‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 2)Chapitre 20 sur 140 · Ado · texte numérisé non relu

Ado

Sur les quarante-quatre premiers noms, vingt-cinq peuvent être disposés en série chronologique, d'après des documents indépendants d'Adon et qui n'ont pas tous été connus de lui. Il est bien remarquable que l'ordre qu'il a adopté n'est jamais en désaccord avec la série ainsi établie. Une telle coïncidence serait inexplicable si l'on n'admet-

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tait qu'il a suivi un catalogue épiscopal préexistant et de bonne note. Il semble donc que, même dans les cas où l'ordre des noms, dans sa Chronique, n'est pas autrement vérifiable, on soit fondé à l'accepter comme correspondant à la succession réelle.

Mais là s'arrête la confiance que mérite ce document. Adon, en distribuant son catalogue épiscopal le long de sa Chronique, a pourvu chacun des noms de déterminations chronologiques auxquelles il est impossible d'ajouter foi.

En s'en tenant à la liste toute seule, dont le quatrième nom se rencontre dans un document de l'année 314, le premier èvêque aurait vécu vers le milieu du IIIe siècle. Adon réclame pour lui une bien autre antiquité. Soit qu'il eût déjà trouvé cette idée en circulation dans le pays, soit plutôt qu'il jugeât à propos d'antidater la fondation de son siège, comme tant d'autres l'avaient déjà fait, il identifia Crescens, le premier évèque de Vienne, avec le disciple de saint Paul mentionné dans la 2e épitre à Timothée (1). L'apôtre dit, en effet, que Crescent est parti pour la Galatie, ce que certains auteurs anciens entendirent de la Gaule ; il y a même des manuscrits du Nouveau Testament qui portent TaAXiav au lieu de raXomav. Quoi qu'il en soit de la teneur exacte (2) et du vrai sens de ce texte, il est sûr que Crescent n'y est nullement mis en rapport avec Vienne plutôt qu'avec une autre localité gauloise ou galate. Mais il faut convenir que, du moment où le même nom se trouvait en tête de la série épiscopale, dans une église ancienne, importante et célèbre, l'identification était presque forcée. On ne l'avait pourtant pas faite, à ce qu'il semble, au temps du concile de Turin, du pape Zosime et de saint Léon, alors que la métropole de Vienne avait eu à lutter contre la rivalité de l'église d'Arles, et, plus spécialement, contre l'usage ou l'abus que celle-ci faisait de saint Trophime,

(1) 2 Tim., IV, 10 : AYi[xà; yàp... ÈTtopsûOr) eiç OsacraÀovtxrjv, Kp7]<7XY); eî; Ta).axîav, Tito; et; Aa),[xariav.

(2) Pour les variantes, voir l'édition de Tischendorf.

soi-disant disciple de saint Pierre, fondateur de l'église arlésienne (1).

Ce n'est pas, du reste, pour se procurer un argument dans un conflit de ce genre que l'archevêque Adon mit en avant saint Crescent et son antiquité. De son temps, la métropole d'Arles n'avait plus aucun relief. Depuis plus de deux siècles, les évoques d'Arles n'avaient plus la qualité de vicaires du saint-siège ; le pallium romain , dont ils avaient été longtemps décorés, à l'exclusion des autres prélats des Gaules, était maintenant accordé à tous les métropolitains; la province d'Arles, autrefois si importante, avait été diminuée des deux tiers par la création des métropoles d'Aix et d'Embrun. Elle ne comprenait plus que huit ou dix suffragants, la plupart titulaires d'évêchés minuscules. La province de Vienne était deux fois plus grande. On ne sentait pas, à Vienne, le besoin de se défendre contre une rivale aussi affaiblie. Il n'y avait donc pas un intérêt bien sérieux à se réclamer d'un disciple des apôtres.

Mais les intérêts frivoles ne sont pas toujours les moins agissants. Du reste, Adon avait vécu dans le nord de la France , où l'on était très préoccupé d'ancêtres apostoliques. Il avait pu apprécier le succès obtenu à Metz, à Paris et ailleurs par d'ambitieuses corrections de la chronologie. Témoin, en 847, de la découverte des reliques des saints Sabinien et Potentien , premiers évêques de Sens, il n'avait pas hésité à faire de ces évêques des disciples immédiats des apôtres et à les désigner comme tels dans son martyrologe, sans y être autorisé par une tradition quelconque. Les événements l'avaient conduit en Italie, où, pour les besoins de son martyrologe, il avait dû consulter beaucoup de livres et recueillir beaucoup de « traditions » très propres à le familiariser avec l'idée qu'une église aussi noble que celle de Vienne devait avoir eu un fondateur de haut parage.

