LES PROVINCES ALPINES
chef-lieu était (1) à Embrun, Ebrodunum ou Eburodunum, qualifié de xwfxr) par Strabon, mais qui reçut plus tard une organisation municipale (2). Plus haut encore, près des sources de la Durance, on trouvait un autre municipe, Brigantio (Briançon). Ptolémée le groupe avec Suse et attribue ces deux localités aux Ségusiens (3). Sous le haut empire, Embrun et Briançon appartenaient à la province des Alpes Cottiennes, dont le centre était à Suse, sur le versant italien. Il est bien probable que cette province comprenait aussi la vallée de Maurienne, où l'on place, sans en être bien sûr, le territoire des Medulli. Depuis Dioclétien, Embrun , avec le territoire des Caturiges, fut annexé à la province des Alpes Maritimes (4) ; il est douteux qu'il en ait été de même pour Briançon (5). La Maurienne, en tout cas, relevait, au commencement du VIe siècle, de l'évêché de Turin , tout comme la ville de Suse et le reste de la province des Alpes Cottiennes. Ce fait montre que la limite occidentale de la province ne fut pas reportée systématiquement au sommet des Alpes. Il y a lieu de croire que,
(1) Ptol., III, 1, 39.
(2) C. 7. L., t. V, n° 7259; t. XII, n° 84. Dans la première de ces inscriptions, la civitas Ebvoduniensis est nommée; l'autre a été trouvée à Embrun même. D'autres inscriptions (t. XII, 81, 82, 83) mentionnent simplement la cité ou ses magistrats; le n° 78 porte CIVIT . CATVR. Ainsi, on employait tantôt le nom du chef- lieu, tantôt celui de la cité indigène.
(3) Loc. cit. : « KaToupiywv ev xatç Tpatai; *A>7rs<7tv 'Eêopoôovvov, leyouaiavàiv iv Tpaïaiç "AX7t£<7iv Seyouatov, Eptyocv-ciov. » L'attribution des trois localités aux Alpes Grées est considérée par Mommsen, et, je crois, avec raison, comme une erreur de copiste (C. /. L., t. V, p. 810). Toutefois M. de Manteyer (La Provence du I" au XII* siècle, p. 8) pense que le rattachement eut lieu en réalité et qu'il dura jusqu'au delà de l'année 333.
(4) C. /. L., t. XII, n° 78.
(5) L'inscription n° 94 du Corpus est en trop mauvais état pour être concluante. Elle comprenait deux fragments d'une table de bronze dont la date et la provenance sont inconnues. Il est peu probable que le Constan... qui s'y trouve nommé soit un empereur. La province des Alpes Maritimes y est marquée dans un endroit; on y lit aussi le nom Brigantionis; mais est-il sûr que ce soit celui de notre Briançon? Il ne faut pas oublier l"ordo Brig... dont il va être question ci-dessous. Quand il serait prouvé que ce monument est du quatrième siècle, qu'il a été trouvé à Briançon et qu'il mentionnait cette localité, on pourrait encore se demander s'il la mentionnait comme appartenant à la province des Alpes Maritimes.
dans la vallée de la Durance, comme dans celle de l'Arc, elle descendait notablement au-dessous du faite , et que Briançon s'y trouvait comprise (1).
Quoi qu'il en soit , les municipalités d'Embrun et de Briançon ne tardèrent pas à disparaître; ces deux localités n'étaient plus, en 333. que de simples mansiones.
La suppression ne fut pas définitive en ce qui concerne Embrun. La cité fut réorganisée avant la fin du IVe siècle; elle obtint même le rang de métropole des Alpes Maritimes, comme on le voit dans la Notice des Gaules.
Au temps de Ptolémée. la province des Alpes Maritimes comprenait, sur le versant gaulois, quatre cités : celles de Vintium (Vence". de Salinae (Castellane) , de Cemeaelum (Cimiez), et de Sanitium (Senez). Ce nombre fut modifié depuis. A Briançonnet. dans l'ancien diocèse de Glandève. on a trouvé des inscriptions (2) du temps de Valérien et d'Aurélien, gravées au nom d'un ordo Brig. La finale de ce nom est inconnue (3) ; mais il y a lieu de croire que cette organisation municipale s'est continuée dans la civitas Glannativa de la Notice. Celle-ci mentionne encore une autre cité, la civitas Rigomagensium, dont la situation précise n'est pas établie d'une manière bien sûre. Si, comme le veut M. Longnon (4), cette civitas doit être identifiée
1) Le diocèse de Maurienne, qui comprit, outre le val de rfuse, tout ce qui restait des Alpes Cottiennes à l'occident des Alpes, s'étendit d'abord jusqu'à Rama, ancienne station (mutatio) de la voie romaine entre Embrun et Briançon, à peu près à mi-distance. Ceci résulte d'un document iBilliet. Mémoire sur les premiers évêques de Maurienyie, p. 35) relatif aux limites de ce diocèse. Il y est dit que du temps de l'évéque Leporius (v. 650), pour terminer les conflits entre les évéques d'Embrun et de Maurienne, le duc Mero, par commission royale, fit planter une borne à un mille de la civitatula appelée Rama. Or. il n'y a pas, dans cette région, d'autre Rama que la station postale (J. Roman, Tableau historique du département des Hautes-Alpes, t. I, p. xi). Sur l'âge et l'autorité du document, v. de Manteyer, La Provence, p. 18'2 et suiv.
