testis per F. de adultero et adultéra qui simul fuerunt trpctati nudi per magnam carreriam usque ad portam Sancti-Martini. Item de latronissa quae fuit troctata per magnam carreriam usque ad portam Sancti-Martini y portans robam quam furata fuerat ad coUum suum et erat decbevellata et nuda usque ad corrigiam (ceinture.)

Testis per L deponit de quodam qui furatus fuerat quoddam fossorium, qui fuit ligatus ad cathenam qusB dicitur Alperon , et ibi stetit ligatus per totam diemcum fossorioadcollum.

Item de quodam alio qui furatus fuerat quosdam soUas de corio, qui stetit ligatus cum predictis soUis ad côllum per totam diem supra pontem de Gère.

Testis per F. deponit de quodam qui tenebat falsum pondus qui fuit captus et composuit.

Testis per C. de quodam qui fuit apprebensus in adulterio et composuit.

Testis per F, deponit de quadam latronissa quae ducebatur ad signandum , quae fuit dimissa ad preces quorumdam, attam^n fuit ei inbibitum quod amplius villam non intraret.

Testis per N. dicit quod habuit a quodam adultero lectum y culcitram , pulvinal , linteamina , flacietam , et vanam et xx solides.

Testis per 0. dicit quodtempore nundinarum indifferenter per totam civitatem fuerunt capti panes omnium pistorum quia panes erant nimis parvi secundum valorem frumenti et fuerunt fracti panes , et distribu ti per vias pauperibus.

254 FASTES DB VISNNE

JustUia comitum in suo principio fuU justitia militaris.

Teslis signatus per J. dicit in principio quod de temppre de quo deponit non ferebatur aliqualis sentencia super maleflciis sed solum habebant ofOiciarii concilium cum burgensibus et miiitibus.

Idem dicit testis signatus per L.

De Jacuta.

Item fuit advisatum quod jacuta importet jurisdictio* nom , hoc est quod curia comitalis et temporalis archiepiscopi, hinc inde respectum commisso in dicta civitate, de delicto habeant cognitionem et punitionem in delinquentem qui jacuerit nocte précédente delictum in et sub (1) sua jurisdictione, exceptis tamen personis, locis et rébus superius reservatis et exceptis.

Si vero delictum fuit commissum extra civitatem per quancunque personam etiam ofiBciarium alterius dictarum curiarum tune cognitio et punitio delicti pertinere debeat ad illam curiam et jurisdictionem in eu jus terri torio delictum fuerit perpetratum.

(1/ A partir de ce passage, le manuscrit de GHarvet , endommagé par l'incendie , devient inintelligible; nous avons suppléé à cette lacune en donnant ce qui se trouve à la suite dans le manuscrit d0 Mathieu Thomassin.

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