(1) Ci-dessus, p. 106, 121.

Quoi qu'il en soit de ses prédispositions, il est sûr qu'il consigna dans sa chronique l'identification des deux Crescent, et reporta au milieu du premier siècle le point de départ de sa série épiscopale ; mais il s'en tint là et n'ajouta aucun nom à la série traditionnelle.

Ce procédé est remarquable. On a dit quelquefois que les vieilles listes épiscopales sont incomplètes et que, après les noms des fondateurs, il doit en manquer beaucoup, que l'on aura oubliés ou perdus pendant les persécutions et les invasions. Adon n'a pas la moindre idée de cela. Non seulement il ne se permet pas d'allonger la liste reçue en y insérant de nouveaux noms, mais il est clair que, pour lui, cette liste doit suffire à occuper toute la durée depuis les apôtres jusqu'au IXe siècle. Crescent se présente sous Néron ; il ne remplit à Vienne qu'une mission temporaire, aliquot annos resedit. Ses trois successeurs, même Verus, celui du concile d'Arles de 314, sont placés sous Trajan. Avec Just, Denys et Paracodes, on atteint le milieu du IIIe siècle. Florentius, qui siégeait en 374, est reporté en arrière jusqu'au règne de Gallien, et ainsi de suite. La chronologie réelle n'est rejointe qu'au temps de saint Avit et du roi Gondebaud, c'est-à-dire vers l'année 500 (1). Il y avait un livre de canons dans la bibliothèque de l'église de Vienne, et Adon l'a quelquefois consulté, même pour sa chronique. On y pouvait voir aisément que Verus, par exemple, avait vécu sous Constantin et non sous Trajan. Un auteur de chroniques ne pouvait avoir de peine à se débrouiller dans les synchronismes impériaux. Ce n'est pas à l'ignorance, ni à la légèreté, ni à la fragilité humaine, que l'erreur peut être imputée ici. C'est une erreur voulue, tout comme celles auxquelles nous devons les Areopagitica d'Hilduin, les Fausses décrétâtes et certaines autres productions littéraires du IXe siècle.

(1) Pour s'en écarter bientôt après, car il y a encore bien des discordances entre ses synchronismes et la chronologie réelle, surtout pour le septième siècle.

152 FASTES ÉPISCOPAUX DE i/ANCIENNE GAULE.

Les prétentions d'Adon sur Crescent, disciple de saint Paul, sont, en somme, assez modérées ; il ne réclame qu'un séjour passager de cet homme apostholique. Selon lui, Crescent, après avoir passé quelques années à Vienne, serait parti pour la Galatie, où il aurait terminé sa carrière. Il fallait bien tenir compte du « petit martyrologe romain », qui sert de cadre à celui qu'il avait compilé lui-même. Là, il est dit, au 27 juin : Apud Galatiam, Crescentis, discipuli Pauli apostoli. Adon ne pouvait se mettre en contradiction ouverte avec une telle affirmation.

De Zacharie, successeur de Crescent, il dit seulement qu'il fut martyrisé sous Trajan.

Le troisième et le quatrième évêque, Marlïnus et Verus, sont présentés aussi comme disciples des apôtres. Ici encore Adon semble avoir été le fondateur de la tradition.

Sur les évêques suivants, jusqu'à saint Mamert, il ne sait pas grand chose. Cependant, il dit de Just que, sous Marc-Aurèle et Verus, il fut exilé et mourut martyr (1). Contemporain de Constantin, Just n'a été martyrisé que par Adon ; encore ne l'est-il que dans la chronique; son anniversaire manque au martyrologe. Après Just, on trouve encore un disciple des apôtres (discipulorum Christiauditor), l'évêque Denys, lequel pourtant vécut sous Sévère, suivant la chronologie adonienne, et vers le milieu du IVe siècle, suivant la chronologie réelle. Florentius, son deuxième successeur, un contemporain de saint Martin, est aussi présenté comme ayant été exilé et martyr (2). La chronique dit encore que saint Just, évèque de Lyon, avait été diacre de Vienne sous l'évêque Claude. Il y a ici un anachronisme de près de cent ans. Adon a trouvé dans la vie de saint Just de Lyon (3) que ce saint fut diacre à Vienne avant d'être promu à l'épiscopat; c'est lui qui a introduit

(1) « Longo tempore exilio maceratus, martyr gloriosus efficitur. »

(2) Ce Florentius est marqué au 3 janvier dans le martyrologe hiéronymien, mais non comme martyr.

