LA PROVINCE DE NARBONNE
La conquête de l'Aquitaine par les Francs, au temps de Clovis et de Théodebert, rejeta les Wisigoths au delà des Corbières et des Cévennes. Toulouse devint ville franque; Uzès aussi (1). La ville de Nimes resta aux Wisigoths ; mais une partie de son territoire ayant été conquise par les Francs, il y fut fondé un évèché spécial, celui d'Arisitum. Lodève, temporairement annexée, repassa avant 589 dans l'obédience gothique. Au VIIe siècle, les notices espagnoles (2) décrivent la province de Narbonne comme composée des diocèses de Narbonne, Elne, Carcassonne, Béziers, Lodève, Agde, Maguelonne et Nimes. Elles trouvent une confirmation dans les signatures des conciles de Tolède et de Narbonne, en 589, et, en général, dans les documents, conciliaires ou autres, relatifs à cette partie du royaume wi si gothique.
Quand la Septimanie, conquise sur les Wisigoths par les Arabes, fut reprise à ceux-ci par l'empire franc (759), les sièges de Toulouse et d'Uzès rentrèrent naturellement dans l'obédience de Narbonne.
D'autre part, un certain nombre d'évêchés (3) transpyrénéens de l'ancienne province de Tarragone furent annexés à la France par les conquêtes de Charlemagne et de Louis le Pieux. On les rattacha à la métropole de Narbonne, et cette situation dura jusqu'à la fin du XIe siècle. Ces évêchés étaient ceux d'Urgel, de Vich (Ausona) , de Girone (Gerunda) et de Barcelone. Outre ces quatre an-
(1) Il semble bien qu'alors, comme au Ve siècle, Uzès se soit rattachée à la province métropolitaine d'Arles. Cf. Greg. Tur. Hist. Fr., VI, 7.
(2) Hardouin, Conc, t. III, p. 374 et suiv. L'une de ces notices mentionne dix noms au lieu de huit. Cela vient de ce que Nimes y figure deux fois, sous les noms de Nemis et d'Enemaso, et de ce que Collioure (Caucoliberi), sanctuaire célèbre de saint Vincent (voir les martyrologes, depuis le hiéronymien, au 19 mai), est adjoint au siège épiscopal d'Elne.
(3) Girone (avec Ampurias) fut conquise en 785 [Ckron. Moissiac, cf. Alcuin, ep. 14). Urgel l'était déjà en 788 ^conc. de Narbonne), ou, au plus tard, en 792. Ausona (Vich) dut avoir le même sort vers le même temps, en tout cas avant 795 {Vila Ludovici, c. 8). Barcelone, après diverses vicis-
ciens sièges, les conciles wisigoths du VIe et du VIP siècle nous en présentent, pour la même région, deux autres, ceux d'Empuriae (Ampurias et d'Egara. Le diocèse d'Empuriae fut adjoint à celui de Girone, le diocèse d'Egara à celui de Barcelone. La province de Narbonne atteignit alors sa plus grande extension; elle compta jusqu'à treize suffragants : Toulouse, Nimes, Béziers, Lodève, Uzès, Agde, Maguelonne, Carcassonne, Elne, Girone, Barcelone, Vich, Urgel.
Au Xe siècle, deux tentatives se produisirent pour reconstituer en Catalogne une province ecclésiastique autonome. L'abbé de Montserrat, Césaire, se fit sacrer archevêque de Tarragone par les évèques de la Galice ; il essaya même de faire légaliser sa promotion par le pape Jean XII (1). Atton, évêque de Vich, réussit temporairement là où Césaire avait échoué : le pape Jean XIII releva, en 971 (2), les droits métropolitains en faveur du siège de Vich. Mais il ne fut pas donné suite à cette entreprise : l'archevêque de Narbonne conserva ses suffragants transpyrénéens jusqu'à la fin du XIe siècle. En 1091, Urbain II (3) reprit un moment le dessein de Jean XIII ; puis un nouveau sursis intervint. On attendit que Tarragone, qui était encore en ruines et au pouvoir des Maures, fût reconquise et rebâtie. Cela fait, le pape Gélase II conféra, en 1118, le titre de métropolitain de Tarragone à l'évêque de Barcelone Oldegar ; après la mort de celui-ci (1137), les deux diocèses furent séparés et la juridiction métropolitaine de Tarragone reprit son ancien fonctionnement, suspendu pendant quatre siècles.