?) C, /. L., t. XII, 57, 58.
(3) Une inscription de provenance suspecte (ibid., 60; cf. Add.) donnerait lieu de croire qu'il faut développer en Drig[oma]gensium. Le mieux est de s'abstenir de toute restitution.
(4) Mélanges Renier, p. 395 et suiv.
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avec la vallée de Barcelonnette, il y aurait lieu d'eu faire remonter l'origine jusqu'au IIe siècle, en lui rattachant une inscription de ce pays qui mentionne un duumvir (1). Je crois plutôt que son chef-lieu doit être placé à Thorame, dans la vallée voisine : un évêque de ce lieu, se qualifiant episcopus civitatis Eturamine, assista au concile de Vaison, en 442 (2).
A ces cités, au nombre de six, il en fut ajouté deux autres avant la fin du IVe siècle, celle d'Embrun, détachée des Alpes Cottiennes, comme il vient d'être dit, et celle de Digne, démembrée de la Narbonnaise.
Les provinces que je viens de décrire ne furent pas toutes classées par Dioclétien dans la même circonscription diocésaine. On sait que l'ancienne Gaule forma, à partir de la fin du IIIe siècle, deux ressorts diocésains, celui du pracfectus praetorio Galliarum, en résidence à Trêves, et celui du vicarius V provinciarum (ou VII prov.), en résidence à Vienne. Au premier de ces deux ressorts appartenait la petite province des Alpes Grées et Pennines ; les autres faisaient partie du diocèse des V (ou VII) provinces. Quant aux Alpes Cottiennes, elles furent attribuées au diocèse d'Italie; aussi ne figurent-elles point dans la Notice des Gaules.
l'évangélisation
En dehors de tout témoignage positif, il serait déjà vraisemblable que le pays voisin du Rhône a été évangélisé de bonne heure. Les relations commerciales de Marseille
(1) C. I. L., t. XII, 82. L'inscription marque la tribu.
(2) M. Longnon pense que ce pourrait être l'cvéque de Scncz. C'est un peut-être. D'autre part, il signale un puons ou vallis Rigomngensis dans le testament d'Abbon (726), et l'identifie avec la vallée de Barcelonnette. M. de Manteyer (La Provence, p. 172) a démontré que la vallée de Barcelol^l<Mt<, figure bien dans ce document, mais sous un autre nom; quant au pagus Rigomagensis, il le retrouve dans le pays de Chorges.
76 FASTES ÉPISCOPAUX DE i/ANCIENNE GAULE.
s'étendaient à toute la Méditerranée. S'il n'est pas possible d'accepter, comme ayant une valeur traditionnelle quelconque, les légendes relatives à sainte Madeleine et à d'autres personnages soi-disant émigrés de Palestine en Provence, il est naturel de supposer que, parmi tant de navires qui vinrent, aux temps les plus anciens du christianisme, jeter l'ancre dans le port de Marseille, il s'en est trouvé qui auront débarqué des évangélistes. Au milieu du IIe siècle, il y avait à Lyon et à Vienne un assez grand nombre de chrétiens, qui paraissent avoir formé d'abord une seule et même église. La région maritime nous offre deux monuments qui semblent bien remonter à des temps tout aussi anciens, une inscription actuellement conservée à Marseille (1), et un sarcophage trouvé à laGayole, dans les limites du territoire d'Aix (2). On peut considérer comme attesté que les églises d'Arles, Toulouse, Vienne, existaient au milieu du IIIe siècle, et il est probable qu'elles n'étaient pas les seules. Les souvenirs martyrologiques re latifs à saint Saturnin de Toulouse, saint Ferréol de Vienne, saint Genès d'Arles, saint Victor de Marseille, constatent des faits du IIIe siècle, ou. au plus tard, des premières années du IVe. Au concile d'Arles de 314 furent représentées les églises de Vienne, Vaison, Orange, Apt, Arles, Marseille, Nice; un évêque de Die assista, en 325, au concile de Nicée. Il est bien probable que, pour la plupart, les cités énumérées un siècle après dans la Notice avaient dès lors des églises et des évèques. Ceci, cependant, doit s'entendre de l'ancienne Gaule narbonnaise, et non point des provinces alpines, dont l'évangélisation ne semble pas remonter si haut.
Dans les Alpes gauloises, deux centres de rayonnement
(1) C. 7. L., t. XII, n° 489; Leblant, n° 548 a; reproduction très soignée dans le livre de l'abbé Albanés, Armoriai et Sigillographie des évéques de Marseille, p. 4. Cependant, il n'est pas absolument sûr que cette inscription ait été gravée à Marseille même.
(2) Leblant, Sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 157, pi. lix, 1. L'inscription est rapportée.