(3) Acta SS. Sept., t. I, p. 373.

ici le nom de l'évêque Claude. Du successeur de celui-ci, Nectaire, il rapporte qu'il présida, à Vaison, un grand concile, où fut proclamé le dogme de la consubstantialité. Ce concile aurait eu lieu au temps de l'empereur Constance et de saint Athanase. Il est absolument imaginaire (1).

En dehors de ces indications, tout aussi fausses que sa chronologie, Adon se borne à un éloge rapide, mais banal : doctrina et confessione claruit (Verus) ; illustrissimus in confessione extitit, clams habetur (Justus) ; eruditissimus floruit (Dionysius); clarus in fide, clarus in confessione persistons (Paracodes) ; vita et doctrina emicuit (Florentius) ; clare floruit (Lupicinus); mirae sanctitatis floruit (Simplides) ; floruit vir disertissimus (Paschasius) ; in catholico dogmate clarissimus (Claudius) ; in doctrina fidei eximius (Nectarius); praeclarissimus in dogmate fidei (Nicetas).

Avec saint Mamert, on rencontre enfin un souvenir historique. Tout le monde savait qu'il avait institué les Rogations. Adon ne se borne pas à le rapporter ; il emprunte à une homélie de saint Avit (2) un assez long développement sur ce sujet. Il avait une connaissance personnelle des œuvres d'Avit ; il en use dans le passage qu'il consacre à cet évêque, ainsi que dans ce qu'il dit de son père et prédécesseur Hesychius. Il est, du reste, possible qu'il ait déjà trouvé une vie de saint Avit (3) toute rédigée (4). Il a

(1) L'évêque de Vienne, Nectaire, doit se placer dans l'intervalle 443-449. Son prédécesseur Claude assista, le 13 novembre 442, au premier concile de Vaison ; il y signe le troisième, après l'évêque du lieu et l'évêque d'Arles. Un Nectaire assistait à ce concile, mais c'était l'évêque d'Avignon (Maassen, Quellen, t. I, p. 952). Au deuxième concile de Vaison (529), ni l'évêque de Vienne, ni ses suffragants n'assistèrent ; aucun des prélats de cette assemblée ne porte le nom de Nectaire. Ni l'un ni l'autre des deux conciles de Vaison ne s'est occupé du dogme de la Trinité.

(2) Homilia VI in Rogationibus.

(3) Il est sûr que ce qu'il dit de saint Avit ne provient pas des auteurs étrangers à Vienne, Ennodius, Grégoire de Tours, Isidore, Agobard, qui ont fait l'éloge de cet illustre évêque.

(4) Celle qui a été publiée par les Bollandistes {Acta SS. Febr , t. I, p. 607) est sûrement postérieure à celle de saint Apollinaire de Valence (Acta SS.

connu aussi son ëpitaphe, dont il rapporte les quatre derniers vers.

Saint Avit, du reste, n'est pas le seul évêque dont les épitaphes lui aient fourni quelque chose. C'est dans une inscription (1), relative à l'évêque Domninus, qu'il a trouvé les traits : Hic tam in divinis quam in saecularibus artibus claruit, amator pauperum, redemptor captivorum, vitaque probatissimas. Il a lu l'épitaphe de Pantagathe (2), où il a appris que cet évêque avait été consularibus fascibus primum sublimis, qu'il avait siégé cinq ans (3) et qu'il était mort sous le consulat de Paulin le Jeune et de Basile. Ce consulat est sûrement faux; Paulin a été consul en 533 et Basile en 541. Adon aura mal compris la notation consulaire et fondu ensemble deux dates, celle de ravènement et celle de la mort de Pantagathe (4).

Oct., t. III, p. 58), d'où elle est tirée pour les deux tiers environ de son propre contenu. La vie d'Apollinaire existait sûrement au temps de Louis le Pieux ; il n'y aurait rien d'étonnant à ce que celle d'Avit eût été rédigée, d'après elle, après ou avant Adon. Tout ce que celui-ci rapporte sur Avit, sauf ce qu'il donne de son épitaphe, se retrouve dans ce texte ; on en peut dire autant de la notice d'Avit dans le recueil de Léger, où l'épitaphe est complète. Pour bien juger de la dépendance entre ces trois textes, il serait utile d'être renseigné sur l'âge des manuscrits où se trouve la biographie de saint Avit. Sur la vie d'Apollinaire, v. Krusch, M. G. Scr. merou., t. III, p. 194.

(1) Leblant, 405.

(2) Leblant, 429.

(3) Ce comput est faux, Pantagathe ayant siégé plus de neuf ans. Adon a mal compris l'un des vers où se trouve marqué l'âge du défunt :

Bissenum vitae complevit tramite lustrum Annis quinque super saecula. nostravidens.

(4) Dans le pays de Vienne, on a compté par les postconsulats de Paulin jusqu'en 537 (C. I. L., t. XII, n05 2078, 2405}; puis on adopta les postconsulats de Jean, dont un se présente, en 540, sur une inscription viennoise; peut-être même le consulat de Jean, en 538. fut-il reçu à Vienne dès cette année : il le fut sûrement dans la cité de Die [ibid., n" 2080. 2081 ; cf. n° 1530). Quant aux postconsulats de Basile, ils n'apparaissent pas à Vienne avant 547. Ainsi, du moment où les noms de Paulin et de Basile apparaissent simultanément dans l'épitaphe d'un évêque de Vienne, il faut que l'un désigne l'avènement, l'autre la mort. Pour le premier, on ne peut, dans le cas présent, descendre au delà de l'année 538, parce que, le 7 mai de cette année, Pantagathe assistait au troisième concile d'Orléans. On ne peut re-

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C'est aussi dans Tépitaphe de Namatius (1) qu'il a vu que ce prélat était nobilis stemmate sed nobilior vita et eloquio, et qu'il mourut à l'âge de soixante-treize ans. Peutêtre s'est-il aidé aussi de celle d'Hesychius II (2).

Au temps d'Adon ces inscriptions devaient être encore apparentes et faciles à lire. Du reste, il en existait des copies dans les recueils de petits poèmes et d'épitaphes en vers (3).

Il s'est servi aussi d'une charte (4) que nous avons encore, celle du duc Ansemundus, adressée à sa fille Remilla, en faveur de Saint-André le Bas. Mais il Ta antidatée (5) en la rapportant à l'épiscopat de Philippe,

monter beaucoup plus haut, puisqu'il y a un évéque, Domninus, à placer entre Pantagathe et Julien, lequel siégeait sûrement en 533, le 23 juin, date du deuxième concile d'Orléans. L'anniversaire de Julien tombait le 22 avril '■> il est donc mort, au plus tôt, le 22 avril 534. Domninus, dont l'anniversaire était célébré le 3 novembre, sera mort, au plus tard, le 3 novembre 537* D'autre part, la mort de Pantagathe ne peut être placée qu'en l'une des années 547, 548 ou 549; en 549, le 20 octobre, son successeur Hesychius II assistait au cinquième concile d'Orléans.

(1) Leblant, 425 :

Nobilis eloquio et stemmate nobilis alto, Nobilior meritis et vitae clarior actu... Septies hic denos et très compleverat annos.

(2) Il dit de lui : Qui et ipse sub Iustiniano floruit. Ce sub Iuslinia7T.o me semble venir d'une note chronologique gravée au bas de l'épitaphe. Hesychius II a en effet siégé sous Justinien, bien qu'Adon le place sous Justin II.

(3) Un recueil de ce genre, contenant cinq inscriptions de Vienne, notamment les épitaphes d'Avit, de Pantagathus, d'Hesychius II et de Namatius, fut offert au tombeau de saint Oyan (s. Augendi) par l'abbé Manno (f 880). Il se trouve maintenant à la Bibliothèque nationale {lat. 2832, s. ix); cf. de Rossi, Inscr. urbis Romae christ., t. II, p. 262. — Adon ne dépend pas de ce recueil, car il s'inspire d'une inscription où l'on faisait l'éloge de Domninus (Leblant, 405), et cette inscription manque au manuscrit de Manno; d'autre part, il donne pour Pantagathe une note consulaire, cous. Paulini iun. et Dasilii, fautive, il est vrai, mais qui a dû être relevée sur le marbre lui-même, car elle ne se trouve pas dans les recueils d'inscriptions métriques; les personnes qui formaient ces recueils s'intéressaient en général fort peu à cet ordre de renseignements.

(4) Gall. christ., t. XVI, inslr., p. 1.

(5) Ou postdatée, si l'on admet que la charte est de 543; voyez la note suivante.

lequel commença en 559 ou 560 et se termina avant 581. La charte est datée de la neuvième année d'un roi Clotaire, ce qui ne peut convenir qu'à Clotaire III et à l'année 666 (1).

De plus, il a eu à sa disposition deux vies de saints, celle de saint Sévère, « prêtre indien, » et celle de saint Didier, récemment publiées (2). La vie de saint Sévère lui a fourni un événement, la dédicace de l'église Saint- Etienne, qu'il place à tort sous l'épiscopat d'Hesychius Ier (vers 480), alors qu'elle est censée avoir eu lieu l'année où mourut saint Germain d'Auxerre (448). Enfin, il a noté la présence de l'évèque Evantius à un grand concile, que nous savons être le premier concile de Mâcon, en 581.

En se servant de ces documents divers, Adon arrive à dire quelque chose sur ses prédécesseurs, à partir de saint Mamert et jusqu'à saint Didier. Deux seulement, Julien, successeur immédiat de saint Avit, et Verus II, prédéces-

(1) Cepondant il faut noter que la charte en question est visée dans un diplôme de Louis le Pieux, du 3 mars 831 (Bôhmer-Mùhlb., 855), comme ayant été confirmée par les rois Thierry et Gontran. A ce compte, elle devrait être de Clotaire Ier et de l'année 519-520, ce qui est impossible. Ceux qui la rapportent à l'année 543 sont obligés d'admettre, contre tout usage, que la date anno VIII1 régnante dom.no Hlothario est comptée non pas à partir de l'avènement de Clotaire à la royauté franque (511), mais à partir du moment où il commença de régner sur la cité de Vienne (534). Encore est-il impossible de démontrer que Vienne ait appartenu à Clotaire avant l'année 558. Il est même fort douteux (v. ci-dessus, p. 83) qu'il ait participé au dernier partage de la Burgondie, en 534. — La difficulté me paraît devoir être résolue autrement. Dans le texte, fort mal conservé, de la charte, il est question de saint Leonianus et de sa règle monacale; Adon en parle aussi à propos de la fondation d'Ansemundus; il dit que saint Leonianus avait institué, sous Vévêque Avit, un autre monastère de Saint-André, situé en ville (Saint-André-le-Haut), celui-là même où avait été élevée Remilla, et dont elle devait transporter la règle dans la nouvelle maison religieuse. Il se peut que la confirmation de Gontran ait visé ce monastère, celle de Thierry (III ou IV) la fondation de Remilla.

(2) Ces deux vies figurent dans le manuscrit 566 de Saint-Gall avec d'autres documents viennois, envoyés en 870 à cette abbaye par Adon lui-même. Il avait remanié celle de saint Didier (Krusch, M. G. Scr. mevov., t. III, p. 646), comme on peut le voir en comparant son texte avec celui de la Vita II (ibid., p. 638). Celle de saint Sévère aura sans doute été retouchée, elle aussi; nous n'avons aucun document du texte primitif. Celui d'Adon se trouvera Anal. BolL, t. V, p. 417.

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seur de saint Didier, sont marqués avec les mentions banales floruit, claruit (1).

Au delà du VIe siècle, ces banalités d'expression sont tout ce que l'on rencontre : Domnolus florebat, vir strenuus et in redimendis captivis piissimus ; — Aetherius, vir in omnibus eximius, praeclarus habetur ; — Clarentius, vir satis cruditus claruit ; — Sindulphus clarus habetur ; — Hecdicus magnae religionis vir. Chaldeoldus et Dodolenus passent sans aucun éloge. Puis la série reprend : Bobolinus insignis claruit; — Georgius magnae virtutis episcopus ; — Deodatus magnae parsimoniae vir. De Blidrannus on ne dit rien.

Deux fois, dans cette série, apparaissent des notes chronologiques ; la première, qui fait mourir Hecdicus dans les derniers temps de Justinien II, est fautive d'un demisiècle au moins (2). Quant à l'autre, qui prolonge l'épiscopat de Chaoald jusqu'au temps de Thierry III (675-691), elle n'a probablement pas beaucoup plus de valeur (3).

Il est évident que, depuis saint Didier, comme avant saint Marnert, Adon n'a eu d'autre source d'information que le catalogue épiscopal.

Avec l'évêque Eoldus, qui siégea dans les dernières années du VIIe siècle, nous atteignons la région des souvenirs traditionnels. Adon rapporte à cet évêque, « parent des rois francs, » la construction de la crypte de Saint- Maurice et le changement de vocable de la cathédrale. Il sait que l'évêque Austrobert, vir strenuus et nobilis, était enterré dans sa villa de Vilidiacum, près de la Seine; peut-être avait-il vu l'endroit. Il sait aussi que l'invasion

(1) Adon dit que saint Didier avait été diacre sous Verus ; la Passio s. Desiderii ne marque pas ce détail.

(2) Le successeur d'Ecdicus, Chaoald, était déjà en fonctions en 654; Justinien II a régné depuis 685 jusqu'à 695, et, si l'on fait entrer son deuxième règne en ligne de compte, jusqu'en 711.

(3) La dernière date connue de Chaoald est de 664, la première que l'on rencontre ensuite, celle de 680, tombe dans l'épiscopat de Blidrannus. Entre les deux, il faut placer quatre évéques; dans ces conditions, il est difficile que Chaoald ait vu l'année 675.

sarrasine (735) obligea l'évêque Wilicaire à ramener en ville les reliques des saints Ferréol et Julien, leur basilique de la rive droite du Rhône ayant été incendiée par les musulmans; et que le même évêque, humilié dans sa dignité par les usurpations de biens ecclésiastiques, se retira au monastère d'Agaune, après avoir passé par Rome et fait connaissance avec le pape. Ici, il se trompe de pape et confond Etienne II avec Grégoire III (1). C'est encore, je pense, la tradition qui l'a renseigné sur l'élévation de Berteric, « serviteur de l'église » de Vienne, au siège métropolitain, lors du passage de Pépin le Bref en cette ville (767), et sur la nationalité de l'évêque Vulferius, « bavarois, qui s'appelait Vultreia dans la langue de son pays. » Çà et là, quelques prélats passent rapidement : de Bobolinus, prédécesseur d'Austrobert, il ne dit rien du tout; Berteric et Proculus sont l'un homo simplex, l'autre similiter innocens et simplicis naturae. Si cela veut dire quelque chose, il faut se rappeler que nous sommes' au temps de Charles-Martel et de Pépin. Quant à ce qu'Adon rapporte de son prédécesseur Barnard, un des hommes les plus en vue au temps de Louis le Pieux, il est clair qu'il n'a eu besoin de le demander à personne. D'Aglimar, auquel il succéda, il se borne à prononcer le nom ; de luimême, il ne dit absolument rien (2).

(1) Cf. Lib. pontif., t. I, p. 421.

(2) Pour achever d'énumérer les sources de la Chronique d'Adon, en ce qui regarde, non plus spécialement l'histoire des évêques, mais l'histoire de l'église de Vienne, je signalerai le De viris de Gennadius (c. 68, 84), d'où il a tiré de qu'il dit de Claudien Mamert, et les traditions martyrologiques relatives à saint Phocas et aux saints de Romans. La translation à Vienne des reliques de saint Phocas de Sinope et leur présence dans la basilique des saints Apôtres est mentionnée dans le martyrologe dit de Bède et dans celui de Raban (14 juillet); c'est peut-être à Vienne que se rapporte la note suivante du martyrologe hiéronymien, au même jour : et alibi s. Focae episcopi et confessoris. Quant aux saints Sévérin, Exupére et Félicien, découverts en 840 ou environ par l'évêque Barnard et transférés par lui à Romans, ils étaient déjà célèbres au temps d'Adon : Wandelbert, en 848, les inséra dans son martyrologe (19 novembre). Dans sa Chronique, Adon les place, évidemment par conjecture, au temps de Marc-Auréle.

En somme, jusqu'à Eoldus et au temps de Charles- Martel, la chronique d'Adon n'a guère de valeur, pour l'histoire de l'église de Vienne, que par le catalogue épiscopal qu'elle contient. Ce que l'auteur a ajouté à ce catalogue est ou faux, ou connu d'ailleurs (1).

Outre sa Chronique, Adon nous a laissé un martyrologe. Dans sa rédaction première, ce document, constitué à Lyon, ne témoigne d'aucun intérêt spécial pour les évêques de Vienne. C'est un Florus amplifié et modifié dans sa distribution, sous l'influence de ce qu'on appelle le petit

(1) On a fait dernièrement (A. Grospellier, Bulletin d'hist. eccl. et d'archéol. religieuse des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et Viviers, t. XX, 1900, et XXI, 1901) de grands efforts pour démontrer que les mentions des évéques de Vienne, dans la Chronique d'Adon, sont le résultat d'interpolations et ne sauraient engager la responsabilité d'un personnage aussi estitimable. A ce compte-là, et s'il fallait soustraire à la paternité d'Adon tous les anachronismes de sa Chronique, celle-ci se réduirait à peu de chose. Le principal argument est qu'une vie de Sévère (Anal. Boll., t, V, p. 417), envoyée par Adon aux moines de Saint-Gall, porte que l'évêque Philippe était le 21« de la série, tandis que la Chronique en compte 21 autres avant lui. Adon, qui a envoyé officiellement cette pièce, n'assignait donc à Philippe que 20 prédécesseurs: pour avoir la liste reconnue par lui, il faudrait effacer deux noms sur celle de la Chronique, où il figure au 23e rang. Les deux premiers, Crescent et Zacharie, sont proposés pour le sacrifice. Cette raison est faible; de tels computs sont sujets à beaucoup d'erreurs. Je n'en veux pour preuve que le martyrologe adonien, qui donne à Florentius le huitième rang et à Claudius le onzième, chiffres contradictoires entre eux, car si Florent est bien le huitième d'après la Chronique, Claude est le douzième.; On ne saurait rien fonder sur ces chiffres, si facilement altérés dans la transmission paléographique; la série fournie par le texte de la Chronique offre de bien autres garanties. Inutile aussi d'arguer de ce que les mentions des évéques de Vienne ont l'air d'être des pièces de rapport. Il n'y a pas qu'elles. Cette chronique, faite à coups de ciseaux, n'est, d'un bout à l'autre, qu'un assemblage de morceaux rapportés, cousus, interpolés, sans aucun art de composition. Ce ne sont sûrement pas les mérites littéraires d'Adon, non plus que son exactitude d'historien que l'église de Vienne a entendu récompenser en l'élevant sur ses autels. Je sens bien qu'en cherchant à ébranler ainsi l'autorité de la liste conservée par Adon, on voudrait nous persuader qu'elle n'est pas complète et que l'on peut toujours en supposer une autre, assez longue pour rattacher la fondation de l'église de Vienne à la période apostolique. Mais la liste résiste aux critiques. Du reste, en admettant que celles-ci fussent fondées, et que les deux premiers évéques dussent être éliminés, il n'en résulterait nullement que l'église de Vienne remonte aux apôtres; mais plutôt qu'elle n'a été organisée qu'à la fin du IIIe siècle.

160 FASTES ÉP1SCOPAUX DE l/ANCIENNE GAULE.

martyrologe romain (1). Plus tard, l'auteur étant devenu archevêque de Vienne, on y fit diverses additions, dont la plupart intéressent l'hagiographie locale ; c'est ainsi qu'un certain nombre de prédécesseurs d'Adon y ont trouvé place. Qui est l'auteur de ces additions? Il semble bien que ce soit Adon lui-même, et le fait qu'il existe des manuscrits où elles ne se rencontrent pas (2) prouve seulement que ces manuscrits dérivent de la recension lyonnaise (3), nullement que celle-ci n'ait pas été retouchée plus tard par son auteur. Au moins doit-on dire que les retouches en question sont exactement de même esprit et de même style que les indications de la chronique. Crescent est commémoré deux fois, au 27 juin et au 29 décembre. Le 27 juin il figurait déjà dans le petit martyrologe romain ; c'est la fête galate ou plutôt censée telle : Apud Galatiam, Crescentis discipuli Pauli apostoli. Le martyrologe adonien développe (4), au point de vue viennois, cette note laconique. La commémoration du 29 décembre représente la fête viennoise, que peut-être on célébrait déjà. Ce jour-là le petit martyrologe ne parlait pas de s. Crescent; mais, sans aucune indication topographique, il notait : Trophimi episcopi, discipuli apostolorum. A Vienne on savait où était honoré ce saint Trophime. Adon compléta : Apud Arelatem ; mais il ajouta tout aussitôt : Eodem die, sancti Crescentis

(1) Je parle du martyrologe d'Adon d'après des études encore manuscrites de dom Quentin, bénédictin de Solesmes, qui a bien voulu me faire part du résultat de ses recherches à ce sujet.

(2) Le manuscrit 454 de Saint-Gall, que l'on prétend (ce n'est nullement sûr) avoir été envoyé à Saint-Gall par Adon lui-même, en 870, est dans ce cas.

(3) Si c'est Adon lui-même qui a envoyé le martyrologe aux moines de Saint-Gall, il est assez naturel qu'il n'ait pas choisi pour cela un exemplaire augmenté des anniversaires viennois, lesquels n'avaient aucun intérêt pour l'abbaye.

(4) Apud Galatiam b. Crescentis discipuli s. Pauli apostoli, qui ad Gallias transitum faciens verbo praedicationis multos ad fidem Christi convertit, Viennae civitate Galliarum per aliquot annos sedit ibique Zachariam discipulum pro se episcopum ordinavit ; rediens vero ad gentem cui specialiter fuerat episcopus datus, Galatas usque ad beatum finem vitae suae in opère Domini confortavit.

LE CATALOGUE u'aDON. 161

apostoli Pauli discipuli, Viennensis ecclesiae primi doctoris.

En dehors de ces détails relatifs aux origines, Adon ne marque qu'un nombre assez restreint d'anniversaires épiscopaux. Des huit que lui fournissait le martyrologe hiéronymien, il en supprima trois, ceux de Lupicinus, Nectarius et Nicetius; celui de Martin fut transféré du 11 mai au 1er juillet (1). En revanche il marque quelques anniversaires nouveaux, ceux de Simplides, Paschase, Julien, Pantagathe, qui rentrent dans la période pour laquelle le martyrologe hiéronymien est ordinairement renseigné, et ceux de Verus II, Aetherius, Clarentius, Chaldeoldus, de la fin du VIe siècle ou du VII0.

Des fastes hagiographiques beaucoup plus complets nous sont venus par un martyrologe conservé autrefois à l'abbaye de Fulda, et maintenant à la bibliothèque de Leyde (2). C'est un abrégé du martyrologe hiéronymien, dont le texte avait passé par l'abbaye de Reichenau, et, auparavant, par Vienne. Outre diverses autres fêtes viennoises, on n'y trouve pas moins de 29 anniversaires épiscopaux, depuis s. Crescent jusqu'à Eoldus, à la fin du VIIe siècle. Cette limite ne saurait être considérée comme une indication sur la date du calendrier qui a été mis ici à contribution. Il est de toute évidence que le rédacteur de ces notes dépend de la chronique et du martyrologe d'Adon, recension viennoise (3). Toutefois il a d'autres sources : c'est là que nous rencontrons, pour la première fois, la date anniversaire d'un assez grand nombre d'évèques, négligés par les martyrologes hiéronymien et adonien,

(1) La fête de Martin coïncidait avec celle de saint Mamert; c'est probablement pour cela qu'on l'avait déplacée; les anniversaires de Nectaire et de Nizier tombaient aussi le même jour, 5 mai; les calendriers postérieurs à Adon transportent Nectaire au 1er août.

(2) Scaliger, IV, 49; publié Anal. Boll., t. I, p. 10.

(3) Par exemple, au lor août : Vienna, s. Veri episeopi qui unus fuit de discinulis apostolorurn. Cf. Chronique, Migne, P. L., t. CXXIII, p. 82 : Verus Y iennensis episcopus, qui unus fuit de discipulis et nuditoribus apostolorurn; au 29 décembre, Crescentis... Pauli. Cette fête est une spécialité du martyrologe adonien; le mot Pauli lui-môme y figurait ici.

Férus. Justus , Dionysius , Isicius 1 , Domninus , Philippus ,

Evantius, Desiderius. Sindulfus, Ecdicius, Georgius, Deodatus, Eoldus. Il y a même un évêque qui ne figure pas chez Adon, Agratus : j'en parlerai plus loin.

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